Egoitz Urrutikoetxea : “C’est une sorte de flash-back de ce que nous avons vécu”

Après une période sans nouvelle de ce type au Pays Basque, l’arrestation de Josu Urrutikoetxea jeudi 16 mai, un an après la dissolution d'ETA, a ramené à la surface des choses du passé. Un malaise que son fils, Egoitz Urrutikoetxea, évoque à la première personne.

Goizeder TABERNA|17/05/2019 06:55|0 commentaires
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Egoitz Urrutikoetxea. © Isabelle MIQUELESTORENA

Pendant dix-sept ans, son père a été recherché par les polices de France et d'Espagne. Le ministre de l'Intérieur espagnol l'a exprimé jeudi, son arrestation était la priorité des autorités espagnoles. Egoitz estime que certaines décisions à venir le concernant relèveront du politique.

Comment la famille a-t-elle été informée de l’arrestation de votre père ?

Egoitz Urrutikoetxea : L’avocate qu’il a désignée nous a appelés à huit heures du matin, quelques minutes après son interpellation. La seule information que nous avons eue à ce moment-là, c’est qu’il avait été arrêté à Sallanches. Elle nous a également indiqué que l’arrestation est survenue suite à deux mandats d’arrêt prononcés à son encontre par le tribunal de Paris.

Comment, vous, ressentez-vous cette arrestation ?

E.U. : Pour résumer, je dirais que lorsque j’ai annoncé la nouvelle à mes filles ce matin, pour soulager leur chagrin, j’ai ajouté qu’elles auront l’occasion maintenant de rencontrer Aitite, leur grand-père. La clandestinité, c’est également une peine, on l’oublie souvent. Par ailleurs, lorsque j'ai vu la réaction de mes enfants, c’était une sorte de flash-back de ce que nous, notre génération, avons vécu. C’est quelque part une génération qui a été sacrifiée et on n’en parle pas souvent. Je ne le dis pas dans le sens où c’était une situation difficile à vivre. Pendant longtemps, on a dû faire l’impasse sur la verbalisation de nos sentiments, sur l’impact émotionnel du conflit. Aujourd’hui, nous nous trouvons attrapés dans le passé et, pour des considérations politiques, on continue à faire l’impasse sur le sensible. Il faut prendre en considération l’être humain, le militant et regarder vers l’avenir.

Après tant d’années dans la clandestinité, le fait de l’avoir arrêté maintenant revêt-il une signification particulière à vos yeux ?

E.U. : Cela met en relief la position des gouvernements français et espagnol, sur la question de la résolution des conséquences du conflit. On entend beaucoup dire qu’il s’agirait d’une attaque contre la paix, mais je pense que c’est l’application d’une certaine vision de la paix qu’ont les Etats et qui a vocation à pacifier un territoire. Les Etats n’ont aucune volonté de tourner la page du passé, ils ont la volonté de nous enfermer dans une impasse. Il s’agit pour eux d’entraver toute évolution politique, toute possibilité d’aborder les racines du conflit.

Pour ce qui est de la procédure judiciaire, que peut-il advenir dorénavant pour votre père ?

E.U. : Il devrait passer devant le parquet pour la notification des deux condamnations prononcées à son encontre. Il devrait ensuite passer devant le juge des libertés. Il a la possibilité de faire appel des deux jugements, et c’est ce qu’il compte faire. Après s’ouvrira l’autre procédure beaucoup plus politique, celle de la justice espagnole. Je devrais dire "l’Etat espagnol", puisque c’est le ministre de l’Intérieur, ancien juge de l’Audiencia nacional, qui a déclaré qu’ils allaient tout faire pour le rapatrier en Espagne. En sortant des affaire des années 80 du tiroir, cousues de fil blanc, je pense que là, cela ne peut être qu’une décision politique. On verra alors si le gouvernement français s’aligne ou pas sur le gouvernement espagnol.

Le gouvernement français a-t-il une marge de manœuvre pour refuser d’éventuels mandats d’arrêt européens ?

E. U. : Bien sûr qu’il a une marge de manœuvre. A partir du moment où ce sont des montages politiques, le gouvernement français a la possibilité de les rejeter.

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