Reportage
 
Une chaîne humaine pour un message de paix à Biarritz

Au moins 3 000 personnes se sont tenues la main de l'hôtel du Palais jusqu'au Rocher de la vierge ce samedi 8 juin. Toutes ont demandé la résolution complète du conflit basque, et la libération des prisonniers.

Xan Idiart|11/06/2019 15:45|0 commentaires
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3 000 personnes ont participé à la chaîne humaine. © Guillaume Fauveau

Biarritz, 16h ce 8 juin. Rarement autant de monde n'a été aperçu sur la jetée en ce début de saison estivale. Les touristes eux-mêmes en sont tout éberlués. "Mais, c'est des Basques", glisse une femme, une glace à la vanille à la main. Oui, ce sont des Basques, et ils sont 3 000. Tous ont formé une chaîne humaine de plus d'un kilomètre de l'hôtel du Palais au Rocher de la vierge, en faveur du processus de paix. Même la vierge qui surplombe son rocher était vêtue ce samedi.

Maria, 68 ans, originaire d'Asteasu a le fils d'une amie détenu au centre pénitentiaire de Soto del Real près de Madrid en Espagne depuis plus de 20 ans. "C'était normal de venir ici pour moi. Les gouvernements ne bougent pas assez, surtout celui de Madrid", fustige-t-elle, le ressac de l'océan en bruit de fond. "Ils voulaient qu'on rende les armes, on les a rendues. Ils voulaient qu'ETA se dissolve, ETA s'est dissoute. Qu'est-ce qu'ils vont nous demander maintenant ? D'arrêter de parler euskara ?"

A côté d'elle, Arkaitz 23 ans sourit. Lunettes de soleil sur le nez, t-shirt noir de Berri Txarrak chevillé au corps, caché par un dossard bleu des artisans de la paix, cet étudiant en droit est d'accord avec sa voisine. "Je n'ai presque pas connu la lutte armée", avoue-t-il calmement. "Mais nous, les jeunes, savons ce qu'il s'est passé et pourquoi". Même s'il hait la violence, le sort des anciens militants d'ETA lui tient à cœur. "Les rapprochements, c'est bien. Des libérations, ça serait mieux".

A nouveau une réussite

Bras dessus bras dessous, les vieux slogans des années 80 n'ont pas perdu de leur force chez les manifestants. Alors que les "euskal presoak etxera !" (les prisonniers basques à la maison) fusent, une moto passe en revue les 1300 mètres de chaîne humaine. "Nous demandons à ce que l’État et la justice prennent en compte le nouveau contexte politique du Pays Basque lors des demandes de libération conditionnelles", martèle Jean-René Etchegaray, président de l'agglomération et maire de Bayonne. Xistor Aranburu, Jakes Esnal, Ion Kepa et Unai Parot ont été applaudis lors des prises de parole finales. Cela fait 29 ans qu'ils sont emprisonnés en France pour les trois premiers et en Espagne pour le dernier.

Comme Etchegaray, les personnalités politiques sont nombreuses à Biarritz ce samedi après-midi. La plupart était déjà présente la veille lors du forum pour la paix. Toutes ont en mémoire le discours par vidéoconférence de Christiane Taubira, ancienne ministre de la justice en faveur du processus. "Je la connais très bien, c'est un dossier qui lui tient à cœur. Elle était vraiment désolée de ne pouvoir être là physiquement", certifie Sylviane Alaux, ancienne députée socialiste de la 6ème circonscription des Pyrénées-Atlantiques. "J'aurais préféré plus d'actes de sa part quand elle était au gouvernement", critique en revanche Sophie Buissière, porte-parole d'Europe Ecologie Les Verts.

Avec des milliers de personnes rassemblées déjà dans des précédentes journées, la mobilisation en faveur des prisonniers est à nouveau une réussite au Pays Basque. "Vous allez manifester tous les jours maintenant", rigole une marchande de glace sur la jetée, en faisant référence à la danborrada des élèves de Seaska la veille. "Tant que rien ne change", lui répond un père de famille qui achète une boule fraise pour sa fille, "on continuera à vous faire du chiffre d'affaires".