Catalogne : une clameur pour l’indépendance et la république

Un million de personnes ont participé à Barcelone à la Diada, la fête nationale de la Catalogne. Dans un contexte particulier avec seize dirigeants politiques et personnalités culturelles emprisonnées ou en exil.

Béatrice MOLLE-HARAN|mediabask|0 commentaires
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Le “soufflé catalan”, expression favorite des partis espagnols, n'est pas prêt de retomber. © Wikimédia

Un million de manifestants, selon la police municipale de Barcelone, ont célébré le 11 septembre la Diada, fête nationale de la Catalogne, démontrant ainsi leur volonté intacte d’amener leur territoire vers l’indépendance. Et ce, malgré les différences de stratégies des partis politiques la soutenant. Avec comme thèmes récurrents : l’indépendance, la création d’une République et la libération des prisonniers politiques catalans devant être jugés fin 2018 ou début 2019, ainsi que le retour des exilés. La Diada avait cette année une signification et une résonnance particulière. Au vu des événements qui ont marqué ce territoire depuis le 1er octobre 2017, jour du référendum sur l’indépendance interdit par le gouvernement espagnol. Et qui se déroulera avec force, interventions policières espagnoles dont les images avaient été diffusées dans le monde entier. Remporté par les indépendantistes, le référendum sera suivi de la déclaration unilatérale d’indépendance par le Parlament de Catalogne (70 voix sur 135) le 17 octobre 2017. Le gouvernement espagnol répondra par l’article 155 de la Constitution, mettant la Catalogne sous tutelle, destituant le Parlament et son président, et lançant des élections régionales le 21 décembre 2017. Gagnées une fois de plus par les indépendantistes. Neuf hauts responsables politiques catalans ont été arrêtés pour “sédition et rebellion”, d’aucuns diront pour le simple fait d’organiser des élections. Sept autres ont pris le chemin de l’exil, dont l’ex président de la Generalitat Carles Puigdemont.

Test à la croisée des chemins

Tous ces évènements ont forcément ébranlé l’unité du camp en faveur de l’indépendance et d’une république catalane. Un camp catalan dont on a trop souvent oublié qu’il allait de la droite à la gauche alternative prônant la désobéissance civile, et qui a subi les assauts du gouvernement et de la justice espagnole. La participation massive à cette Diada de mardi dernier est donc l’occasion d’un premier pas pour resserrer des liens distendus au cours de cette folle année et démontrer la forte capacité de mobilisation du camp indépendantiste. Une année où ceux-ci n’ont cessé de réclamer un dialogue avec Madrid. Demande qui s’est toujours soldée par l’intransigeance du gouvernement PP de Mariano Rajoy. Aujourd’hui, la donne a changé, les socialistes sont au pouvoir et le président de la Generalitat Quim Torra poursuit toujours sa quête de dialogue. La veille de la Diada, Josep Borrell, originaire de Catalogne et ministre des Affaires européennes du gouvernement espagnol, déclarait qu’il préférerait que les neufs prisonniers politiques catalans soient en liberté provisoire, plutôt qu’en prison en attente de leurs jugements. Une déclaration interprétée comme un geste démontrant une possible position flexible de la part du gouvernement de Madrid. Mais les faits sont têtus et pour le moment, au-delà des paroles, le gouvernement de Pedro Sanchez n’a pris aucune mesure concrète allant dans le sens des revendications des indépendantistes. Par ailleurs le camp de la droite espagnole, Ciudadanos et le PP, multiplient les provocations et les tensions en enlevant les rubans jaunes apposés dans les rues de Catalogne en solidarité avec les prisonniers catalans.

Quelle feuille de route ?

La forte mobilisation du 11 septembre peut être le signal et le moteur d’une clarification de la feuille de route à adopter pour l’obtention des objectifs du camp indépendantiste. “Comment” et “quand” sont les questions qui devront avoir des réponses unitaires, en prenant en compte qu’un peu plus de 50 % du corps éléctoral vote en faveur des indépendantistes. La Diada n’est que le prélude “d’un automne chaud” annoncé par Quim Torra, le président de la Catalogne au président espagnol Pedro Sanchez. La prochaine manifestation organisée par les indépendantistes aura lieu le 1er octobre prochain, date du premier anniversaire du référendum de 2017.