Les femmes victimes de violences au cœur de l'actualité du Pays Basque

Hasard du calendrier, le sujet des femmes victimes de violences conjugales est revenu à diverses reprises la semaine dernière dans l’actualité du Pays Basque. Alors que la Communauté d’agglomération Pays Basque émettait le souhait de pouvoir renforcer ses actions dans ce domaine, l’Etat annonçait qu’il ne financerait pas un appartement dédié à ce public.

AINHOA AIZPURU|2018/11/08 06:50|0 iruzkin
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L'année dernière, le nombre de femmes victimes de violences a été particulièrement important au Pays Basque.

Vendredi 2 novembre, c’est la préfecture des Pyrénées-Atlantiques qui annonce la mauvaise nouvelle : l’Etat ne financera finalement pas l’appartement refuge pour femmes battues, sollicité par le parquet de Bayonne. Ce dernier en avait fait la demande quelques mois auparavant. "C’est la première fois que nous réalisions une telle sollicitation, mais nous nous sommes retrouvés dans une situation particulièrement difficile cette année" explique le procureur de la République, Samuel Vuelta Simon.

L’association Atherbea dispose au Pays Basque de huit places destinées spécifiquement à ce public. Cependant, lorsqu'une femme arrive avec un ou plusieurs de ses enfants, les places viennent rapidement à manquer. "Malgré les dispositifs existants, nous avons pu observer un manque que nous souhaitions combler avec ce nouveau logement" regrette le procureur. Selon lui, la préfecture ne refuse pas le principe même de la demande, mais il semblerait que les fonds ne soient pas au rendez-vous. "Nous avons réalisé la demande sur des budgets du fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD). Celle-ci a échoué, mais nous ne baisserons pas les bras. Nous insisterons en réalisant de nouvelles demandes sur d’autres lignes budgétaires" inisiste Vuelta Simon.

Ironie du sort, mardi 30 octobre dernier, les élus du Conseil exécutif de la Communauté d’agglomération ont souhaité proposer un ajustement sur la délibération relative à l’action sociale qui devait être débattue lors du conseil communautaire du samedi 3 novembre. Leur objectif était d’élargir ce champs d’intervention pour pouvoir soutenir les actions permettant l’accès aux droits, au logement et au travail des femmes victimes de violence.

Des besoins prioritaires

Martine Bisauta, élue communautaire et de la Ville de Bayonne, a travaillé sur ce point : "J’ai souhaité que le soutien à des initiatives collectives et innovantes pour venir en aide aux femmes victimes de violence soit clairement identifié". L’élue n’est pas novice en la matière. Un important travail avait déjà été effectué en 2015 lors de l’élaboration de l’observatoire des violences faites aux femmes. Un projet qu’elle avait porté mais qui avait été retoqué par le préfet, car il n’était pas départemental et ne touchait que le Pays Basque. "Cet ajustement permettra d’apporter des aides pour répondre aux besoins prioritaires qui ont été identifiés. L’accès au droit est une de ces priorités. L’Agglo doit pouvoir encourager l’ouverture de permanences sur tout le territoire. Les femmes doivent maintenant se rendre à Bayonne pour être accueillies. Une difficulté supplémentaire pour un public déjà vulnérable".

Deux jours plus tard, à l’annonce du refus de l’Etat de financer l’appartement en question, le président de l’Agglo et maire de Bayonne Jean-René Etchegaray s’est indigné. En ouverture du conseil communautaire, il a annoncé que la Communauté d’agglo prendrait le relais de l’Etat et mettrait à disposition de ce public vulnérable un appartement de type F3. L’édile a annoncé  : "Ce que ne fait pas l’Etat, nous le ferons. La Communauté d’agglomération viendra devant la carence de l’Etat apporter son soutien à nos concitoyens". Abandonné par l’Etat, le parquet trouvera donc pour cette fois au moins de l’aide à travers l'Agglo Pays Basque.

Un futur pôle de victimologie

Conforté par cet acquis, le parquet a décidé de passer à la vitesse supérieure et travaille actuellement à la mise en place d’un pôle de victimologie à Bayonne afin d’accueillir les femmes victimes de violences conjugales. Le futur pôle fonctionnera en lien avec l’hôpital de la ville. Il sera composé d’une équipe de dix à quinze personnes dont une assistante sociale, des psychologues, des psychiatres, des médecins voire même un policier. Les victimes seront donc prises en charge au sein même de l’établissement de santé sur le plan médico judiciaire.

L’intérêt d'un tel centre réside dans le fait que l’ensemble des femmes, même celles qui n’ont pas porté plainte, pourront y trouver de l’aide et des réponses à leurs questions. Le parquet de Bayonne attend actuellement la validation du Centre régional de santé qui devra débloquer un budget de 250 000 euros par an. L’ouverture d’un tel centre sera sans aucun doute un progrès important pour les femmes victimes de violences au Pays Basque. Il s’agit cependant de ne pas oublier les victimes du Pays Basque intérieur qui pâtissent régulièrement d’une centralisation des actions sur la côte.