Nathalie Motsch : “On est en train de voler le Palais aux Biarrots”

Le vote du 30 juillet concernant les murs de l’Hôtel du Palais s’est joué à une voix près. L’adjointe à l’urbanisme de Biarritz, Nathalie Motsch, a voté contre le bail emphytéotique. Quelques jours avant un second vote, cette fois sur le transfert du fonds de commerce, elle dénonce le montage juridique et financier de l'opération. Le 15 octobre, elle votera de nouveau contre parce que le marché proposé “ne protège pas les intérêts des Biarrots”.

Goizeder TABERNA|2018/10/08 07:40|0 iruzkin
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Nathalie Motsch. © Bob EDME

Vous attendiez avec impatience les chiffres de la future gestion de l’Hôtel du Palais. Maintenant que vous les avez, êtes-vous plus rassurée ?

Au départ, le Palais appartient aux Biarrots. Nous savons tous qu’il a besoin d’un bon lifting et la question du financement des travaux se pose. Pour éviter à la Ville de s’endetter, on va prendre la Socomix [société d’exploitation, ndlr.], et c’est elle qui va porter le financement des travaux, les dettes. En contre-partie de quoi, on transfère les murs à la Socomix pour 75 ans et moyennant une redevance de 920 000 euros à la Ville. La seconde étape se jouera le 15 octobre prochain, avec le transfert du fonds de commerce de la Ville à la Socomix.

Cette dernière va devoir financer les 65 millions d’euros de travaux. Elle va donc faire appel à des banques à hauteur de 50 millions d’euros, et on fait intervenir un investisseur privé : JC Decaux Holding. Ce groupe intervient en apportant 15 millions d’euros en fonds propres, il rentre ainsi dans le capital de la Socomix, et 5 millions d’euros en compte courant d’associé, rémunéré à 7,5%. Ce qui serait une sorte d’avance de fonds, rémunéré à 7,5% et lorsque le groupe voudra repartir, il repartira avec son argent.

Dernier point dans le montage, c’est l’arrivée de l’opérateur hôtelier, Hyatt, dans le cadre d’un contrat de gérance. Il n’est pas tenu par les dettes, il n’est pas tenu par son plan d’affaires. Il met à disposition sa force de vente, son marketing, son logo, son expérience, mais il n’est tenu financièrement à rien. Il a, à la fois, une rémunération fixe et un pourcentage du chiffre d’affaires hors taxe. Si Hyatt décide de faire X millions d’euros de chiffre d’affaires et qu’il en fait la moitié, il n’est pas responsable. Celle qui va tout porter financièrement, c’est la Socomix.

La Socomix est celle qui doit payer la redevance à la Ville, devra rembourser les prêts, payer les rémunérations des comptes courants à 7,5% et celle qui devra payer la redevance à Hyatt. C’est elle qui porte tout, mais elle n’a pas d’argent. Elle est donc complètement dépendante du plan d’affaires de l’opérateur. Hyatt peut faire rentrer moins d’argent que prévu, mais les charges de la Socomix, elles sont fixes. Nous sommes donc dans une situation compliquée.

Compliquée, si le plan d’affaires est risqué…

Aujourd’hui, je considère que le business plan est risqué, pour une raison simple : d’après ce que j’ai lu dans la presse, les discussions avec Four Seasons n’avaient pas abouti parce qu’il prévoyait 65 millions d’euros de travaux et que c’était trop. Aujourd’hui, on accepte de travailler avec Hyatt sur un montant de travaux de 64,4 millions d’euros, dont beaucoup disent que ce sera plus. Je ne comprends pas cela.

Ensuite, le prix de sortie des chambres chez Hyatt serait supérieur à ce que proposait Four Seasons. Comment Hyatt pourrait sortir un revenu par chambre supérieur à celui du leader mondial du luxe ? C’est absolument délirant.

Que pensez-vous de l’ouverture de la Socomix à un nouvel investisseur ?

Avec l’arrivée de JC Decaux Holding, à qui on va donner 33,5% du capital social de la Socomix, la Ville va se retrouver en minorité. Dans une société, à partir de 33,5% vous êtes ce qu’on appelle un actionnaire qui détient une minorité de blocage, vous avez des droits très importants. Au départ, nous sommes propriétaires de notre hôtel, du fonds de commerce, des murs, on s’en dessaisit pour une redevance. Et là, nous nous retrouvons dans une société dans laquelle nous perdons le contrôle. C’est acté.

Ensuite, il y a un pacte d’actionnaires. Il y est prévu la possibilité que JC Decaux rachète les titres de la Ville. Avec l’arrivée de Decaux, la Ville passera de 68% à 54%. A la moindre difficulté, la Ville n’aura peut-être pas les moyens de remettre de l’argent au pot. Dès que JC Decaux rajoutera 15 millions d’euros, il deviendra actionnaire majoritaire. Au final, il se rendra propriétaire et actionnaire majoritaire. C’est scandaleux. On est en train de voler le Palais aux Biarrots. C’est un hold-up.

L’élu d’opposition Jean-Benoît Saint-Cricq dit pourtant que l'opération est neutre pour la Ville.

Ce sont des bêtises. Je vais vous dire ce qu'il va se passer dans sept-huit ans : le Palais sera passé aux mains de Decaux. Une poignée d’élus a décidé de conclure ce marché sans concertation avec les Biarrots, ni avec les élus, et à la fin du fin, le risque est qu’on perde le Palais.

