Problème de peau à la coopérative Axuria

Le commerce de la viande se porte plutôt bien, mais pas celui des peaux. Entretien avec Battitta Baqué, directeur d’Axuria, à Chéraute.

Anaiz Aguirre Olhagaray|26/11/2018 11:13|0 commentaires
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Axuria a investi 2,2 millions d’euros dans ses nouveaux locaux, d’une superficie de 1 200 m2. © Isabelle MIQUELESTORENA

Comment se structure Axuria ?

Battitta Baqué : La coopérative compte 17 salariés et regroupe 280 éleveurs ovins et bovins. Historiquement, elle ne commercialisait que l’agneau de lait. En 2000, elle a développé la filière bovine, notamment la commercialisation de vaches grasses et de veau rosé, une spécificité du Pays Basque.

Pourquoi avoir déménagé ?

B. B. : Le projet germait depuis des années, mais de nouvelles contraintes réglementaires nous ont obligés à changer de structure.

Vos rapports ont-ils changé avec les abattoirs du Pays de Soule, depuis le procès qui les a visés ?

B. B. : Concrètement, non. Eux aussi vont devoir se mettre aux normes et effectuer des travaux sur les chaînes d’abattage. Le seul souci pour nous est que l’été prochain, pendant les travaux, nous devrons faire appel à un autre abattoir.

Comment percevez-vous le procès qui s’est tenu ?

B. B. : C’est toujours trop, pour ce qui s’est passé. Il y a eu l’influence des groupes vegan… Sur le moment, ça a beaucoup terni l’image de l’abattoir et surtout de ses salariés, qui ont vécu, je pense, de très difficiles moments ces derniers temps. Les médias étaient centrés sur eux, alors que les torts étaient partagés.

Constatez-vous une diminution de la demande de viande ?

B. B. : Je dirais que le commerce de la viande change, se complexifie. Je crois qu’on a une carte à jouer en misant sur une production de viande de meilleure qualité, et sur les services et le suivi apportés à la clientèle.

Qui sont vos clients ?

B. B. : Historiquement, ce sont des restaurateurs assez haut-de-gamme, qui ont su valoriser l’agneau de lait et le placer comme fleuron de la gastronomie française. On travaille également avec des grossistes, des conserveurs et quelques magasins d’épicerie fine. On s’adresse aussi aux particuliers.

D’où viennent-ils ?

B. B. : La clientèle historique se trouve en France, essentiellement en région parisienne et sur le bassin lyonnais. On exporte aussi beaucoup vers la Suisse, le Luxembourg, la Belgique, l’Angleterre ou l’Allemagne. Aujourd’hui, on essaie de se tourner vers les pays d’Asie. Sur l’agneau de lait, la demande est forte au Japon, par exemple.

Quel est votre volume de production ?

B. B. : L’an dernier, on a commercialisé 400 vaches, un millier de veaux et autour de 45 000 agneaux, une partie en carcasse et une partie en vif, notamment vers l’Espagne où la demande explose juste avant Noël. Là, on est en plein dedans.

Que deviennent la laine et les peaux ?

B. B. : Justement, je suis en plein dans la problématique ! Aujourd’hui, les peaux d’agneaux issues de l’abattage ne trouvent plus de valeur commerciale. On sait que le marché des cuirs est relativement bouché. C’est une problématique liée à tous ces mouvements vegan… Maintenant, même les usines de destruction n’en veulent plus, car les peaux bouchent des systèmes de vis sans fin qui permettent de les détruire.

Et la laine ?

B. B. : Jusqu’à il y a quelques années, la laine se vendait plutôt bien, ça permettait de pouvoir payer les personnes qui s’occupaient de la tonte des brebis. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Etes-vous plutôt optimiste pour la filière ?

B. B. : On espère que les gens vont continuer à manger de la viande. On représente un collectif de 280 éleveurs adhérents et les enjeux territoriaux sont très importants. Les enjeux sociaux aussi, parce que c’est une filière qui emploie beaucoup de monde, notamment en Soule.