Feu vert pour le nouveau mode de gestion de l’Hôtel du Palais

Les membres de la société d’exploitation de l’Hôtel du Palais, la Socomix, ont validé le montage financier et juridique présenté hier en conseil d’administration.

Goizeder TABERNA|09/10/2018 07:05|0 commentaires
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Les administrateurs de la Socomix se défendent en rappelant que le choix du contrat de gestion n'a jamais été critiqué. © Aurore LUCAS

Après une réunion informative de sept heures la semaine dernière, les membres du conseil d’administration de la Socomix se sont à nouveau réunis, lundi 8 octobre, pour voter 25 décisions. En réalité, la consultation a été simple et rapide, car les administrateurs ne pouvaient être que pour ou contre le marché proposé dans sa globalité. La majorité a voté en faveur du montage présenté pour la reprise et la mise en état de l’Hôtel du Palais de Biarritz.

Contrat de gestion avec le groupe hôtelier Hyatt, contrat avec les financeurs, phasage des travaux, les membres du conseil d’administration ont validé le tout. Sur les 15 membres, quatre ont voté contre. Malgré ce résultat sans appel, la tension était évidente lors de la conférence de presse organisée à l'issue du vote.

Pour signer tous les contrats le 25 octobre, le conseil municipal doit encore valider le transfert du fonds de commerce, dans moins d'une semaine. Le vote du bail emphythéotique pour les murs, en juillet, avait divisé les élus (18 pour, 17 contre). Aujourd’hui, les défenseurs du projet comme ses détracteurs en appellent à la responsabilité.

Principale pierre d’achoppement, le prévisionnel du groupe hôtelier sélectionné. "Le plan d’affaires d’Hyatt a été analysé et validé par nos conseils, par ceux de l’investisseur et par celui des banques. Une version dégradée montre qu’il résiste à une baisse de 10% par rapport à l’objectif prévu", assure le premier adjoint en charge des finances et administrateur de la Socomix, Guy Lafite. De 22-23 millions d’euros aujourd’hui, le chiffre d’affaires passerait, au mieux, à 32 millions à partir de 2024. Les administrateurs comptent sur le nouveau souffle dû aux travaux et à l’expérience du groupe Hyatt pour augmenter le prix moyen des chambres de 10 à 15%.

Rien à perdre

Des prévisions "extrêmement optimistes" d’après Virginie Lannevère, elle aussi administratrice et élue de la majorité. Elle a voté contre. Sa prévoyance la conduirait à revoir les délais et les ambitions concernant les travaux. Elle baisserait leur coût jusqu’à 50 millions d’euros. "Mais ce débat, nous n’avons jamais pu l’avoir", regrette-t-elle.

"Quelqu’un qui va mettre 20 millions d’euros, c’est qu’il croit dans l’opération", rétorque le maire et président de la Socomix, Michel Veunac. Cela n’étonne pas du tout Guillaume Barucq, adjoint au maire et membre de la Socomix : "Tous ces partenaires ont quelque chose à gagner, mais rien à perdre. La seule à prendre des risques, c’est la Socomix et, derrière, la Ville". Guy Lafite reconnaît que le gestionnaire, Hyatt, ne peut être redevable des dettes, "en revanche il est tenu par des objectifs de performance".

Les travaux sont estimés à 64 millions d’euros. La Socomix en emprunterait 50 millions et compterait sur cette performance pour les rembourser. Le groupe JC Decaux Holding poserait sur la table 20 millions d’euros, Hyatt 6 millions, d’après les représentants de la société d'exploitation. Une présentation qui agace G. Barucq car, en réalité, ces investisseurs privés n’apportent pas toutes ces sommes sans contre-partie. "JC Decaux apporte 15 millions d’euros, et le reste, c’est une avance à un taux de 7,5%", s’offusque-t-il. Quant à Hyatt, s’il s’en allait, il récupèrerait à quelque chose près son investissement.

Pouvoir de blocage

L’arrivée du principal investisseur privé enclenche une redistribution des actions. Avec 33,5% des parts pour le nouveau arrivant, JC Decaux, la Ville passe de 67% à 54%. La Compagnie du Louvre met un pied dehors en vendant 14 parts et se retrouve à 8%.

L’ombre de JC Decaux, détenteur d’un pouvoir de blocage, est un autre point sensible. Michel Veunac a dénoncé avec virulence les propos tenus par certains élus sur la question dans la presse. Il se veut rassurant, la Ville de Biarritz ne perdrait pas le contrôle de la Socomix : "par définition, une société d’économie mixte (Sem) appartient majoritairement aux collectivités, sauf si la Ville décide de se défaire de ses actions… Mais mon postulat est clair : il faut que l’Hôtel du Palais demeure à la Ville".

Il mise sur le consensus sur les sujets, somme toute, stratégiques pour lesquels l’investisseur a le pouvoir de blocage : business plan, budget annuel, création de nouvelles activités, achat ou cession de biens. Pour Guy Lafite, "quand vous avez un actionnaire de cette taille, il est normal que vous vous mettiez d’accord sur les sujets importants". Un équilibre pas toujours garanti. "En cas de conflit ouvert, il faut trouver un mécanisme de sortie de crise, cela passe par des négociations et leur issue est donc difficile à prévoir", explique Virginie Lannevère.

La Socomix aurait pris des engagements

Autre particularité de la Sem, elle répond aux règles du monde de l’entreprise et ses clauses de confidentialité. Un principe pas très compatible avec le droit de regard des électeurs sur l’action de leurs élus et les finances de la cité. Certaines décisions auraient été prises bien avant les votes du conseil municipal du 30 juillet, puisqu’il semblerait que "depuis le 1er janvier, les commerciaux de l’Hôtel du Palais avaient interdiction de vendre des chambres après le 18 octobre", d’après les informations parues sur la blog Bisque Bisque Basque

De la même manière que le groupe Eiffage a dû préparer les travaux plusieurs mois à l’avance, d’après une source proche du dossier. Pour ce faire, la Socomix aurait pris des engagements pour préempter la tranche de travaux à venir, c’est-à-dire pour anticiper un vote favorable au montage présenté. "Il y a une prise de risque chiffrée" souligne la même source.

Le délégué du personnel Force Ouvrière, Pascal Lesca, considère qu’il n’y a pas le choix, les travaux sont nécessaires et urgents. Il pointe la nécessité d’améliorer l’outil de travail des 150 salariés permanents et le besoin de maintenir le statut de palace de l'établissement. Guillaume Barucq déplore une vision à court terme, "nous nous cherchons la meilleure solution pour le personnel sur le long terme". Il semblerait que la tenue du G7 en août prochain, ait précipité les choses.

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