Nouvelle-Calédonie : une participation historique et une victoire mitigée du “non”

La victoire est sans appel mais pas aussi large que l’avaient espéré les partisans du non à l’indépendance de la Kanaky. Ce dimanche 4 novembre, le “non” l’a en effet emporté avec 56,4% des suffrages exprimés. Mais ce qui retient le plus l’attention des différents acteurs politiques et institutionnels est la participation historique du corps électoral.

AINHOA AIZPURU|2018/11/06 10:55|0 iruzkin
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Mickael Forrest, responsable des relations internationales du FLNKS, s’était rendu au Parlement de Gasteiz avant de participer à une conférence organisée par EH Bai le 8 octobre dernier. ©AURORELUCAS

56,4% pour le "non" à l’indépendance, 43,6% pour le "oui". Tel est le résultat du référendum sur l’avenir institutionnel de la Kanaky, qui s’est déroulé ce dimanche 4 novembre. Sur les 174 999 électeurs inscrits, 141 099 ont pris part au vote. Une participation exceptionnellement élevée de 80,62%. Cette mobilisation historique semble avoir été portée par la campagne menée par les deux partis indépendantistes du FLNKS-Union calédonienne et de l’Union nationale pour l’indépendance.

Ces résultats sont néanmoins à l’image des clivages politiques et sociologiques qui perdurent en kanaky. Dans la province du sud qui concentre une part importante de la population européenne et la majorité des richesses, le "non" a recueilli 73,7%. Dans la capitale, il a même atteint 80,5%. Au contraire, dans la province nord, où les Kanaks représentent près de 70% de la population, le "oui" l’a largement emporté avec 75,8% des suffrages. Il a atteint jusqu’à 82,2% dans les îles Loyauté.

La population kanak ne représente aujourd’hui que 39% de la population calédonienne. En l’état actuel des choses, la victoire de l’indépendance lors d’un référendum s’annonçait ainsi très peu probable. Cependant, et même perdants, les indépendantistes sortent donc plutôt confortés de ce référendum. Les loyalistes comptaient sur une mobilisation beaucoup plus massive pour le "non". Ils espéraient que ce dernier pourrait obtenir aux alentours de 70% des suffrages.

Mais si l’indépendance n’a pas été au rendez-vous ce 4 novembre, la décolonisation est une autre question. En cas de "non", l’accord de Nouméa prévoit deux référendums supplémentaires. Pour le premier, les trois cinquièmes des congrès du territoire sont nécessaires. Le second référendum ne nécessite quant à lui qu’un tiers des membres du congrès. Les indépendantistes kanaks travaillent d’ores et déjà en ce sens, tout en souhaitant mener à terme le processus de décolonisation. Ainsi, le chemin vers l’indépendance de la Kanaky est toujours de mise.

Réactions au Pays Basque

Les élus du Pays Basque n'ont pas tardé à réagir à l'image du sénateur Les Républicains, Max Brisson, qui a souligné à travers un tweet "une victoire du vivre ensemble pour un destin commun" et "le repect de la diversité des territoires de la République pour une France plus forte".

De son côté, Mathieu Bergé, conseiller communautaire, élu à Bayonne et conseiller régional (Génération.s), revient sur le processus en lui même et le qualifie "d’exemplaire". "C’est une manière tout à fait adaptée pour gérer ces questions identitaires et de reconnaissance des droits des peuples" estime-t-il, donnant pour contre-exemple le cas de la Catalogne. En ce qui concerne les résultats du référendum, l’élu s’en remet à la décision de la population : "Ils se sont prononcés pour rester dans la République. Ainsi, leur intérêt parait actuellement de rester dans ce cadre républicain avec peut-être des ajustements des droits spécifiques, comme celui à l’autodétermination".

Le conseiller municipal abertzale de Ciboure, Eneko Aldana Douat, ne s’étonne pas de la victoire du "non" à ce référendum. Présent sur place pour le suivre, il confie : "Les indépendantistes savaient très bien qu’ils ne pourraient pas gagner cette fois-ci du fait du déséquilibre démographique présent en Nouvelle-Calédonie". Et ajoute : "Ces résultats vont à l’encontre de toutes les enquêtes d’opinions et sondages qui prévoyaient une défaite beaucoup plus large du 'oui'". L’élu considère de fait ce revirement de situation comme "une victoire", qui plus est, avec cette participation inattendue de l’ensemble de la population.

Vincent Bru, député Modem des Pyrénées-Atlantiques, retient lui aussi "l’importante participation électorale". "Cette mobilisation montre que ce référendum est un sujet dont s’est emparé l’ensemble des Calédoniens". Le député souligne par ailleurs "un résultat largement en faveur du maintien de la République française" tout en précisant que le processus n’est pas achevé. "Des négociations vont continuer entre tous les partis et de nouvelles consultations seront organisées dans l’avenir" ajoute-t-il.