Antton ETXEBERRI
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Une décision inacceptable qu’il est nécessaire de combattre

Une injustice et une soumission qu’il est nécessaire de combattre, pour ne plus accepter l’inacceptable

12/07/2019 07:00 | 0 commentaires

La décision du tribunal d’application des peines concernant la libération conditionnelle de Xistor Haranburu après 29 années de prison était attendue au Pays Basque vendredi dernier. Les arguments du prisonnier et de sa défense pour que le Senpertar recouvre la liberté ont fait mouche, et c’est avec grand soulagement que les défenseurs du processus de résolution du conflit ont accueilli cette décision logique de libération. C’était sans compter sur le positionnement cruel et acharné du procureur qui a immédiatement interjeté appel pour empêcher la libération de Xistor. Comme il l’avait fait pour Josu Urrutikoetxea ou pour d’autres demandes de remise en liberté conditionnelle, le procureur est encore une fois intervenu pour maintenir Xistor en prison.

Cette décision du Parquet, aussi insupportable qu’inacceptable, se situe pourtant dans la logique du représentant d’un Etat accusateur qui n’appréhende la question basque que sur le registre du bâton, de la prison et de la vengeance. Les derniers procès ont été l’occasion de voir où en est le Parquet concernant la question basque, où pour lui, rien n’a vraiment changé. “ETA n’a pas rendu toutes les armes”, “il y a un risque de récidive”… Les propos entendus lors des réquisitions à différents procès sont révélateurs du fossé qu’il existe entre la vision d’un Parquet “anti-terroriste” parisien qui voit un danger constant dans tout ce qui concerne les Basques, et la réalité bien concrète au Pays Basque où l’usage des armes fait bien partie du passé et leur restitution totale s’est déroulée un certain 8 avril 2017.

A l’heure de la communication et des réseaux sociaux, au moment où Président de la République, ministres des Affaires étrangères et de l’Intérieur, conseillers diplomatiques défilent les uns après les autres sur les terres basques pour préparer le sommet du G7, il ne fait aucun doute que les pouvoirs politiques ont pris conscience du changement qui s’est opéré ces dernières années au Pays Basque. Emmanuel Macron n’a-t-il pas annoncé lui-même vouloir accompagner ce “processus exemplaire” ?

Tout comme il pouvait y avoir des résistances au sein de l’Administration pénitentiaire française pour mettre en place le rapprochement des prisonniers, rapprochement qui n’est pas encore abouti aujourd’hui dans sa totalité, il est évident que le Parquet, dans son acharnement aveugle et son obstination à refuser de changer de ligne devant une réalité qui s’impose pourtant à elle, répond à des directives et des logiques qui n’ont plus grand-chose à voir avec celles d’une Justice humaine. Décider de maintenir en prison des hommes qui ont fait plus de 29 années de prison avec des arguments infondés et contraires à la réalité a pour unique conséquence de condamner à mort ces prisonniers. Justifier ses décisions par des prétextes fallacieux augmente encore plus au sein de la société du Pays Basque ce sentiment d’injustice et de soumission qui prévalent. Une injustice et une soumission qu’il est nécessaire de combattre, pour ne plus accepter l’inacceptable.

Ce mur qui se dresse face à la volonté largement partagée au Pays Basque de faire avancer ce processus doit tomber. La persévérance dans le chemin suivi, l’imagination dans notre faculté à contourner et supprimer les remparts qui se dressent devant nous et l’engagement de chacun permettront d’aller au bout de ce processus. Jusqu’à ce que le dernier prisonnier rentre à la maison.