Le Chacal : de milicien du GAL à indic

Dans Libération, le journaliste Emmanuel Fansten révèle la collaboration dans les années 2000 entre le commissaire François Thierry et un ancien milicien du GAL, connu sous le surnom le "Chacal", pour remonter les réseaux de traficants de drogue français, dans le sud de l'Etat espagnol.

Caroline MALCZUK|29/09/2017 23:05|0 commentaires
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Une trentaine d'assassinats ont été commis en France par le GAL dans les années 1980. Dont à l'hôtel Monbar de Bayonne, le 25 septembre 1985.© Daniel Velez

Ce vendredi matin, Libération a titré : "Qui est le Chacal ? Quand l’État deale avec un tueur." Le journaliste Emmanuel Fansten continue ses révélations sur les "méthodes troubles" employées par François Thierry, autrefois à la tête de l’Office central pour la répression du traffic illicite des stupéfiants (Ocrtis), mis en examen pour "complicité de traffic de stupéfiants" en août dernier et menacé de perdre son habilitation policière. Dernière révélation du journaliste, poursuivi pour diffamation par le concerné : François Thierry aurait collaboré activement avec un ancien recruteur et tueur des Groupes antiterroristes de libération (GAL), le "Chacal", dans les années 2000.


"Sa véritable identité est un des secrets les mieux gardés de la République. À la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) comme à la direction des enquêtes douanières, la plupart de ceux qui ont travaillé avec lui connaissent uniquement son surnom" explique Emmanuel Fansten. Il sait que le "Chacal" est né en 1952, d’origine algérienne, et a un faux nom : Alain David Benhamou. Après avoir "fait ses armes à Cannes", il apparaît "dans les radars du crime organisé" dans les années 1980 avant de réussir à rejoindre l’Etat espagnol.

"En échange de leurs services, le Chacal et ses associés sont autorisés à organiser le trafic de drogue autour de Marbella, nouvelle capitale européenne de la came. La fin de la "guerre sale" et la disparition des GAL vont ouvrir une période de prospérité sur la Costa del Sol, où de nombreux truands français ont trouvé refuge" écrit Emmanuel Fansten. Avant d’indiquer que, dans les années 1990, le Chacal sera "recruté" par la Police judiciaire de Bordeaux, "redirigé" vers la Direction des enquêtes douanières puis vers le Siat, "la cellule qui chapeaute l’ensemble des indics et gère les infiltrés".

Participation active aux opérations

Le Chacal jouera de ses relations pour aider le patron du Siat, François Thierry, à interpeller un des plus gros trafiquants français dans le sud de l’Etat espagnol, en mars 2009. L’ancien des GAL participera activement à une série de "nouvelles opérations ultra-secrètes, baptisées 'Myrmidon'". Et fournira un appui logistique à la police française qui "a recyclé les vieux réseaux du GAL pour monter ses propres opérations secrètes" commente le journaliste. Exemple avec une "livraison surveillée" de résine menée en janvier 2010.

Un peu plus tôt dans l’article, Emmanuel Fansten contextualise le préalable à ces opérations, menées sur le sol espagnol : "Les policiers espagnols ayant été autorisés par le passé à traverser la frontière pour venir traquer les militants d’ETA, leurs collègues français veulent pouvoir faire de même avec les centaines de truands français qui coulent des jours paisibles dans le sud de l’Espagne."

Les opérations "Myrmidon" se terminent en avril 2010. L’équipe de policiers français quitte la Costa del Sol, François Thierry prend la tête de l’Office central des stups à Paris. "Quant au Chacal, il se serait récemment retiré en Amérique du Sud. Mais personne n’en est tout à fait sûr." Dans son éditorial, Johan Hufnagel dénonce un système qui "illustre les relations plus que troubles entre deux pays voisins et amis depuis les années 80" et s’inquiète de l’éventuel "silence complice" du gouvernement face à ces révélations qui dérangent.