Le gouvernement espagnol fixe un délai pour l'exhumation de Franco

Après plusieurs déclarations d'intentions, le gouvernement de Pedro Sánchez a annoncé le 21 août dernier, un délai pour l’exhumation des restes du dictateur Francisco Franco du mausolée Valle de los Caídos. Les différents partis politiques espagnols, ainsi que la famille du dictateur, se sont positionnés autour de l'annonce.

AINHOA AIZPURU|2018/09/10 15:00|0 iruzkin
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Franco est le seul des enterrés du site à ne pas être mort pendant la guerre civile.

Durant le mois de juillet, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez avait annoncé son intention d’exhumer les restes du dictateur du mausolée Valle de los Caídos, près de Madrid, où ils occupaient une place d'honneur. La décision a suscité un vif débat parmi les partis politiques espagnols, et la famille du dictateur s'est aussi manifestée.

Après avoir étudié les mécanismes légaux nécessaires pour éviter que la justice ne bloque la décision, le gouvernement a finalement annoncé le 21 août un délai concret. La famille a jusqu'au 15 septembre pour faire savoir où elle désire l'enterrer. Faute de cela, le gouvernement effectuera l'exhumation et décidera du sort des restes. Le gouvernement émettra alors un décret-loi (prévu pour le mois de novembre en raison des délais parlementaires) pour matérialiser la décision.

La solution juridique trouvée reprend la Loi de Mémoire Historique approuvée en 2007. Celle-ci déclare dans son 16ème article qu'"uniquement les restes mortels de personnes décédées dans la guerre civile espagnole pourront reposer dans le Valle de los Caídos, comme lieu de commémoration, souvenir et hommage aux victimes du conflit". Cela exclut naturellement le dictateur, qui est mort dans son lit en 1975, 36 ans après la fin de la guerre.

En s'appuyant sur cet article, le gouvernement présentera un décret-loi au Parlement espagnol. Le choix du décret implique une seule lecture et un seul vote, ce qui accélère les délais. En plus du parti socialiste (PSOE) et de Podemos, les abertzale basques et catalans ont également annoncé qu'ils voteraient oui. Restait à connaître la position du Parti Populaire (PP) et de Ciudadanos (Cs).

L'impopularité de s'opposer

Après d'âpres débats internes, Pablo Casado, le nouveau secrétaire général du PP, a annoncé que son parti s'abstiendrait "dans la plus grande indifférence". S'il ne veut pas froisser l'aile la plus conservatrice du parti, héritière directe du franquisme, il est néanmoins conscient de l'impopularité de s'opposer à l'exhumation. Il reproche ainsi à P. Sánchez de "s'occuper de choses d'il y a quarante ans, au lieu de s'occuper des problèmes d'aujourd’hui". P. Casado a également centré ses critiques sur la figure du décret-loi, jugée "dictatoriale", oubliant la fréquente utilisation du décret-loi par le précédent gouvernement aux mains du PP. Cette abstention contraste avec l'apologie du franquisme plus ou moins ouvertement pratiquée par le PP jusqu'à récemment.

Quand à Ciudadanos, ils ont également signalé qu'ils vont s'abstenir. Son président Albert Rivera l'a ainsi annoncé, dans un des retournements d'opinion qui sont déjà la marque de fabrique du jeune parti de droite. Ainsi, en 2017, Cs avait voté pour une proposition du PSOE demandant l'exhumation de Franco. Mais cette fois-ci, ils ont déploré le "manque de concertation" de la décision et ont proposé à la dernière minute de faire du Valle de los Caídos un "Arlington espagnol", en référence au cimetière militaire américain où reposent les restes des morts de toutes les guerres des Etats-Unis.

Finalement, la famille de Franco s'est aussi exprimée après des semaines de silence. Ainsi le petit-fils du dictateur, lui aussi nommé Francisco Franco, a annoncé que la famille ne prendrait pas en charge les restes de son grand-père, mêlant des justifications politiques et les coûts de la sécurisation du caveau familial. Il a aussi annoncé que la famille porterait plainte devant la justice. Cependant, dans le cas d'un décret-loi, seuls 50 députés peuvent faire appel devant le Tribunal Suprême et le PP, seul parti de droite comptant ce nombre de députés, ne semble pas disposer à franchir le pas.