La Basse-Navarre est en pleine croissance

La petite musique qui consiste à dire que l'intérieur du Pays Basque perd des habitants est éculée. Explications. 

Bénédicte SAINT-ANDRÉ|2017/01/16 10:55|0 iruzkin
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Le village des artisans d'Ossès a créé près de 80 emplois en 25 ans. © Isabelle MIQUELESTORENA

De 2009 à 2014, la démographie bas-navarraise a connu une croissance de 3,7 %. Après parution des chiffres de l'Insee, nous écrivions pourtant que le Pays Basque intérieur perdait des habitants, avec une forte baisse en Soule et une Basse-Navarre qui "limite la casse". Même constat d'EH Bai qui annonçait en conférence de presse une croissance à 0% pour la Basse-Navarre.

Nombreux lecteurs nous alertaient alors sur ce qu'ils estimaient être une erreur. Les chiffres que nous donnions en baisse (Baigorri, Saint-Palais, Irrissary) n'étaient pas assez significatifs pour dégager une tendance générale. Erreur d'autant plus préjudiciable qu'elle impacte la perception que les habitants ont de leur territoire et diffuse de fausses idées dans l'opinion, écrivaient-ils à juste titre.

Après un recueil exhaustif des chiffres sur la Basse Navarre*, ce territoire connaît en effet un taux de croissance annuelle moyenne de 0,7 %, soit "une croissance importante qui révèle son attractivité", indique Mattiu Etxeberri, consultant en aménagement du territoire et coordonnateur du cabinet Acadie de l'étude (A)ménageons le Pays Basque pour le Conseil des élus, entre 2010 et 2012.

Le verre à moitié vide

La première idée reçue à laquelle il faut tordre le coup est celle d'une représentation obsolète du territoire, avec des communes littorales attractives, des communes rurales en souffrance et entre les deux une périurbanisation galopante, explique-t-il. Il faut aussi en finir avec tout cet imaginaire très négatif qui consiste à dire que la périurbanisation serait forcément subie par les habitants avec l'avènement des dites villes-dortoir.

Certes, les mobilités domicile-travail ont explosé, la part des gens qui font 40 kms quotidiennement a doublé en 20 ans. Certes également, une part des nouveaux arrivants est la conséquence des difficultés à se loger sur la zone littorale. Mais cette explication ne saurait être la seule et une évolution beaucoup plus positive est à l'œuvre.

Ces communes, appuie-t-il, n'ont jamais été aussi dynamiques sur le plan économique, du point de vue de ce qu'on appelle l'économie résidentielle. La présence de nouveaux habitants entraînent la création de nouveaux emplois** : commerces de bouche, cafés, services à la personne et également de nouveaux équipements. On le voit très bien à La Bastide-Clairence, à Saint-Jean-Pied-de-Port, à Ossès avec le village des artisans ou encore à Bidarrai.

De nouveaux modes de vie

En revanche, la transformation économique se fait moins dans le cœur de bourg comme avant mais plus à l'entrée et à la sortie des villages, au risque de concurrencer d'ailleurs le cœur de bourg même. Cela est d'ailleurs vrai pour la dynamique économique mais aussi résidentielle. Quand le cœur de bourg n'a pas de qualité patrimoniale particulière, les gens préfèrent s'installer en périphérie. "Ceci explique notre représentation biaisée de villages dévitalisés".

La Basse-Navarre est par ailleurs devenue emblématique de ces territoires ruraux que les habitants investissent de nouveau, des habitants parfois appelés "néo-ruraux" ou encore "rurbains". Ils ont un désir d'authenticité, d'espace, de confort, des valeurs en vogue dans la société contemporaine. Et ils sont aussi porteurs de nouveaux modes de vie. En atteste une vie sociale, associative et culturelle en plein développement ( festival de Sames, les jeudis de Bidache, marché potier à la Bastide Clairence, renouveau des marchés alimentaires, Amap, etc…)

On observe ainsi une dizaine d' "îlôts" plus ou moins dynamiques sur le Pays Basque, notamment en Basse-Navarre. "On peut transposer à l'économie ce que le chercheur et guide basque Claude Dendaletche évoquait pour les paysages avec sa fameuse idée de l'archipel", précise Mattiu Etxeberri.

