À Bayonne, l’urbanisation à grande vitesse de l’écoquartier du Séqué

La société Bouygues Immobilier va construire 174 logements “à énergie positive” au Séqué, le quartier de Bayonne réputé pour ses habitats écologiques. Des habitants de la résidence participative Terra Arte ont déposé un recours contre ce projet, qu’ils considèrent tout sauf écologique.

Anaiz Aguirre Olhagaray|2019/04/15 11:51|0 iruzkin
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Les premiers bâtiments du projet Oreka devraient sortir de terre courant 2020. © Bob EDME

"C’est un projet tellement énorme qu’il transforme le Séqué en un nouveau quartier, une sorte de cité-dortoir. De plus en plus de gens disent qu’il n’a rien d’un écoquartier et que c’est de l’affichage, du greenwashing", signale Nicolas*, un habitant de Terra Arte. La résidence participative est située juste en face du terrain où la société Bouygues a démarré la construction de 174 nouveaux logements, un projet baptisé Oreka ("équilibre", en basque). Pour des habitants du Séqué, écologie et développement urbanistique font difficilement bon ménage. Déjà affectés par le récent déboisement de la forêt voisine, ils voient leur environnement se transformer, à tel point qu’ils doutent du bien-fondé de l’appellation "écoquartier".

"Oreka est une opération exemplaire que nous avons développée en partenariat avec la ville de Bayonne autour de trois points majeurs : le respect de l’environnement, la qualité de vie et l’accession à la propriété, tout en participant au développement urbain de Bayonne et de l’écoquartier du Séqué" déclare dans un article publié sur le site Ecohabitat-9 Arnaud Dunoyé, le directeur de l’agence Côte Basque-Sud Landes de Bouygues Immobilier.

Or tout le problème est là pour les habitants de Terra Arte. Deux d’entre eux ont intenté un recours contentieux contre la construction d’Oreka. Un recours qui "a été écarté sur la forme" regrette Nicolas, car envoyé trop tardivement. Le délai de deux mois à compter de l’affichage du panneau sur le site aurait été dépassé. Alors que pour le résident de Terra Arte, l’erreur vient de la date inscrite sur le panneau : elle aurait été indiquée trois semaines après la pose de celui-ci. "Le droit de l’urbanisme est fait pour avantager ceux qui vont construire. Quand un citoyen veut s’opposer à un permis, la procédure est rendue volontairement très complexe", fustige-t-il.

Selon des habitants de Terra Arte, le panneau Bouygues aurait été posé trois semaines avant la date affichée. © Bob EDME

"Le règne de la voiture"

"Ce projet me paraît tellement anachronique... Rien à voir avec ce que je pensais être l’esprit du quartier. Cela va bien au-delà du simple voisinage, puisque je savais qu’il allait y avoir de nouveaux logements. Là, c’est le règne de la voiture", assène Nicolas. "Même au niveau thermique, les maisons qui vont jouxter la forêt n’auront pas l’apport solaire évoqué dans le permis de construire". Le promoteur vante pourtant les qualités écologiques de son projet. Ses arguments ? Au cœur d’un écoquartier, des bâtiments "à énergie positive" (Bepos) certifiés "IntAirieur", un tout nouveau label de qualité de l’air intérieur. Les habitants de Terra Arte le voient plutôt comme un projet qui "fait la part belle à la voiture", dans une zone qu’ils estiment déjà mal desservie par les transports en commun, où il leur semble difficile de se déplacer à vélo.

Dans un document joint à leur recours, les plaignants argumentent : "D’après le document Règles techniques Bepos Effinergie, ‘il est de plus exigé que le projet fasse l’objet d’une évaluation de la consommation d’énergie engendrée par les déplacements des utilisateurs du bâtiment (potentiel d’écomobilité)’". Les habitants considèrent que "comme cela apparaît dans la plaquette commerciale et dans le dossier de permis déposé, ce projet n’envisage les déplacements en très grande majorité que par la voiture".

Le nombre de places moyen par logement y serait annoncé de 1,86, "alors qu’il est demandé au moins 1,2 places dans le quartier". Un chiffre, précisent-ils, visant à être "en conformité avec ce qu’est un écoquartier", où devraient être "largement privilégiés" les transports collectifs et les réseaux de pistes cyclables.

"La question de la voiture, c’est un sujet", reconnaît Alain Lacassagne, adjoint à l’urbanisme de la Ville de Bayonne. "Le Séqué est éloigné du centre-ville, on le sait. Justement, toute la voirie à travers le chemin Pinède vient d’être refaite et à partir du mois de septembre, le cadencement du bus va être amélioré", annonce-t-il.

En plein développement

Futurs Maison de quartier, commerces dont un point chaud, et même une école entre le Séqué et Arrousets… L’élu municipal confirme que le quartier se développe et s’urbanise. La population devrait bientôt atteindre les 1 000 habitants. "Sur le projet Oreka, on a 70 % d’accédants, surtout des jeunes. Pour nous, c’est très intéressant d’avoir ces nouvelles populations". Martine Bisauta, l’adjointe au maire en charge du développement durable et des stratégies urbaines, abonde dans son sens : "Ce seront en grande partie des logements en locatif social et accession sociale à la propriété". Recours à des "matériaux biosourcés", expérimentation sur certains logements de récupération d’eau de pluie pour les sanitaires, construction en Bepos de la "plupart" des bâtiments… Le projet de Bouygues séduit l’élue.

Selon elle, le Séqué a été labellisé "écoquartier" à sa création, en 2009. Or aujourd’hui, il ne figure pas dans la liste officielle du ministère, alors que les services de l’État ont à plusieurs reprises sollicité la municipalité bayonnaise, admet Martine Bisauta. L’adjointe au maire reconnaît sa "faute" : "La procédure administrative est très lourde. Nous n’avions pas le temps, nous étions débordés et je n’ai pas souhaité la faire". Pourtant, insiste-t-elle, il s’agit bien d’un écoquartier. "On vient nous voir de partout, on est reconnu pour cela". Avec ou sans label, l’élue estime que tout y est fait "pour répondre aux défis d’aujourd’hui". Le quartier en pleine mutation a fait l’objet d’une réunion publique le 10 avril dernier.

*Le prénom a été changé.