Donostia : les trois langues de l’Eurorégion s’invitent sur les bancs de l’école

Impulsé par une association du Pays Basque Nord, un groupe de parents de Donostia planche actuellement sur un projet d’établissement scolaire trilingue dans la ville. Langue basque, française et espagnole, les élèves seront préparés à évoluer des deux côtés de la Bidassoa. Deux réunions sont prévues, le 17 mai à Donostia et le 31 mai à Irun, afin de recenser les parents d’élèves intéressés.

MEDIABASK|2019/05/13 15:00|0 iruzkin
Dsc00848
Au Pays Basque Sud, l'apprentissage du français dans les centres scolaires publics est quasiment inexistant.

Un nouveau projet éducatif est sur le point de se mettre en marche à Donostia. Un groupe de parents, accompagné par l’association Echanges Pays Basque, ont monté le projet de création d’une école trilingue (basque-français-espagnol) dans la capitale du Gipuzkoa. Afin de connaître le nombre de parents d’élèves intéressés, deux réunions publiques sont organisées le vendredi 17 mai à Donostia et le 31 mai à Irun*.

Ces dernières décennies, le français a peu à peu disparu du Pays Basque Sud. La fermeture du lycée français en 1998 a porté un coup de grâce à l’enseignement de la langue. Si de nombreuses personnes âgées connaissent peu ou prou la langue de Molière, très rares sont les jeunes qui la maîtrisent. A 20 km de la Bidassoa et avec de profonds liens avec le Pays Basque Nord, ce déficit en termes de connaissance du français a des conséquences diverses, notamment chez les jeunes. Les opportunités économiques et de travail avec le Pays Basque Nord sont de ce fait réduites.

Mais au-delà de la composante purement économique, les promoteurs de l'initiative pensent que la compréhension mutuelle est un élément clé pour la construction d’une identité partagée au niveau de tout le Pays Basque. La connaissance des langues n’étant pas excluante, une plus grande connaissance du français ne serait en aucun cas nuisible pour l’essor de la langue basque, selon eux. En effet, les linguistes ne signalent-ils pas qu’un bilingue a plus de facilités à apprendre une troisième langue ? Jean Haritschelhar, le célèbre professeur, linguiste et président de l’Académie de la langue basque, ne soutenait-il pas qu’un véritable basque est celui qui parle les trois langues présentes dans notre pays ?

Reprenant cette réflexion déjà présente dans la société donostiar, Echanges Pays Basque a lancé un mouvement autour de la création d’un centre scolaire censé combler ce vide. L’association a une certaine expérience dans le domaine puisqu’elle a été, entre autres, à l’origine de la création de l’ESTIA, l’école d’ingénieurs de Bidart. La première et non la moindre des difficultés rencontrées par le groupe promoteur a été celle de l’emplacement. Après de longues recherches, une opportunité de location d’un centre scolaire dans le quartier d’Amara, tout près du stade d’Anoeta, a accéléré les démarches en cours.

Une école véritablement trilingue

Au cours du travail de définition du projet, il est apparu qu’un certain intérêt pour l’enseignement du français existe bel et bien à Donostia. Il est également ressorti que cet enseignement ne pourrait se faire au détriment du basque, devenu langue véhiculaire de l’enseignement et de nos jours incontournable pour vivre et travailler au Gipuzkoa. Le projet a donc tout naturellement évolué vers un enseignement qui combinerait les trois langues du Pays Basque. De plus, le projet compte avec le soutien de l’Eurorégion Nouvelle-Aquitaine-Euskadi-Navarre, qui y voit un véritable projet transfrontalier. L’institution transfrontalière a à ce titre financé une partie de l’étude de viabilité du projet, réalisée en 2017.

La pensée critique, l’autonomie personnelle, une solide culture humaniste et un excellent niveau de langues seront les mots d’ordre pédagogiques de cette nouvelle école. S’appuyant sur les pédagogies modernes et basées sur l’acquisition de compétences linguistiques, le projet d’école basco-française compte débuter en septembre 2020 avec des classes de 2 et de 3 ans. A ce stade-là, le français et le basque seront les langues privilégiées d’enseignement. Au fur et à mesure que les élèves grandiront, de nouvelles classes s’ouvriront, le but étant que les élèves quittent l’école avec un niveau B2 dans les trois langues, et la possibilité de poursuivre leurs études supérieures des deux côtés de la Bidassoa.

Un centre concerté

Quant à la figure juridique, une réflexion a été menée au niveau du Gipuzkoa. Il existe trois types de centres scolaires dans la Communauté autonome basque : les publics, les privés à 100% ne recevant pas de financement public, et les écoles concertées. Ces dernières sont des centres privés, tels que des ikastola, des coopératives de parents ou des centres religieux. Elles reçoivent un financement du Gouvernement basque leur permettant de proposer des prix très abordables. En échange, leurs contenus pédagogiques doivent être alignés avec ceux du public. C’est cette dernière figure qui a été choisie pour la future école basco-française, permettant ainsi qu’elle soit ouverte à tous et en contact avec la réalité sociologique de la société dans laquelle elle est implantée.

Même si des étapes restent encore à franchir, le soutien des différentes institutions auxquelles le projet a été présenté, tout comme la motivation des parents d’élèves qui l’ont déjà rejoint, laissent entrevoir une issue favorable pour ce centre scolaire qui permettra de resserrer un peu plus fort encore les liens existants entre les nouvelles générations du Pays Basque Nord et Sud.

 

* Les inscriptions pour les deux réunions publiques peuvent se faire sur le site internet du projet (www.liceovascofrances.com) ou sur la page Facebook @ecolebascofrancaise.