Cette figure de l’archipel lui paraît d’autant plus pertinente qu'elle permet de réfléchir à la singularité de chaque "morceau" qui le compose. Les effets de la périurbanisation ne sont pas les mêmes selon que l'on se situe à Sames ou à Bidarrai. Dans le premier cas, ce sont plutôt des maisons individuelles et des lotissements qui se développent. Dans le second, ce sont davantage des maisons anciennes du bourg qui sont réinvesties.

Trois faisceaux

Et dans le même temps, l'archipel est une invitation à comprendre les liens d’interdépendances entre ces "îles", et in fine à mettre en exergue un "système Pays Basque nord". "Les politiques de logement de la côte ont des conséquences sur toutes les autres communes. L'échelle du Pays Basque ne sera pas de trop pour traiter cette question" et amener de la cohérence aux habitants, en particulier les plus fragiles : jeunes, familles monoparentales.

"On comprend mieux les dynamiques à l'œuvre avec l'image de trois faisceaux qui traversent le Pays Basque depuis la côte", poursuit le consultant. Le premier suit la vallée de l'Adour, passant par Bidache et jusqu'à Saint Palais avec des taux de croissance sur cinq ans tels que 19 % à Villefranque, ou 10 % à Urcuit, Bardos ou Cames. Le second faisceau est celui de la Nive. Il s'agit là d'Ustaritz (11%), Cambo (5%), Saint Martin d'Arrosa (15 %), Bidarrai (10 %) jusqu'à Saint-Jean-Pied-de-Port qui est à + 5 %.

Dernier faisceau , celui de la Nivelle, plus petit mais non moins important avec Ascain, Saint-Pée-sur-Nivelle et si on extrapole Souraide (13 %) et Espelette, elles aussi aussi en pleine explosion. Entre ces faisceaux, les taux de croissance sont bien moindres. "Cette représentation en faisceaux doit interpeller les élus qui auront à traiter des enjeux d'aménagement du territoire, sur la question du réseau de transport notamment", estime-t-il. L'autre enjeu étant évidemment celui de la transformation urbaine de ces villages. "On doit les traiter comme des petites villes, de l'offre d'habitat à la qualité de l'espace public". Le tout en veillant à limiter la consommation de terres agricoles.

De la jeunesse souletine

En revanche, la perte d'habitants de la Soule***, elle, est bien réelle. Contrairement à la Basse-Navarre, elle apparaît aux arrivants potentiels trop éloignée des réseaux et pôles d'emploi. La Basse-Navarre a réussi aussi cette évolution grâce au tourisme, ce à quoi n'est pas encore parvenu la Soule. Elle a néanmoins des atouts dans le domaines productif (espadrilles mais aussi industrie agroalimentaire, aéronautique) dont elle n'a pas encore tiré tous les bénéfices.

Mais là encore, la situation est bien plus complexe qu'il n'y paraît. Le très juste documentaire "Dans leur jeunesse, il y a du passé" revient sur ces jeunes souletins qui font le choix de rester vivre dans leurs montagnes. Il est réalisé par Elsa Oliarj-Ines qui elle en est partie. Elle ne savait pas "comment vivre là où on a toujours été".

 

* Chiffres de la Basse-Navarre à partir des quatre anciennes communautés de communes (aujourd'hui pôles territoriaux) qui la composent principalement :

Pôle territorial d'Amikuze : + 2 % de 2009 à 2014, + 0,4 % de taux de croissance annuel moyen

Pôle territorial du Pays de Bidache : + 8,6 %, et +2, 7 % de TCAM

Pôle territorial de Garazi-Baigorri : + 4 %, + 0,8 de TCAM

Pôle territorial d'Iholdi Oztibarre : + 0, 2 %, 0 % de TCAM

** voir travaux de l'économiste Laurent Davezies

*** Pôle territorial Soule-Xiberoa : - 2, 7 %, - 0, 5 % de TCAM