Sur la trace de l'agneau de lait

Les éleveurs ovins du Pays Basque Nord, dont l'activité principale tourne autour de la production de lait, ont trouvé la solution idéale en commercialisant leurs agneaux de l'autre côté des Pyrénées. Problème, leurs homologues du Pays Basque Sud dénoncent “une situation devenue insoutenable”, principalement en raison du manque de traçabilité exigée par la législation espagnole.

AINHOA AIZPURU|2019/01/08 11:00|0 iruzkin
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Montagneux, le Pays Basque n'est pas le territoire le plus propice pour l'élevage d'agneaux.

Ces dernières semaines, les agneaux de lait ont envahi les étals des boucheries du Pays Basque Sud. Véritables stars des menus traditionnels durant les fêtes, ils sont labellisés par des certifications locales. Les vendeurs qui vantent la tendresse de leur viande semblent eux-mêmes convaincus de son origine. Et pourtant, pour les plus pointilleux qui y regardent de plus près, deux lettres sont visibles, tamponnées sur la peau de l’animal. L’abréviation FR qui représente l'Etat où l’animal est né.

Le 17 décembre dernier, le syndicat agricole du Pays Basque Sud EHNE s’est mobilisé pour protester contre l’arrivée massive d’agneaux vivants, d’origine française, dans le marché espagnol. L’absence d’une traçabilité correcte provoque une situation où les abattoirs ont finalement carte blanche pour importer des agneaux et les vendre comme étant locaux. Il n’est ainsi pas rare dans l'Etat espagnol d’acheter un agneau étiqueté "Cordero de Burgos" ou encore "Cordero de Navarra" mais bel et bien tamponné avec la fameuse abréviation FR.

A proximité de la frontière navarraise, proche du village d'Auritz, les manifestants ont bloqué un camion qui transportait des agneaux provenant du Pays Basque Nord. Leur objectif : dénoncer une situation, qui se répète d’année en année, et qui provoque une chute des prix notamment pendant la période des fêtes où 35 % de la production annuelle d’agneaux de lait est consommée.

Une solution optimale

Ainsi, ce sont près de 250 000 agneaux, principalement originaires du Pays Basque Nord, qui traversent les Pyrénées chaque année. Une situation qui ne date pas d’hier et qui permet aux éleveurs de commercialiser les agneaux. Les agriculteurs, dont l'activité est principalement centrée sur la production de lait et la fabrication du fromage, ont trouvé la solution optimale grâce à leur proximité avec le Pays Basque Sud.

Les agneaux sont retirés très jeunes à leur mère, entre dix et quinze jours après leur naissance et alors que la lactation de la brebis est en place. Cela permet aux agriculteurs d’optimiser la production de lait de leurs bêtes et donc leur rentabilité. Les agneaux sont quant à eux vendus à bas prix à des intermédiaires qui les revendent dans l'Etat espagnol où la consommation d’agneaux de lait est bien supérieure à la française, a expliqué un vétérinaire à MEDIABASK, sous couvert d'anonymat.

Dans cette opération, le temps joue en faveur des acheteurs. Les jeunes agneaux ne se nourrissant que du lait maternel sont abattus rapidement. Les intermédiaires négocient ainsi de bas prix et organisent les abattages au sein d’établissements espagnols.

Une situation insoutenable

L’association des agriculteurs du Pays Basque Sud (EHNE) dénonce une situation insoutenable. L’arrivée de ces agneaux sur le marché provoque une chute des prix de vente bien en-dessous des attentes des éleveurs. Ces prix dégringolent d’autant plus une fois la période des fêtes achevée. Les agneaux importés et tués dans des abattoirs du Pays Basque Sud provoquent une grande confusion chez les consommateurs. Même si ces derniers sont soucieux de leur origine, ils les identifient le plus souvent grâce aux certifications locales ajoutées par l’abattoir par lequel est passé l’animal.

Ainsi, EHNE réclame aux différentes administrations que des contrôles plus poussés soient effectués afin d’atteindre une totale transparence du marché, éviter les fraudes, et arriver à ce que le consommateur sache réellement d’où provient la viande qu’il consomme.