Des “opérateurs de compétence” pour former les apprentis

La nouvelle réforme de l’apprentissage, baptisée “Loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel”, va transformer l’organisation et le financement de l’apprentissage. Principales pourvoyeuses de fonds, les Régions seront dessaisies de l’apprentissage, au profit des “opérateurs de compétence”, un nouveau terme pour désigner les branches professionnelles.

Anaiz Aguirre Olhagaray|15/03/2019 11:00
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Le CFA de l’Agglomération forme aux métiers de l'hôtellerie, la restauration et la vente. © Bob EDME

"On est dans un univers instable, clairement", s’inquiète Eric Landrieux, directeur du Centre de formation des apprentis (CFA) de la Communauté d’agglomération Pays Basque (CAPB). Beaucoup d’incertitudes entourent la nouvelle réforme dite de l’"avenir professionnel".

Spécialisé dans les secteurs de l’hôtellerie et de la vente, le CFA de l’Agglo accueille cette année 220 apprentis, dont 25 mineurs migrants. Un effectif en hausse d’environ 5 % par rapport à l’année dernière. "L’idée de la réforme est de doubler le nombre d’apprentis d’ici cinq à six ans", déclare Eric Landrieux. Mais ce qui va changer surtout, c’est le mode de financement des CFA.

"Aujourd’hui, c’est la Région qui est notre principal pourvoyeur de fonds. Pour un établissement comme le nôtre, cela représente quasiment la moitié de notre budget". Le reste, ajoute Eric Landrieux, étant complété par la collecte de la taxe d’apprentissage, le restaurant d’application et la CAPB. "A partir de l’année prochaine, la Région ne donnera plus rien. Ce sont les fameux ‘opérateurs de compétence’ qui vont se créer, qui vont entièrement financer l’apprentissage".

Eric Andrieux ne cache pas son inquiétude de voir débarquer ces nouveaux "prestataires", qui vont "faire la même chose que nous" et "prendre des parts de marché". Un discours qu’il n’a pas pour habitude de tenir. "Nous sommes issus de la formation, et même de l’Education nationale pour certains d’entre nous. Là, on nous dit : ‘Vous n’êtes plus du service public’", s’étonne-t-il. Le directeur du CFA craint particulièrement pour son équilibre budgétaire, jusque-là garanti par les financements régionaux annuels.

Des contrats toute l’année

Egalement au menu de la réforme, la collecte de la taxe d’apprentissage, qui va "disparaître" sous sa forme actuelle pour laisser place à une taxe unique pour les entreprises. "Il s’agit plus d’une démarche de simplification administrative. Cela va faciliter la tâche aux entreprises", positive Eric Landrieux.

"Avec la nouvelle réforme, on pourra signer des contrats d’apprentissage à n’importe quelle période", ajoute enfin le directeur du CFA. "Aujourd’hui, un apprenti peut signer un contrat d’apprentissage entre le 1er juin et le 31 décembre. On ne peut pas en signer en dehors de cette période, sauf dérogation".

Une mesure qui implique "une grosse réflexion" dans les équipes du CFA. "Cela va modifier nos pratiques pédagogiques et notre façon de travailler. Mais c’est clairement dans l’air du temps. On est tous dans une démarche de réflexion sur la façon d’individualiser les parcours des jeunes". La durée du contrat d'apprentissage, quant à elle, sera "complètement modulable" et pourra varier entre six mois et trois ans.

 

Le CFA de la Communauté d’agglomération organisera une journée portes ouvertes ce samedi 16 mars de 8h30 à 13 heures. Une seconde journée est également programmée le samedi 8 juin aux mêmes horaires. Pour plus d'informations, suivre ce lien.