J-J. Etxeberri : “Il y aura quelque chose après mais ce ne sera pas Müsikaren egüna”

Voilà trente ans que le festival souletin anime la commune d'Ordiarp à la fin du printemps. Cette année, le village vivra au rythme des concerts et des spectacles du 7 au 9 juin. Mais cette édition anniversaire signe aussi la fin d'une aventure. Présent depuis ses débuts, Jean-Jacques Etxeberri a présenté à MEDIABASK la programmation de cette année, mais aussi les raisons de l'arrêt d'un festival défenseur de la culture et de la langue basques.

AINHOA AIZPURU|2019/06/05 14:59|0 iruzkin
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Ce trentième anniversaire signe aussi la dernière édition du festival Müsikaren egüna.©Bob EDME

Pouvez-vous nous présenter le festival Müsikaren egüna pour ceux qui ne le connaîtraient pas ?

Jean-Jacques Etxeberri : Müsikaren egüna est un festival qui a débuté il y a 30 ans. Il est porté depuis ses débuts par l’association Bil Xokoa née à Ordiarp, en Soule, en 1983. Celle-ci est en quelque sorte l’émanation d’un comité des fêtes délaissé par des jeunes qui souhaitaient néanmoins continuer à soutenir un événement annuel gratuit et ouvert à tous. A l’époque, de nombreux artistes que nous connaissions avaient été sollicités pour venir animer une journée conviviale sous le signe de la musique. Cela a commencé comme ça, par un simple après-midi festif qui permettait aux habitants du voisinage de se retrouver.

Mais Bil Xokoa est et a toujours été une association un peu militante. C’est pourquoi le festival a été créé avec certains fondamentaux. Il se présente comme une fête populaire de toutes les cultures, avec une place particulière donnée à la défense et la promotion de la culture et de la langue basques, l’euskara. Petit à petit, l’association Bil Xokoa s’est renforcée et a même installé son siège dans une ancienne petite épicerie du village.

Le festival a-t-il lui aussi évolué ?

J-J.E : Bien sûr. Il s’est lui aussi petit à petit développé, s’étalant rapidement sur trois jours, et attirant toujours plus d’artistes et de visiteurs. Il est devenu quelque chose de bien différent grâce à la venue de groupes internationaux. De véritables rencontres de cultures identitaires ont ainsi permis de développer les échanges entre le monde culturel basque et d’autres régions ou pays tels que l’Occitanie, la  Corse, la Bretagne, l’Irlande, l’Ecosse, l’Italie, l’Espagne, la Belgique ou encore le continent africain.

Si le festival attire des groupes de musique du Pays Basque et du monde entier, il ne se cantonne pas seulement à cela. Pendant ces trois jours, débats, théâtre, bertsolari, repas populaires, danses ainsi que de nombreuses autres animations se succèdent. On a ainsi organisé des tables-rondes sur le pourquoi d’une Chambre d’agriculture au Pays Basque, ou sur le lien entre la culture et le sport. Je tiens aussi à souligner que différents groupes ou initiatives sont nés grâce à Müsikaren egüna.

Le festival a entraîné une véritable dynamique locale. Par exemple, nous avons lancé "Les 25 heures de la création" lors de la 25ème édition. Des groupes de jeunes provenant de neuf villages de Soule ont ainsi relevé le défi de travailler 25 heures non stop sur des projets. Certains ont fabriqué des savons, d’autres ont remis en marche les bains de Camou, un groupe de musique a même vu le jour. Des tas de choses, dont certaines insolites, se sont ainsi créées durant ces trente dernières années.

Pouvez-vous nous parler de la programmation de Müsikaren egüna cette année ?

J-J.E : Le programme de cette trentième édition est particulièrement riche. Il débutera vendredi 7 juin à 20h30 au restaurant le Chistéra. Les jeunes du village présenteront un spectacle satirique autour de la mascarade de cette année. Ce sera un vrai mélange de genres avec de la danse et du théâtre populaire. Ensuite, les spectateurs pourront assister à une séance de bertso avec quatre participants. Puis viendra le tour du spectacle "Ez Dok 3", produit par la compagnie Tartean de Bilbo. C’est une sorte de divertissement ironique et absurde qui tourne autour de l’histoire de la musique basque et compte avec deux acteurs : Mikel Martinez et Patxo Telleria. La fanfare Musik’alde, née pour les 20 ans de Müsikaren egüna, animera la fin de la soirée.