Que pensez-vous du prix du fonds de commerce estimé à 13,7 millions d’euros ?

Aujourd’hui, on nous dit que l’Hôtel du Palais vaut en tout 39,1 millions d’euros, quand les plus belles maisons en bord de mer se vendent entre 8 et 9 millions d’euros ! Quel est l’intérêt de la Ville dans tout ce que je viens de vous dire ? C’est 920 000 euros pendant 75 ans [le prix de la redevance pour les murs, ndlr.].

Est-ce que l’exécutif municipal a présenté un plan B ?

Moi j’en ai un. Il est tout simple. Premièrement, je m’oppose à la privatisation de la Socomix. Deuxièmement, je soutiens l’intervention d’un opérateur mondial qui a le savoir-faire pour développer l’activité de l’établissement. Et troisièmement, il faut faire des travaux, mais pas des travaux pharaoniques. La somme de 35 millions d’euros a été avancée pour permettre de remettre en état le Palais qui a des problèmes de toiture, des problèmes structurels, la mise aux normes. Dans ce cas, le Palais porte les travaux seul, à travers un emprunt. En fonction du chiffre d’affaires généré par Hyatt, il montera en puissance. Si on investit 35 millions d’euros, cela n’empêchera pas le G7.

C’est ce que propose François Amigorena.

Oui, nous avons des positions assez communes. Nous dénonçons le deal, le montant des investissements, nous sommes très inquiets de la faisabilité du plan d’affaires d’Hyatt… Maintenant que nous découvrons les estimations, les valorisations, nous nous disons que nous sommes le dindon de la farce.

Est-ce que le maire a un plan B ?

Non. Mais je ne dirais pas "le maire", mais Guy Lafite [premier adjoint, ndlr.]. Celui qui a la commande sur ce dossier, c’est bien lui. Il est adjoint aux finances, il fait preuve d’un comportement outrancier, il met une pression énorme aux élus. Ce que j’ai envie de dire à Monsieur Lafite, c’est qu’il est adjoint aux finances depuis quatre ans, il l’était dans le précédant mandat, et il est administrateur de la Socomix. Si l’hôtel est dans cette situation, c’est sa responsabilité.

Vous auriez accepté, à l’époque, que la Ville mette de nouveau la main à la poche ?

On ne nous a pas posé la question. Cela dépend du projet. En plus, ils prennent la décision la plus importante du mandat et nous ne sommes même pas mandatés par les Biarrots. Nous sommes hors champs municipal. Quelle est notre légitimité ?

Si la délibération du 15 octobre n’était pas soutenue par une majorité d’élus, qu’est-ce qu’il se passerait ?

Il ne se passerait rien de grave. Le Palais doit de toute façon fermer pour travaux, ils se feront.

Le 20 octobre, les travaux commenceraient ?

Je ne sais pas comment on peut commencer des travaux le 20, quand c’est signé le 15. Il faut d’abord avoir les accords, signer les contrats et ce n’est qu’après que commencent les travaux. Si on attaque les travaux à la date annoncée, cela veut dire qu’on a déjà pris des engagements vis-à-vis des entreprises. Sans accord du conseil municipal ? Cela voudrait dire qu’ils ont déjà tout décidé et que le conseil municipal ne serait qu’une chambre d’enregistrement.

N’y a-t-il pas un problème de confiance dans cette majorité ?

Si vous voulez que je vous dise que c’est une majorité compliquée, fragilisée, manifestement, oui. Après, je trouve que nous avons une superbe équipe dans laquelle beaucoup de personnes s’investissent pour la ville. Je ne vous cache pas que je suis très malmenée. Et que je fais l’objet de la part du premier adjoint de comportements sexistes. Il y a eu un dérapage en conseil municipal. Ce sont des comportements répétés qui tentent de me déstabiliser dans mes conditions de travail. Je pense que dans ces situations-là, celui qui est le plus discrédité n’est pas celui qui fait l’objet de remarques de ce type. Au-delà de ma personne, se comporter comme cela en 2018, je trouve cela assez affligeant.

Est-ce que le fait qu’on vous écarte de certains dossiers d’urbanisme vous pose un problème ?

Oui, c’est une sorte de harcèlement. Quand vous êtes en situation de responsabilité et que vous découvrez que vous n’avez pas été associée, que les personnes ont été rencontrées sans vous et que des décisions sont prises sans vous, c’est une façon de vous mettre en difficulté dans votre mission. Mais ce n’est pas parce que c’est insupportable qu’il ne faut pas le surmonter. Je suis une femme très tenace. Cela renforce ma détermination.

Après votre prise de position dans le dossier de l’Hôtel du Palais, vous situez-vous toujours dans la majorité ?

Oui. J’ai un mandat d’adjoint à l’urbanisme à la Ville de Biarritz jusqu’en 2020 et j’entends bien exercer ces responsabilités jusque-là.

En 2020, vous devrez assumer le bilan de la majorité…

Je ne sais pas si je devrais l’assumer, mais je ne suis pas du genre à quitter le navire. Je vais aller jusqu’au bout parce que je considère - je ne le dis pas par vanité - que je fais du bon boulot à l’urbanisme. Je vais porter le règlement de l’Avap, qui permet de préserver et valoriser Biarritz, je travaille au quotidien avec les porteurs de projet, j’ai mes responsabilités à l’Agglomération, je suis présidente de l’Audap. Aujourd’hui, je n’ai pas de raison de partir.

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