“Si on respecte le poisson, il restera toujours de quoi pêcher”

Alors que la pêche artisanale représente 80 % de la flottille européenne, les quotas de pêche qui lui sont attribués sont extrêmement faibles, au bénéfice des gros industriels de la pêche dont 86 % de la production non “durable” se retrouve sur nos étals de supermarchés. Entretien avec Anne-Marie Vergez, patronne-pêcheuse à Saint-Jean-de-Luz et fervente défenseuse de la petite pêche de proximité.

Anaiz Aguirre Olhagaray|09/01/2019 10:55|0 commentaires
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Anne-Marie Vergez, seule femme patronne-pêcheuse de Saint-Jean-de-Luz. © Isabelle MIQUELESTORENA

La pêche artisanale est-elle menacée ?

Anne-Marie Vergez : Si on respecte le poisson, il restera toujours de quoi pêcher. Mais il ne faut pas que le poisson qui reste à pêcher ne revienne qu’à des pêcheurs de grande échelle. Il faut que ces gâteaux soient partagés beaucoup plus équitablement, et que les petits pêcheurs puissent aussi y manger.

Quelles difficultés rencontre la petite pêche artisanale ?

C’est difficile surtout pour les jeunes qui veulent s’installer. L’État français s’est opposé aux quotas individuels. Sur le principe, cela paraît très beau, parce qu’on navigue tous sous un quota collectif. Mais en réalité, les quotas sont octroyés aux bateaux, et cela se transforme en "antériorités".

Un bateau qui a beaucoup d’antériorités sera revendu non pas en fonction du bateau lui-même, mais en fonction de ses antériorités, c'est-à-dire de ses droits de pêche, en fait. Une ressource qui au départ est un bien commun, un bien collectif, devient de fait un bien qui se privatise. Les jeunes qui veulent s’installer doivent donc payer une fortune pour un bateau, même vieux, parce qu’il a des droits de pêche.

Existe-t-il des subventions à la pêche durable, comme il peut en exister pour l’agriculture biologique ?

Non, pas du tout ! En revanche, il y a des articles qui l’encouragent, notamment l’article 17 de la dernière PCP [Politique commune de la pêche]. Jusque-là, l’Europe avait surtout considéré la pêche à grande échelle. Puis en 2012, il y a eu un revirement. Tout d’un coup, l’Europe a a réalisé qu’il existait tout un tissu de petite pêche artisanale et de proximité. L’Europe a donc voté des articles qui encouragent les États membres à octroyer des quotas à des méthodes de pêche sélectives, avec une empreinte environnementale minime, un lien socio-économique, etc. Mais malheureusement, cet article n’est pas appliqué. Surtout pas en France.

Avez-vous déjà tenté une action en justice ?

Oui. Par exemple pour le thon, on a essayé, en s’associant avec les méditerranéens. Mais l’affaire est tombée à l’eau. On avait porté plainte auprès du Conseil d’Etat, mais on a été débouté parce que le tribunal n’était pas en mesure de juger cette affaire. On a donc été renvoyés au Tribunal administratif de Montpellier. C’est difficile car le plus gros problème des petits pêcheurs, c’est que nous sommes tout le temps en mer, alors que les gros armateurs sont à terre et ont le temps de s’organiser.

Quels sont les circuits de distribution de la pêche artisanale ? Tout est vendu à la criée ?

Oui, à Saint-Jean-de-Luz du moins, tout est vendu principalement à la criée. Il y a également un stand à Ciboure où quelques pêcheurs vendent une partie de leur production. Globalement, on n’a pas de problème pour vendre nos poissons.

Qui achète à la criée ?

Ce sont des mareyeurs et des poissonniers. Tous les jours, ce sont des ventes aux enchères. Le prix peut fluctuer. Les mareyeurs sont des grossistes qui revendent éventuellement à des poissonniers, qui eux-mêmes revendent aux restaurants.

Le circuit de la grande distribution fait-il appel à vous ?

Localement, il y a le Leclerc d’Urrugne qui se fournit en partie à la criée.

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