Des élus de premier plan appellent à soutenir l'eusko

Une dizaine d'élus de tous bords soutiennent Bayonne dans sa démarche de réaliser des paiements en eusko contre l’avis de l’Etat. D’autres devraient y venir.

Bénédicte Saint-André|06/03/2018 08:05|1 commentaire
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Les premiers élus signataires de l'appel auprès des dirigeants d'Euskal Moneta © Isabelle Miquelestorena

L’association Euskal Moneta a lancé "Oui à l’innovation", un appel aux élus du Pays Basque visant à soutenir la Ville de Bayonne dans sa bataille engagée contre l’Etat. Un appel relayé lors de l’eusko eguna ce dimanche 4 mars, manifestation qui a rassemblé un millier de personnes.

Pour rappel, la Ville de Bayonne souhaite effectuer des paiements -subventions, factures, indemnités d’élus- en eusko. Mais l’Etat via la préfecture et le ministère de l’Economie s’y oppose, en s’appuyant sur un arrêté de 2012 qui liste les moyens de paiement autorisés pour les dépenses publiques et dans lequel ne figurent pas les monnaies locales.

Pour les partisans de celles-ci, au contraire, la loi Hamon votée en 2014 et portant sur l’économie sociale et solidaire reconnaît officiellement les monnaies locales, et rend de facto caduc cet arrêté.  Une vision corroborée par la sénatrice socialiste Frédérique Espagnac qui a justement participé à l’élaboration de cette loi. "L’utilisation des monnaies locales complémentaires par les collectivités locales est bien dans l’esprit de cette loi", déclare-t-elle, soulignant la contradiction de la position actuelle de l’État.

La monnaie locale, emblème de la transition écologique

Pour Jean-René Etchegaray, figure de proue de cette bataille, l’opposition de l’Etat est le fruit de "crispations jacobines". "Il ne s’agit pas d’un combat du Pays Basque contre l’Etat français", complète Martine Bisauta, vice-présidente à la transition énergétique de la CAPB. "La question est : que va-t-on faire de nos monnaies locales en France ? On ne peut pas se dire engagé dans la transition écologique et exclure une monnaie non spéculative qui favorise les circuits courts".

D’ailleurs, de nombreuses collectivités et acteurs de l’économie sociale de l’Hexagone ont les yeux rivés sur cette affaire et soutiennent la ville de Bayonne et l’association Euskal Moneta dans leur démarche. Au Pays Basque, Kotte Ecenarro, maire d’Hendaye, la première commune ayant adhéré à l’eusko, s’est d’ores et déjà inscrit dans le sillage de Bayonne, annonçant une délibération similaire à venir.

La conseillère régionale socialiste Emilie Dutoya rappelle, quant à elle, l’accompagnement de la Région pour la mise en place de l’eusko numérique. Lucien Betbeder, le président du Biltzar a appelé l’ensemble des maires du Pays Basque nord à signer l’appel et va leur envoyer un courrier en ce sens. Le dernier Biltzar avait d’ailleurs été l’occasion d’une passe d’armes entre Jean-René Etchegaray et le préfet sur le sujet.

Bientôt au tribunal

De son côté, la préfecture a jusqu’au 10 mars pour se pourvoir une seconde fois en justice, après l’échec de sa première procédure. La mobilisation locale n’a pas ébranlé sa volonté de reporter l’affaire devant le tribunal administratif. Euskal Moneta entend néanmoins solliciter les services de l’Etat pour avoir un échange sur le sujet et tenter de lever les désaccords.

Entre autres, le préfet avait fait part dans nos colonnes des risques de favoritisme envers les fournisseurs qui acceptent l’eusko. "Les préfets sont en charge de veiller à l’application du code des marchés publics pour que l’eusko ne constitue pas un vecteur de distorsion de concurrence", rétorque Dante Edme, directeur général d'Euskal Moneta.  

Les signataires de l’appel sont :

Jean-René Etchegaray, Maire de Bayonne et Président de la Communauté d’agglomération Pays Basque, Lucien Betbeder, Président du Biltzar et maire de Mendionde, Kotte Ecenarro, maire d’Hendaye et Conseiller départemental, Bruno Carrère, maire d’Ustaritz, François Dagorret, maire de La Bastide-Clairence, Vincent Bru, député de la 6e circonscription des Pyrénées-Atlantiques, Max Brisson, sénateur, Frédérique Espagnac, sénatrice, Mathieu Bergé, Conseiller régional délégué aux ports, aéroports, à l'Eurorégion, et à la coopération transfrontalière, Sandrine Derville, Vice-présidente de la Région Nouvelle-Aquitaine, chargée du Tourisme, Emilie Dutoya, Conseillère régionale, Alice Leiciaguecahar, Conseillère régionale, Présidente de la commission agriculture, Andde Sainte-Marie, Conseiller régional, délégué à la Montagne et Pastoralisme, Michel Veunac, Conseiller régional, maire de Biarritz et vice-président de la Communauté d'agglomération Pays Basque en charge de l’Attractivité touristique.

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