Caroline Phillips
Chef d’entreprise – Bénévole au Conseil de développement du Pays Basque
Dossier2

A plusieurs reprises, j’ai invité les autres membres du Conseil d’administration à inciter plus de présence féminine

“La parité... c’est chiant !”
2018/07/10 12:35 | 0 iruzkin

Je participe activement à une association nationale qui fait la promotion de la démocratie participative. A plusieurs reprises, j’ai invité les autres membres du Conseil d’administration à inciter plus de présence féminine. Voici le mail que j’ai reçu d’un homme qui préside cette association : “(...) sur ce débat que je vais oser qualifier de chiant et stérile (entre nous et avec un zeste d’humour) nous sommes attachés, et l’ensemble du bureau, à cette parité d’utilité et d’efficacité. Nous sommes en train de solliciter une femme pour une conférence. Donc ces remarques sur la dominance masculine dans notre groupement sont épuisantes. (…)”

Il y a cinq femmes et 19 hommes dans le Conseil d’administration de cette structure, une fédération d’associations dans lesquelles les règles prévues par la loi imposent la parité... !

Lors du Conseil d’administration où le sujet de la parité était mis sur la table, seuls trois hommes sur 15 ont défendu les propositions de parité. Un homme à ma gauche a dit que dans sa structure “ils ont appelé des femmes mais elles n’avaient jamais le temps et ne voulaient pas venir”. Pendant le débat, avec les autres femmes, nous nous sommes regardées et nous nous sommes tues au risque d’être à nouveau qualifiées de “chiantes”. Ce sont alors des hommes qui ont défendu l’intérêt d’une présence féminine dans la conférence que nous organisions –nous avons réussi qu’il y ait au moins 20 % d’intervenantes. C’est quand même dingue, en tant que femme d’être obligée de se taire pour que des hommes puissent nous défendre, car si nous le faisons nous-mêmes, nous sommes qualifiées de “féministes hystériques”.

Co-optez nous !

Vous les hommes, c’est votre job de co-opter les femmes. C’est votre job de nous soutenir, c’est votre job de prendre part dans la transformation de notre société pour qu’elle soit plus juste, plus équitable et qu’elle fasse la place à 50 % de la population qui est exclue.

Il y a dix ans, j’avais créé une association qui s’appelait “Sorginak” ce qui veut dire (pour celles et ceux qui n’ont pas encore le privilège de parler notre belle langue, le basque) : “Faire naître”. Eh oui, rien à voir avec l’image de la Sorgin avec le chapeau noir pointu sur son balai dans le ciel. En basque, Sorgin c’est le nom de nos “Sages Femmes”. Nous nous sommes réunis pendant six mois au moins et après un article de presse, Sorginak n’a jamais rien fait. Pourquoi ? Après la publication de cet article de presse, certaines de nos membres avaient reçu des commentaires sur nos initiatives et elles en craignaient les conséquences. Et oui, ce collectif de femmes aurait pu s’inviter (l’horreur) à la table des hommes... !

Notre société, nos milieux professionnels, et les organisations de la société civile également, sont monopolisés à 70 % par l’influence d’hommes blancs ayant plus de 60 ans…

Pourtant, quand on veut, on peut

Je salue mon ami Jean-Baptiste Etcheto qui, sous sa présidence, avait introduit un nouvel article dans les statuts pour rééquilibrer la proportion de femmes (entre titulaires et suppléants) et qui m’avait désignée comme Vice-présidente de la structure (la première femme après 14 ans d’existence). Cet article avait dû être voté à bulletin secret, à la demande d’un homme.

En 2018, nous arrivons à “légaliser” la présence des femmes ! Dans les nouveaux statuts du Conseil de développement du Pays Basque que j’ai le plaisir et l’honneur de présider depuis maintenant trois ans, nous avons pu, avec une facilité désinvolte et franchement jouissive, instaurer la parité. Elles seront plus de 50 % au Conseil de direction, organe de décision et d’adoption des avis auprès de la nouvelle Communauté d’agglomération. Je suis très heureuse d’accueillir toutes ces nouvelles femmes, brillantes, expertes, engagées, enthousiastes, aux côtés d’hommes qui le sont tout autant.

J’ai décidé que jusqu’à la fin de ma vie, je vais tout faire au quotidien pour que les femmes, oui, vos épouses, vos filles, vos sœurs, vos mamans, vos grands-mères, vos tantes, vos cousines germaines, prennent leur place mais toute leur place au sein de la société.

Les amis, réveillez-vous. Nier à 50 % de la population un siège à la table de nos associations, organisations, institutions et collectivités est un déni de démocratie. C’est insultant. Et ce sera bientôt fini. Donc préparez-vous !