Europe Ecologie : “Le silence de l'Union européenne sur la situation catalane est inadmissible”

A quelques jours des élections du 26 mai, MEDIABASK interroge les principaux candidats sur des thèmes spécifiques au Pays Basque. Dans certains cas, les réponses ont été données par les candidats basques et quand il n’y en avait pas, par l’équipe de campagne voire la tête de liste. Concernant la liste Europe Ecologie du parti Europe Ecologie Les Verts menée par Yannick Jadot, c’est la candidate basque Sophie Bussière qui a pris la plume.

MEDIABASK|21/05/2019 15:05|0 commentaires
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Sophie Bussière et Lucien Betbeder défendent les couleurs d'Europe écologie au Pays Basque. © Bob EDME

De quelle manière les candidats de votre liste vont-ils faire entendre la voix spécifique du Pays Basque une fois élus ?


Les eurodéputés de la liste Europe Ecologie seront particulièrement sensibles aux revendications des territoires d'Europe, dont le Pays Basque. Europe Ecologie les Verts est membre du Parti Vert Européen (PVE, European Green Party, EGP), lui-même membre des Verts mondiaux (Global Greens). Parmi les principes de la charte des verts mondiaux de Canberra de 2001 figurent la reconnaissance des droits des peuples à l'autodétermination, ainsi que le respect de la diversité (culturelle, linguistique...). Ces principes sont des fondamentaux de l'écologie politique. Nous sommes viscéralement européens, et notre Europe est celle des peuples. Elle est diverse, plurielle, et fédérale. 


Par ailleurs, au Parlement européen, les écologistes et les représentants de divers peuples européens sont membres du même groupe parlementaire, les Verts/Alliance Libre européenne (ALE), qui existe depuis 1999. La collaboration est donc ancienne, et gage de la prise en compte de la voix spécifique du Pays Basque et des autres territoires.


Au-delà des questions écologiques (notamment autour du littoral et de l'océan), deux dossiers paraissent prioritaires au niveau européen concernant le Pays Basque : la défense de la langue, son enseignement, et le processus de paix. Ce processus est ignoré par les Etats français et espagnol qui poursuivent une politique répressive, sans considération de l'évolution de la situation, de l'arrêt de la violence armée à la dissolution d'ETA. La lecture binaire des faits par les Etats, à savoir, d'un côté des "terroristes", et de l'autre des Etats exempts de toutes critiques, empêche la reconnaissance du processus de paix initié, puisque le conflit lui-même est nié. Cette vision empêche la recherche de la vérité, et la prise en considération de toutes les victimes. L'Union européenne a permis, depuis des décennies, d'éviter des guerres entre Etats en son sein. Elle n'a en revanche pas permis d'éviter des conflits tel que celui au Pays Basque. Elle doit aider les Etats français et espagnol à sortir de cette ornière. Elue au Parlement européen, je poursuivrai mes engagements en faveur du processus de paix, afin que l'Union européenne prenne sa part dans la résolution de ce conflit.

Quel est le positionnement de votre liste concernant le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ? Que défendrez-vous concernant la Catalogne ?

Notre positionnement est constant et clair: le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est un principe reconnu dans tous nos textes fondateurs, principe fondamental de l'écologie politique.


Concernant la Catalogne, Europe Ecologie Les Verts s'était insurgé contre l'acharnement du gouvernement Rajoy envers les indépendantistes et contre la mise sous tutelle de la Catalogne. Nous avions souligné alors la remarquable non-violence du peuple catalan. Nous avions demandé, et demandons encore, la libération des détenus politiques, et la mise en place d’une enquête indépendante sur les événements du 1er octobre 2017.

Dès les premiers événements, nous avions appelé, en vain, l'Union européenne à jouer un rôle pour qu’une véritable négociation s’ouvre entre l’Espagne et la Catalogne. Nous continuerons lors de la prochaine mandature à le solliciter, et nous œuvrerons au sein du Parlement européen pour la résolution de ce conflit. Le silence de l'Union européenne sur la situation catalane est inadmissible.

De quelle manière les élus de votre liste vont-ils défendre les langues basque, corse, catalane, bretonne au sein du Parlement européen ?


Avec nos alliés de l'ALE, nous continuerons nos combats pour la reconnaissance de toutes les langues, notamment d'un point de vue institutionnel, ainsi que pour leur apprentissage.


Il convient de reconnaître juridiquement la diversité culturelle et linguistique de l’Union européenne, de reconnaître les langues régionales et minoritaires comme officielles, en commençant par contraindre les États membres de ratifier la Charte européenne des langues régionales et minoritaires. 


Il convient également d'ouvrir tous les programmes européens aux langues régionales et minoritaires, d'augmenter les programmes culturels qui contribuent à l’entretien du patrimoine matériel et immatériel de l’humanité, de multiplier les partenariats culturels et linguistiques avec les autres pays européens non membres de l’UE, mais aussi les pays tiers non européens.



Quelles initiatives vont porter ou soutenir les élus de votre liste concernant la question des prisonniers basques et de la résolution définitive du conflit ?

Europe Ecologie Les Verts a toujours suivi de près la situation au Pays Basque et ses membres se sont investis, à tous niveaux, et de façon constante, dans le processus de paix. Nous continuerons, d'abord en rappelant à l'Union européenne qu'elle doit s'emparer du processus de paix initié sans la présence des Etats français et espagnol, en reconnaissant en premier lieu l'existence du conflit passé. Dans le cadre de la résolution du conflit, l'urgence est actuellement au traitement de la situation des prisonniers politiques, compte tenu du blocage des Etats pour leur rapprochement et pour l'application du droit commun concernant les peines. Nous œuvrerons pour que l'Union européenne favorise la mise en place d'une justice transitionnelle. 


Les élus de votre liste vont-ils soutenir au sein de l'Europe l'accueil des migrants dans l’Hexagone ou le refuseront-ils ?


Nous sommes pour un accueil digne des migrants. Nous déplorons la faiblesse de l'Union européenne à ce sujet, et nous ne voulons pas d’une Europe qui laisse mourir impunément à ses frontières.


Nous proposons une rupture radicale d’avec la diplomatie de la dérobade et l’instauration d’une politique de la responsabilité, du courage et de la solidarité. Nos propositions concernant cette politique de l'accueil sont nombreuses : instauration de corridors humanitaires, création d'une flotte de sauvetage européenne commune, fin de la collaboration avec les garde-côtes libyens, fin de la criminalisation des actions de solidarité…


Nous proposons de réformer la politique d’asile, via le remplacement du règlement de Dublin par une gestion communautaire directe et unifiée de l’asile, garantissant l’accueil solidaire et équitable à travers l’Union, de manière contraignante pour les États-membres, et tenant compte des demandes des migrants.

L’Europe que nous voulons reconstruire est accueillante, solidaire, fraternelle.

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