Macron à Biarritz : des paroles, mais toujours pas d’actes

En visite au Pays Basque vendredi 17 mai, le président Emmanuel Macron s'est exprimé sur le processus de paix au Pays Basque et à l’enseignement immersif dans les écoles publiques. Réactions des parlementaires et figures associatives et politiques locales.

Anaiz Aguirre Olhagaray|2019/05/22 17:25|0 iruzkin
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Le président a qualifié le Pays Basque d’"exemple" en matière de résolution de conflit. © Bob EDME

Lors de sa visite préparatoire au sommet du G7, vendredi 17 mai à Biarritz, Emmanuel Macron s’est exprimé au sujet de la résolution du conflit au Pays Basque, les prisonniers, ou encore l’enseignement en immersion du basque dans les écoles publiques. "Le devoir de l’Etat est d’accompagner le mouvement", a-t-il notamment déclaré au sujet du processus de paix. Les réactions des divers acteurs politiques et associatifs locaux, recueillies par MEDIABASK, soulignent l’espoir que les paroles du chef de l’Etat soient suivies de véritables actions concrètes.

Jean-René Etchegaray (UDI), maire de Bayonne et président de la Communauté d’agglomération Pays Basque, se dit "très heureux" que le président de la République ait bien pris connaissance des différents dossiers. S’il a le sentiment "d’avoir été compris", il espère pour être entendu que le chef de l’Etat montrera "des signes probants".

Pour le sénateur Max Brisson (Les Républicains), "il y a une reconnaissance par le chef de l’État" du processus de paix, ce dont il estime qu’il faut "prendre acte" et "se réjouir". Le parlementaire considère que l’hommage du président aux élus locaux et sa volonté d’un accompagnement par l’État de ce mouvement est "positif". Il appelle néanmoins à ce que "ces propos soient concrétisés dans les faits, en particulier concernant les détenus qui ont déjà purgé une grande partie de leur peine".

Sa collègue Frédérique Espagnac (PS) souligne de son côté les "propos d’un nouveau ton par rapport au passé" tenus par le président au sujet de l’arrestation de Josu Urrutikoetxea. "Jusqu’à présent je n’ai jamais entendu, à droite comme à gauche, quelqu’un parler d’une arrestation, d’un prisonnier basque sous cette forme-là", note-t-elle. Mais comme Max Brisson, elle attend des "actes" concrets.

Sur la question de la langue basque, les propos d’Emmanuel Macron étaient "plus en demi-teinte", mais néanmoins "beaucoup plus acceptables que ceux de madame Gourault", déclare Max Brisson. Ce dernier demande au gouvernement "des gestes rapides, qui montreraient là aussi que ce ne sont pas des propos en l’air", évoquant notamment "l’ouverture de la section immersive à Irissarry dans le public" mais aussi "la confirmation des moyens supplémentaires liés aux postes concours pour Seaska à la rentrée prochaine".

"Des paroles aux actes"

Pour Anaiz Funosas, les propos du chef de l’Etat sont "aigres-doux". La présidente de Bake Bidea fait toutefois remarquer que "c’est la première fois que l’on entend un président s’exprimer dans une terminologie propre au processus de paix", un aspect à souligner selon elle. Mais les signes forts ne sont pas encore au rendez-vous. "Il a salué la dissolution d’ETA mais il me semble que tout ce chemin a été fait sans réel engagement des États. Donc le gouvernement français a encore beaucoup à faire, notamment montrer des gestes clairs et rapides, si l’on veut construire un dialogue qui nous mène à une paix juste et durable".

Pour Anaiz Funosas "il ne s’agit pas seulement d’une pacification, c’est bien plus profond que cela", expliquant que "ce qui est en jeu, c’est la compréhension du passé et quel héritage nous laissons aux nouvelles générations". Bake Bidea ne souhaite désormais qu’une seule chose : "des actes, des actes, des actes".

La même intention est exprimée par Anita Lopepe, porte-parole d’EH Bai. "Des paroles aux actes", résume-t-elle en deux mots sa pensée. "Dans les propos du président, il n’y a pas eu de position de fermeture", constate-t-elle. Mais "la pratique ne va pas dans le même sens que ses propos", nuance-t-elle, rappelant l’épisode de "l’arrêt" des discussions sur la question du rapprochement des prisonniers.

"Avec l’arrestation de Josu Urrutikoetxea la veille, on voit bien que dans la pratique, on n’est pas vraiment dans un ‘accompagnement’ de l’État de ce qui est enclenché ici, puisque finalement, ce que répond Macron sur l’arrestation de Josu, c’est que celle-ci est normale car il y a une condamnation, et que donc il doit accomplir sa peine", regrette la porte parole d’EH Bai. Selon elle, cela ne correspond "vraiment pas à ce sur quoi les différents acteurs politiques ici se sont mis d’accord".

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