Un terrain agricole attise les convoitises à Aussurucq

Un couple d'exploitants et un jeune agriculteur souhaitent tous les deux acquérir douze hectares proposés à la vente par la Safer. Le jeune a d'abord eu les faveurs de la société d'aménagement foncier, avant de voir le recours déposé par ses concurrents être accepté. Les candidatures seront à nouveau étudiées en décembre.

Xan Idiart|2018/11/02 15:58|0 iruzkin
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Le terrain mis en vente par la Safer a une superficie de douze hectares. (Gaizka IROZ)

Les jeunes agriculteurs qui cherchent à s'installer au Pays Basque Nord ne sont pas denrée rare. Mais l'accès à la terre est plus compliqué. Preuve en est, un couple d’une quarantaine d’année et un homme de 22 ans se disputent tous les deux l'acquisition de 12 hectares de la Société d'aménagement foncier et d'établissement rural (Safer) au village d'Aussurucq, en Soule.

D'un côté, Sara et Mathieu Mendizabal. La première est maraîchère. Le second, paysan boulanger. Le couple a repris il y a neuf ans une vieille ferme abandonnée, dans laquelle les ronces côtoyaient les briques et les murs défraîchis. Aujourd'hui, après des travaux de rénovation et beaucoup de patience, les deux exploitants vivent de leur activité agricole. Une belle histoire en apparence.

En apparence, car comme ils le disent si bien eux-mêmes, leur ferme se trouve "là-haut, perchée" dans la montagne. Les tracteurs et remorques ne peuvent s'y rendre. Les dix tonnes de blé pour l'année doivent être acheminées par de longs trajets allers-retours, et les foins, eux, sont stockés "chez un collègue qui nous les apporte, en prenant des risques au fil des besoins".

Difficile de faire prospérer l'exploitation dans ces conditions. Raison pour laquelle, Sara et Mathieu font les gros yeux au terrain proposé par la Safer. Un terrain estimé à 45 000 euros. Un hangar y est même déjà construit. "Ça nous simplifierait énormément la vie".

Installation et extension

Problème : ils ne sont pas les seuls à le lorgner. Ximun Eppherre, jeune agriculteur de 22 ans souhaite, lui aussi, s'y installer, en groupement agricole d'exploitation en commun (Gaec) pour travailler avec ses parents sur de la vente directe de Blondes d'Aquitaine. Ximun a par deux fois obtenu le feu vert de la Safer, mais a vu le recours déposé par Sara et Mathieu être accepté avant la troisième et dernière commission technique.

Son père, Bernard, se dit "très étonné" par ce revirement. "Il faut privilégier l'installation des jeunes" martèle-t-il sans arrêt. Le projet de Sara et de Mathieu, lui, serait une "extension" de propriété. Il devrait passer après celui de son fils, selon lui.

"Avec un Gaec, je crée surtout un emploi" avance le père de Ximun. "S'il n'a pas ce terrain, il ne pourra pas s'installer et devra attendre que je prenne la retraite pour le faire" se désespère-t-il. Le hangar situé sur la parcelle de la Safer se trouve en plus tout près de ses terrains à lui. Une aubaine pour un fils en début de carrière.

Bernard n'ignore quand même pas les difficultés rencontrées par Sara et Mathieu dans leur ferme isolée. "On les avait prévenus au moment de s'installer que ça ne serait pas facile" assure-t-il calmement. Les trois font partie du même syndicat agricole, ELB, et se connaissent bien.

Projet contre projet

Malgré une certaine animosité entre eux, l'homme se dit prêt à aider la maraîchère et le paysan boulanger à trouver une solution pour améliorer leurs conditions de travail. "Mais il faut privilégier l'installation des jeunes" répète-t-il à nouveau.

Sara, Mathieu, Ximun et Bernard seront fixés sur leur sort dans quelques semaines, lorsque la Safer étudiera une nouvelle fois les candidatures en décembre. Un cadeau de Noël pour les uns. Une année 2019 qui débutera mal pour les autres.