Appliquer le droit, simplement

L’Artisan de la paix Michel Berhocoirigoin et le député Vincent Bru (membres de la délégation qui entretient le dialogue avec Paris) réagissent aux propos d’Hélène Davo, représentante de la garde des Sceaux chargée de suivre le dossier basque. Le 20 décembre 2018 MEDIABASK l’a rencontrée place Vendôme pour discuter du blocage actuel des discussions.

Anaiz Aguirre Olhagaray|11/01/2019 06:35|0 commentaires
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Rassemblement organisé par Bagoaz le 20 novembre 2018 à Saint-Jean-de-Luz. Le prisonnier Jakes Esnal est incarcéré depuis bientôt 29 ans. © Isabelle Miquelestorena

"Elle a le mérite de clarifier la situation", reconnaît Michel Berhocoirigoin. "On prend la mesure du travail qu'il nous reste à faire. Ce qui est intéressant, c’est qu’elle dit que sa porte reste toujours ouverte. Quelque part, elle s’adresse à nous. C’est important, pour que l’on puisse se remettre autour de la table et renouer le fil de la discussion". La porte reste ouverte, mais doit l’être "pour avancer", espère l’Artisan de la paix, "et pour que le dossier aussi reste ouvert. On ne peut pas ouvrir la porte pour s’entendre dire ‘On est à ‘l’os’, il n’y a plus rien à voir’".

"Je pense qu’effectivement, les ponts ne sont pas coupés", confirme Vincent Bru. "Simplement à la dernière réunion, il n’y a pas eu d’avancées. Donc on a estimé que c’était difficile de continuer à se voir si on n’était pas dans une démarche constructive. Il semblerait qu’aujourd’hui, madame Davo rappelle tout simplement qu’elle n’a jamais fermé les portes. Ce qui est vrai d’ailleurs. Nous verrons bien après la manifestation de samedi ce que l’on pourra discuter de très concret avec elle".

Michel Berhocoirigoin sait que c’est "un sujet compliqué" et qu’"il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour que cela se fasse." Il souligne les avancées considérables obtenues en 2018. "Des obstacles qui paraissaient insurmontables ont été franchis. Ce qui a été fait nous oblige à poursuivre ce qu’il reste à faire".

Le rapprochement, un droit et non un privilège

"Il faut que le droit soit respecté. Et le droit n’est pas dissociable, il n’est pas valable pour certains, et pas pour d’autres", martèle Michel Berhocoirigoin. "La revendication de l’application tout simplement du droit, non pas de privilèges mais du droit existant, à savoir le rapprochement des prisonniers et l’examen de leur situation lorsqu’ils sont en fin de peine, ou détenus depuis presque 30 ans, fait partie du droit commun, sans que cela ne porte atteinte à la situation des victimes de l’ETA", estime Vincent Bru. "Je ne vois pas en quoi c’est attentatoire au droit des victimes que quelqu’un soit incarcéré à Lannemezan ou à Mont-de-Marsan, plutôt qu’à 700 kilomètres".

Dans ses propos, la représentante de la Justice française affirme que ce ne sont pas les associations de victimes qui font la politique pénitentiaire. Dans le même temps, elle confie qu’"il y a des blessures liées à des personnes emblématiques. (…) On risque d’allumer des incendies en rapprochant des détenus comme Txeroki ou Karrera (NDLR : Garikoitz Aspiazu Rubina et Mikel Karrera Sarobe, incarcérés respectivement à Arles et Réau). Les associations de victimes ne pourront pas l’accepter".

La première affirmation conforte l’Artisan de la paix, mais entre en contradiction avec la seconde : "Dans un État de droit, dire qu’on ne peut pas aller jusqu’au bout de la loi parce que les associations de victimes organiseraient des manifestations et mettraient la pression, n’est pas d’après moi la bonne réponse. Cela voudrait dire quoi ? On penche du côté de là où il y a de le plus de pression dans la rue ? Alors, on peut dire que s’il n’y a pas de rapprochements, il y a aussi la pression de la rue".

Vers une nouvelle feuille de route

"Elle dit, et je pense que de notre côté aussi, que la confiance n’est pas rompue. Et il y a une volonté, il y a une confiance. Il faut l’alimenter" suggère Michel Berhocoirigoin. "Je pense qu’après la manifestation, il faudra reposer le principe d’une rencontre et remettre sur la table une feuille de route, un agenda". Vincent Bru insiste : "Ce que l’on veut, c’est l’application du droit. Simplement. Ils sont soumis à un régime particulier, on souhaiterait qu’ils soient soumis au droit commun".

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