Pagolle a dévoilé sa future pastorale

L’historien Antton Curutcharry et l’auteur Fantxoa Caset ont présenté le süjet et le contexte historique de la pastorale “Domingo Garat”.

Christophe DE PRADA|mediabask|0 iruzkin
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Plus de cent personnes se sont réunies samedi pour assister à la présentation de Domingo Garat. © C. de PRADA

Samedi dernier, à la salle communale de Pagolle, c’est à un véritable cours magistral sur l’histoire du Pays Basque durant la période révolutionnaire que les futurs acteurs de la pastorale Domingo Garat ont eu droit pendant plus d’une heure.

Un rappel historique du Baigorriar Antton Curutcharry qui en ces temps de référendum et de volonté d’autodétermination aura fait résonner un écho particulier dans la petite bourgade navarro-souletine. Un rappel plus que nécessaire pour essayer de comprendre le contexte historique aux premiers soubresauts, d’abord lointain, de la Révolution française, mais qui auront pourtant des conséquences désastreuses pour les trois provinces basques.

Des provinces aux statuts particuliers

Comme le précise l’historien à son auditoire, au XVIIIe siècle, les trois provinces bénéficient encore de statuts bien particuliers. Dans le Labourd, les habitants se réunissent en biltzar. En Soule, c’est une organisation légèrement différente qui prévoit avec le silviet, alors que les Bas-Navarrais connaissent encore des états-généraux issus des Cortes d’Iruñea. C’est Louis XVI qui va mettre en souffrance ces privilèges dans une logique de centralisation.

Une période de l’histoire trouble

Il faut ajouter à ce contexte politique alarmant, une période de tensions fortes liées à un royaume français en guerre perpétuelle. La France a cru bon de se battre pour l’émancipation des futurs Etats-Unis d’Amérique, en y envoyant Lafayette et ses troupes pour battre l’ennemi anglais, mais le royaume français croule sous les dettes.

En Europe, le changement de climat, on parle de petit âge glaciaire, fait des siennes. Ainsi à Mauléon comme dans d’autre endroits, il n’y a plus de blé à vendre à cause d’une météo trop froide. On peut également ajouter à ce constat, les tensions générées par la privatisation des montagnes avec l’installation des cadets des maisons de village.

Un süjet aux prises avec son époque

C’est dans cette période historique mouvementée que va apparaître le süjet de la pastorale : Dominique Garat, qu’il ne faut pas confondre avec son frère Dominique Joseph Garat, le journaliste. Ce fils de médecin et commerçant aisé d’Ustaritz, ira étudier le droit à Bordeaux avant de tenter une aventure politique à Paris. Ces choix politiques en faveur du pouvoir jacobin, auront des conséquences néfastes pour sa province labourdine. Vraisemblablement conscient de son erreur politique, il défendra bec et ongle l’idée d’un département basque contre l’idée d’une intégration avec le Béarn. Mais là aussi, l’histoire montrera qu’il ne sera pas écouté.

En prenant comme süjet ce personnage controversé, Fantxoa Caset tentera d’aborder dans cette pastorale d’à peu près 25 scènes des épisodes douloureux de la Révolution française et sa période de terreur au Pays Basque, telle que la guerre franco-espagnole dans le Labourd, conséquence du ralliement de Louis XVI avec la couronne d’Espagne. En effet, plus de 70 000 soldats français seront présents sur le sol basque. Mais aussi la déportation de 4 000 Labourdins, des villages de Sare, Ascain et Itsassou accusés de connivence avec leurs voisins navarrais et donc de traîtrise à la nation française. A l’exemple de la 20e scène avec l’entrée du personnage Maider Larralde, une jeune labourdine qui sera exécutée pour avoir osé aller se confesser à Bera. Un outrage pour les jacobins anti-cléricaux.

Pour égayer ce tableau plutôt sombre, des danses et des chants viendront tout de même distraire le public, car il faut savoir que Domingo Garat fut un amateur de chant éclairé. Il épousera d’ailleurs en première noce la cantatrice bordelaise Françoise Gouteyron.

Le rendez-vous est donc donné à tous les amateurs de pastorale pour la dernière semaine de juillet 2019, au village de Pagolle.

Un nouveau défi pour Pagolle

En 1982, la commune de Pagolle présentait la pastorale Pette Basabürü, un personnage imaginaire sur fond d’exode rural et désertification. Trente-sept ans plus tard, le village se lance un nouveau défi en honorant un labourdin Domingo Garat. Sophie Larrandaburu sera la chef de chœur, Jean-Fabien Lechardoy l’errejent et Pette Jaragoyhen formera les danseurs. Les premières répétitions devraient commencer le 12 janvier, à 20h30 précises comme l’a annoncé l’errejent ! Les futurs acteurs sont avertis, tout retard sera puni d’une amende de deux euros ! Heureusement cette punition symbolique ira droit dans la caisse réservée au pot commun, histoire de finir en convivialité ces soirées de répétitions !