Reportage
 
“Si tu as faim, tu viens”

La Table du soir a repris du service le 12 novembre dernier à Bayonne. Jusqu’au 31 mars, entre 40 et 70 repas seront servis quotidiennement aux personnes les plus démunies. Dimanche 25 novembre, l’association organise la 3e édition de la Foulée du Partage, un événement très important pour assurer son équilibre financier.

Anaiz Aguirre Olhagaray|22/11/2018 06:55|0 commentaires
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Pendant la période hivernale, les “accueillis” peuvent manger gratuitement à la Table du soir. © Bob EDME

De l’extérieur, le restaurant ne paye pas de mine : un préfabriqué discrètement posé sur un lopin de terre, bien dissimulé derrière la gare SNCF, chemin Saint-Bernard. Dedans, c’est un petit îlot de chaleur et de bienveillance. La devise est claire : celui qui a faim est ici chez lui. Le temps d’une soirée. Le temps d’apaiser l’estomac soumis à la rude épreuve de la rue ou de ressources trop faibles pour pouvoir manger trois fois par jour.

"Ici on les appelle les ‘accueillis’" explique Sylvia, bénévole de longue date. Il est 17h30. Avec Maialen, Zoé et la dizaine d’autres volontaires, elle s’active pour la mise en place du couvert. "Hier soir, on a servi 72 repas" souffle-t-elle. Un nombre particulièrement élevé, alors que la Table a rouvert ses portes depuis quelques jours à peine. "D’habitude en début de saison, on démarre à 40, 50. Après, certains soirs, on sert jusqu’à 100 repas". L’hiver dernier, l’association a servi 12% de repas de plus que l’année précédente.

18h30. À table ! Les "accueillis" arrivent un à un, à pied ou en voiture, et prennent place sur les tables en bois, qui donnent au lieu des allures de refuge de montagne. Il y a des SDF, des gens qui travaillent mais qui dorment dans leur voiture, des jeunes, des vieux. Quelques femmes seules aussi. Elles sont de plus en plus nombreuses à pousser la porte de la Table du soir, d’après les bénévoles.

Mais ce qu’ils constatent surtout, depuis environ dix ans, c’est le nombre croissant de personnes retraitées. Une façon d’économiser pour ceux qui touchent de faibles pensions. Andde Josse est l’un d’entre eux. C’est même un habitué des lieux, Sylvia le connaît "depuis au moins 20 ans". Ancien ouvrier de la Fonderie de Bayonne, il vit avec 833 euros par mois. Il a du mal à articuler mais raconte, dans un basque impeccable, qu’il est né en région parisienne, avant d’être placé tout petit dans une famille d’accueil à Briscous. "Aita hazpandarra, ama beskoiztarra" (Papa d'hasparren, maman de Briscous, en français) se souvient-il, ému.

Ce soir, l’ambiance est détendue, chaleureuse. Mais pour beaucoup d’"accueillis", la traversée de la vie est semée d’embûches, de coups durs, d’"accidents de la vie". Il y a des soirs où la tension monte, où la violence s’exprime. C’est pourquoi la Table du soir ne reçoit pas les familles. "Ce serait trop dur pour un enfant de voir tant de misère", glisse Sylvia.

Il n’est pas encore 19h15, et le repas touche à sa fin. Pendant que les uns servent le dessert et le café, les autres distribuent les restes du dîner dans des bocaux ou des tupperware. Un "accueilli" vérifie, impatient, qu’on lui en donne suffisamment. "J’ai ma fille qui vient demain", insiste-t-il. "Oui oui, ne vous inquiétez pas, il y en aura assez" rassure la bénévole. Une jeune femme vient d’arriver. Elle n’a pas dîné ici, mais elle emporte de quoi nourrir ses enfants.

Peu à peu, en toute discrétion, les "accueillis" s’en vont. Les plus pressés espèrent trouver vite un lit pour la nuit. Les autres s’attardent au café avant de reprendre, un à un, le chemin de leur fragile vie.

Une course solidaire pour récolter des fonds

Pour la troisième année consécutive, la Table du soir organise la Foulée du Partage, ce dimanche 25 novembre. Les dons proviennent aussi des peñas bayonnaises : tous les ans, la peña Lagunekin donne à la Table du soir 2 000 euros, et récemment, la chorale Ostinato a fait un don de 1 920 euros. Malgré cet élan de solidarité, l’association se trouve en déficit depuis deux ans.

La Foulée du partage est une course de 10 km dans Bayonne, associée à une marche de 7 km. Ouverte à tous, l’inscription coûte entre 5 et 10 euros. Elle peut se faire sur place, mais également en ligne ici ou dans les magasins Peytavin Sports (Bayonne) et Promo Sport (Anglet).

Plus d’informations sur la Foulée du Partage ici.