Un concours de cuisine organisé par la Gau Eskola introduira la journée de samedi. Il commencera à 15 heures sur la place du village. Même si la participation est libre, une inscription préalable est demandée. Le meilleur plat sera choisi par le jury à 18 heures. Pendant que les cuisiniers seront à leurs fourneaux, différents spectacles se succèderont. Tout d’abord, la pièce "Les Frères Grooming" de la compagnie Tokia. Pour la musique, ce sont les groupes Giro Swing, Tres Hombres et Tefalo qui se produiront à travers le village. Des activités pour tout âge sont également prévues : entre autres, il y aura un puzzle géant, des jeux en bois, une librairie éphémère, des séances de yoga ou encore du street art. A 19 heures, les participants seront invités à déguster les plats préparés lors du concours de cuisine tout en profitant d’un apéritif. A partir de 20h30, Niko Etxart, Anje Duhalde et Joseba Tapia seront réunis pour un concert inédit. Ils seront suivis d’Alba, un groupe de jeunes de Saint-Jean-Pied-de-Port. La fin de soirée sera animée par la fanfare Ezpela.

Pour clôturer cette édition anniversaire, le programme du dimanche s’annonce lui aussi bien chargé. Dès 11 heures, Oilarrak proposeront un spectacle de bertso et txalaparta sur la place du village. A 12 heures, ce sera le tour d’un spectacle de danses et gaitero par de jeunes Triki. Ezpela et Taraf Goulamas se chargeront quant à eux d’animer les rues du village en musique. A 13 heures, l’heure de se restaurer approchant, un repas à base d’agneau de lait sera servi par les ikastola. On pourra s’inscrire pour ce repas dès 11 heures. Attention, les places partent très vite ! A partir de 14 heures, plusieurs concerts seront proposés : Kill Your Idols, Chromb !, Poil, A-Wa, Ghetto Kumbé, J-Zbel ou encore Gwynn Wurst. L’entrée à ces spectacles musicaux sera exceptionnellement participative. Finalement, à partir de 23 heures les feux de "C’est le Pompon" clôtureront le festival. Pour ceux qui en demanderaient encore plus, le Coucou des Bois assurera par la suite l’after.

Nous avons appris que ce serait la dernière édition du festival. Pouvez-vous nous en expliquer les raisons?

J-J.E : Le festival a en quelque sorte été victime de son succès, car son organisation est devenue de plus en plus lourde pour Bil Xokoa. Programmation, montage de dossiers, recherche de financements ou d’aides : l’organisation d’une édition prend environ une année entière, d’autant plus qu’elle repose sur du bénévolat et uniquement sur le village d’Ordiarp. Même si une centaine de bénévoles est disponible pour nous aider une quinzaine de jours avant l'événement, c’est finalement peut-être un peu trop contraignant au quotidien pour les nouvelles personnes qui intègrent l’association. Il faut dire que le programme est assez "costaud".

Du côté financier, nous sommes aussi confrontés à des difficultés. Alors que nous avons maintenu la gratuité de l’entrée ces trente dernières années, nous devons nous rendre à l’évidence : cette philosophie arrive à son bout, notamment pour programmer des spectacles d’une telle qualité.

Vers quoi s’achemine-t-on ? Y aura t-il quelque chose après Müsikaren egüna ?

J-J.E : Bien sûr. Il y aura quelque chose après Müsikaren egüna, mais ce ne sera pas Müsikaren egüna. D’autres orientations ont aujourd’hui été prises par l’association. Toute une jeunesse est prête à nous suivre et est motivée. Il y aura dorénavant d’autres sortes d’animations plus légères en terme d’organisation, et qui s’étaleront tout au long de l’année. Nous avons à l’unanimité préféré célébrer cette trentième comme la dernière, plutôt que de laisser dépérir le festival petit à petit.

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