La fièvre monte au service basque de santé

Une juge de Gasteiz a ouvert un procès pour révélation de secrets dans le cas des concours truqués d’Osakidetza, le système de santé du Pays Basque Sud. Les concours de juin 2018 ont été fortement contestés après que des syndicalistes aient affirmé connaître les noms des personnes qui auraient les meilleures notes dans plusieurs spécialités.

AINHOA AIZPURU|13/03/2019 18:05|0 commentaires
Ope-osakidetza
L'organisation des concours est confiée au Gouvernement basque.©Marisol RAMIREZ/FOKU

Alors que l’Etat espagnol est gangrené depuis des années par une scandaleuse corruption politique, le Gouvernement basque a toujours prétendu que dans la Communauté autonome basque, il n’y avait pas de corruption. Mais malgré les efforts pour minimiser les affaires ces dernières années, l’exemplarité des institutions basques semble remise en question. Osakidetza, le service basque de santé, est le dernier touché par ces scandales de corruption.

L’affaire commence en mai 2018, peu avant les concours pour pourvoir les postes de médecins et infirmiers, quand trois membres du syndicat ESK (Euskal Sindikatu Komunista) et des parlementaires basques de Elkarrekin Podemos se rendent devant un notaire de Bilbo. Ils affirment connaitre d’avance les noms des personnes qui obtiendront un certain nombre de postes, notamment dans le service d’anesthésiologie. Le notaire enregistre alors une liste qui détaille les noms des personnes qui obtiendront les trois meilleures notes lors du concours.

En juin 2018, plus de 90 000 personnes se présentent aux concours et, sans surprise, les trois meilleures notes dans la spécialité d’anesthésiologie sont attribuées aux personnes comprises dans la liste remise au notaire. Elkarrekin Podemos présente alors le cas devant le Parlement basque, affirmant que des responsables de l’hôpital Txagorritxu de Gasteiz auraient filtré les questions de l’examen à certaines personnes de leur choix. Finalement, des irrégularités sont détectées dans les examens de onze spécialités médicales.

La pression monte

Le débat est orageux au Parlement et, en plus d’Elkarrekin Podemos, EH Bildu et le Parti Populaire demandent des explications au lehendakari, Iñigo Urkullu. Ils exigent aussi que les concours soient annulés jusqu’à ce que l’affaire soit éclaircie. Face aux accusations, Urkullu nie toute irrégularité et refuse de suspendre les concours. Commence alors une longue guerre d’usure politique contre Jon Darpón, ministre basque de la Santé, membre du PNV (Parti Nationaliste Basque) tout comme Urkullu. Darpón se défend en attaquant les personnes qui ont fourni les noms, sans pour autant apporter d’explications. Agacé, il prononce une saillie qui lui vaudra les railleries de l’opposition : "Ici, ce n’est pas le Venezuela, il faut prouver les accusations".

La pression monte au cours de l’automne 2018, et le 15 novembre, la directrice générale d’Osakidetza, Maria Jésus Mugika, démissionne pour des "raisons personnelles".  La commission de Santé du Parlement basque voit défiler différents intervenants qui emmêlent de plus en plus une affaire qui s’apparente dangereusement à un exemple de clientélisme politique. Mais Urkullu soutient toujours Darpón, refusant toute autocritique et plaidant pour des erreurs techniques dans les concours.

Trois hauts fonctionnaires visés

Alors que les politiques se déchirent au Parlement, l’affaire prend une tournure judiciaire quand le procureur d’Araba ouvre une enquête pour révélation de secrets. Après avoir entendu de nombreux témoins, il conclut que des membres des tribunaux du concours pourraient être responsables d’avoir fourni des examens à certaines personnes se présentant au concours. Sur les 86 spécialités médicales soumises au concours, il y aurait des indices de délit dans onze spécialités. Finalement, le 11 mars, la juge du Tribunal d’instruction nº2 de Gasteiz ouvre un procès contre les responsables des tribunaux d’anesthésiologie, angiologie et médecine digestive. Trois hauts fonctionnaires du ministère de la Santé basque sont également visés pour leur responsabilité hiérarchique.

Curieusement, ce ne sera pas Ana Zulueta, la juge titulaire de ce tribunal, qui mènera le procès, car elle a été appelée en renfort pour le cas De Miguel, le plus grand cas de corruption politique touchant le PNV. Ce sera donc Yolanda Varona, sa remplaçante, qui s’occupera du procès. Les déclarations des accusés et des témoins ont été programmées pour la dernière semaine du mois de mai, après les élections espagnoles du 28 avril et les élections municipales et forales du 27 mai. Alors que l’issue de l’affaire reste à connaitre, il n’en demeure pas moins que l’image vertueuse des institutions basques est entachée.

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