Tous les films basques ne mènent pas en salles

Samedi 24 novembre, "Jainkoak ez dit barkatzen" a entamé sa tournée de projections dans toutes les salles obscures du Pays Basque Nord. Toutes, à l’exception de L’Atalante (Bayonne) et du Royal (Biarritz). Un refus qui passe mal auprès des producteurs de Gastibeltza Filmak.

Anaiz Aguirre Olhagaray|2018/11/29 11:00|0 iruzkin
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Vingt films étaient présentés cette année dans la section Zinemira (cinéma basque) du Festival international du film de Donostia. Parmi eux, "Jainkoak ez dit barkatzen" de Josu Martinez. © Gastibeltza Filmak

Des films basques, il n’en sort pas tous les mercredis. Chaque sortie est encore vécue comme un événement rare dans le milieu culturel basque. La production cinématographique du Pays Basque est néanmoins entrée depuis quelques années dans une belle dynamique de développement, au Sud comme au Nord (plus récemment). Et plus on avance dans le temps, plus se pose la question de la place qui doit lui être accordée dans les salles de cinéma de notre territoire. Présenté samedi 24 novembre au festival Zinegin d’Hasparren, "Jainkoak ez dit barkatzen" conte l’incroyable histoire de Lezo Urreiztieta, un personnage méconnu de l’histoire basque. Le film tournera dans toutes les salles du Pays Basque Nord, sauf à Bayonne et à Biarritz.

Le cinéma L’Atalante a émis des réserves sur la forme du film ainsi que sur la date de sortie, qui tombait à une période "très chargée" pour le cinéma, qui ne compte "qu’un seul écran". Sa programmatrice, Sylvie Larroque, estime qu’il n’y a pas d’obligation à programmer les films basques au prétexte qu’il n’y a pas assez de fenêtres de projection. "Je considère que c’est une vision assez autoritaire des choses que de dire qu’il faut automatiquement que les films basques soient programmés. On a aussi notre libre-arbitre". Elle ajoute qu’elle n’exclut pas de programmer le documentaire à un autre moment, aux Rencontres sur les Docks par exemple (qui se dérouleront au mois de mars 2019), dans le cadre de la "Fenêtre sur le cinéma basque".

"On ne s’est même pas posé la question"

"Nous sommes bien conscients que chacun a des goûts différents, reconnaît Katti Pochelu, productrice de Gastibeltza Filmak, mais pour nous, le plus important est que les Basques puissent voir leurs films. Notre cinéma compte dans notre histoire, ce documentaire en est un bon exemple. Personne ne connaît Lezo Urreiztieta, alors qu’il a énormément contribué à l’histoire du Pays Basque. On veut raviver un peu cette mémoire et la faire connaître aux gens. Là, on voit concrètement qu’on nous prive de cette opportunité. Il y a un problème".

Xabi Garat programme les cinq salles du Sélect de Saint-Jean-de-Luz, ainsi que les cinémas d’Hendaye, Saint-Palais, Mauléon, Hasparren, Saint-Jean-Pied-de-Port et Cambo. Alors que le Pays Basque tout entier célèbre pendant onze jours l’initiative Euskaraldia, la programmation de films basques lui a semblé aller "dans le sens de la langue basque". Néanmoins, deux spectateurs l’ont appelé, trouvant "excluant" que le cinéma choisisse de proposer le film uniquement en version originale (espagnole) sous-titrée en basque. Mais Xabi Garat avoue ne s’être même pas posé la question. "Plus il y aura de films en euskara, mieux ce sera", considère-t-il. "En plus, ils ne demandaient pas beaucoup de séances". "C’est dommage pour les euskaldun de Bayonne", regrette-t-il.

Malgré son écran unique, le cinéma Itsas Mendi d’Urrugne a lui aussi choisi de programmer deux films basques :

Un obstacle encore difficile à franchir

"Distribuer un film ou deux à l’année, pour nous, c’est largement insuffisant" juge Katti Pochelu. "Il faut en montrer davantage au public, pour qu’il y ait une réelle diversité de films sur lesquels chacun puisse se faire sa propre opinion. En se contentant de deux films par an, on ne permet pas au public de se rendre compte de tout ce qui se produit et de se forger un esprit critique sur ce qu’il voit".

"Je parle surtout du public bascophone parce qu’on nous prive d’un droit, et c’est quelque chose qu’on a bien connu à une certaine époque dans la culture basque de manière générale. On dirait qu’on n’arrive pas à dépasser cette problématique, et qu’on ne donnera jamais ce droit aux Basques", lâche Katti Pochelu. "En outre, cela signifie qu’on ne peut même pas susciter l’intérêt du public non-bascophone, qu’on ne peut pas faire découvrir l’histoire du Pays Basque à ceux qui ne connaissent pas la réalité du Pays Basque, qui ne savent pas ce que signifie être basque, l’identité basque, car ils ne la vivent pas". Un sentiment de discrimination naissant dans le monde culturel basque...