Les vieilles polémiques reviennent pour San Fermin

Les fêtes de San Fermin, qui commenceront le 6 juillet prochain, s’annoncent avec les habituelles polémiques politiques qui ne semblent jamais manquer en Navarre. L’élection d'Enrique Maya à la mairie d’Iruñea fait renaître des querelles liées aux symboles, en particulier les drapeaux.

Ainhoa AIZPURU|06/07/2019 09:05|0 commentaires
Capture_d%e2%80%99e%cc%81cran_2019-07-04_a%cc%80_14.48.26
Le drapeau basque est rejeté par les régionalistes navarrais, qui le considèrent étranger à la tradition du Royaume de Navarre comptant avec un drapeau rouge. (Lander F. ARROYABE/Foku)

L’arrivée de Enrique Maya, élu de Unión del Pueblo Navarro (UPN), à la mairie d’Iruñea, promet un changement de cap autour des questions liées aux symboles. Après quatre ans de gouvernement de Joseba Asiron, d’EH Bildu, l’élection d’un maire de droite change complètement la donne dans la capitale navarraise.

Un des moments les plus importants des fêtes de San Fermin est sans nul doute le txupinazo, le 6 juillet, à 12 heures précises, quand une fusée lancée depuis le balcon de la mairie annonce le début des fêtes. Des milliers de personnes se concentrent alors sur la place qui se trouve devant la mairie. Ce moment, repris par les télévisions du monde entier et en particulier par la télévision espagnole, est naturellement un moment propice pour être vu.

Dans l’arrêté municipal relatif aux fêtes, le nouveau maire a interdit le port de drapeaux et de "grandes pièces de tissu qui couvrent un grand nombre de personnes, pouvant provoquer des mouvements de masse non désirés" à l’intérieur de la place de la mairie. L’arrêté mentionne également l’interdiction d’accéder à la place munis de bâtons, de bouteilles en verre ou de canettes non ouvertes. Cependant, c’est naturellement la question des drapeaux qui suscite l’intérêt des médias et des habitants d’Iruñea.

Une scène politique très polarisée

Quiconque connait le décor politique de Navarre des dernières décennies sait que deux éléments sont toujours présents. D’un côté, une diversité politique très marquée, avec pas moins de six partis représentés au Parlement, ce qui est considérable pour une région peuplée d’à peine 650 000 habitants. D’un autre côté, un niveau de violence verbale et symbolique très élevé, comme résultat de l’affrontement de deux visions antagoniques qui opposent les abertzale aux nationalistes espagnols.

Cette animosité s’exprime à différents niveaux, en général liés aux domaines symboliques et identitaires. L’appartenance ou pas de la Navarre au Pays Basque, la place de la langue basque, ou encore l’usage de symboles comme le drapeau basque, l’ikurriña, mènent à de longues et âpres querelles qui peuvent sembler ahurissantes pour un regard extérieur. Les fêtes de San Fermin à Iruñea capitale du Pays Basque, mondialement connues et vécues comme propres par tous les Navarrais, n’échappent pas à ces confrontations symboliques.

Le moment fort du txupinazo

A l’occasion du txupinazo, il est fréquent que les ikurriña soient brandis, provoquant la rage des élus d'UPN, foncièrement opposés à ce qu’ils considèrent être une enseigne étrangère à la Navarre. Mais la plupart du temps, le conflit n’allait pas au-delà, la télévision espagnole se contentant de ne pas trop montrer les ikurriña sur la place.

Mais en 2013, alors que Enrique Maya était déjà maire, l’affaire a pris une dimension tout autre quand un groupe d’hommes déguisés en pêcheurs, les "bizardunak", est monté sur les toits avoisinant la mairie pour y suspendre un énorme drapeau basque. Accroché à des câbles d’acier reliant les toits des bâtiments des deux côtés de la place, le drapeau était tellement grand qu’il couvrait une grande partie de la façade de la mairie, dont le balcon où se trouvaient les autorités municipales. Les responsables de l'action qui a eu un retentissement mondial, ont essuyé par la suite des peines de cinq mois de prison pour désordre public.

Cette affaire, qui avait provoqué la suspension temporaire du txupinazo jusqu’à ce que le gigantesque drapeau soit retiré, est dans tous les esprits. Cette année, Maya a voulu calmer le jeu en précisant que "ici, dans le stade du Sadar ou lors de la finale de la Champions League, quand de grandes concentrations humaines sont présentes, les grands drapeaux sont un danger. D’autant plus dans le cas qui nous occupe, où les gens sont debout et dansent. Qu’importe le drapeau dont il s’agit, celui de Navarre, d’Espagne, d’Osasuna, de Heineken ou de Cola Cao, ce sera interdit". Il a conclu en soulignant expressément "je ne compte pas persécuter les ikurriña lors du txupinazo". Rendez-vous ce samedi 6 juillet à 12 heures pour en avoir le cœur net.

INFOS ASSOCIÉES