L’euskara et le gascon sont gravés dans le marbre

La Communauté d’agglomération Pays Basque a reconnu officiellement la langue basque et la langue gasconne, ce samedi. Les élus ont également voté une politique linguistique pour la première.

Goizeder TABERNA|2018/06/23 22:30|0 iruzkin
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Le conseil communautaire de samedi a été marqué par l'absence des élus paysans empêchés par les travaux des champs. © Isabelle MIQUELESTORENA

Une reconnaissance, des engagements et des actions. La langue basque n’avait jamais atteint ce niveau de considération au Pays Basque Nord. Les délibérations votées ce 23 juin en conseil communautaire gravent dans le marbre la reconnaissance de l’euskara, mais également celui du gascon, dorénavant, toutes deux langues du territoire.

"La Communauté d’agglomération Pays Basque [CAPB, ndlr.] reconnaît officiellement le basque et le gascon occitan comme langues de son territoire, aux côtés de la langue française", c’est la phrase clé de ce texte qui a été examiné à la loupe par les services de l’Etat avant le vote des élus. Une reconnaissance symbolique, d’une portée politique évidente. Les associations de défense de l’euskara l’ont relevé, c’est une première (voir article associé). L’occitan non plus ne bénéficie nulle part ailleurs dans l’Hexagone d’une telle reconnaissance.

Sur les 191 élus inscrits à cette session, 145 ont voté pour, 18 contre et 22 se sont abstenus. La délibération a été lue dans les trois langues par le vice-président en charge de la politique linguistique Beñat Arrabit. Elle a été suivie du vote de la politique linguistique qui n’a recueilli qu’une voix contre.

L’esprit de la première délibération est manifestement volontariste. "[La CAPB] entend ainsi officialiser son engagement complet dans l’effort de revitalisation de ces deux langues aux côtés de ses partenaires publics", affirme-elle. Les élus s’engagent aussi à faire évoluer les cadres juridiques et à mobiliser l’ensemble des dispositifs législatifs et réglementaires nécessaires à la revitalisation de ces langues, allant jusqu’à évoquer leur co-officialité. En attendant, ils exploiteront les divers possibilités qu’offre le cadre légale relatif à l’expérimentation et à la différenciation "pour soumettre à l’Etat des dispositifs innovants".

Article 2 de la Constitution

Le président Jean-René Etchegaray a rappelé la nécessité de modifier l’article 2 de la Constitution pour que les langues territoriales obtiennent la co-officialité, à pied d’égalité avec le français. "Cela se fait en Euskadi, en Catalogne et dans d’autres territoires européens", a-t-il relevé. Le conseiller communautaire d’Urrugne Filipe Aramendi a rappelé que la reconnaissance officielle n’est qu’un pas et que l’objectif est "une véritable officialité". Il espère que les décisions prises par l’agglo vont inspirer les 158 communes qui la composent, car "des actes politiques tels que celui [de la CAPB] vont montrer à l’Etat français qu’il faut changer [cet] article".

Son collègue angloy et défenseur de la langue gasconne, Guy Mondorge ne l’entend pas ainsi, son "combat de militant culturel" n’est pas l’officialité. Mais son principal problème concernant la délibération sur la reconnaissance de la langue, est l’allusion faite au "territoire déterminé" dans lequel s’appliqueraient les dispositions énoncées dans le texte.

Il n’accepte pas cette précision pour le gascon alors que ces dispositions seront de fait concrétisées dans l’ensemble du territoire concernant la langue basque. "Comme si la langue gasconne devait justifier sa légitimité dans le territoire", regrette-t-il. Ce qui a provoqué un vif débat, certains élus y voyant le risque, sans cette différenciation, de devoir appliquer le trilinguisme dans toutes les communes.

Supprimer la phrase

Voulant désamorcer la polémique, Jean-René Etchegaray a déclaré que le but de ce texte n’était pas de créer des frontières et a proposé de supprimer la phrase qui posait problème. Ce que n’a pas accepté Beñat Arrabit, considérant que la notion de territoire de la langue gasconne permettait d’être plus efficace, d’éviter le saupoudrage.

L’élu bayonnais Jean-Claude Iriart a rappelé que la valeur de la délibération est symbolique : "aucun citoyen ne peut s’appuyer sur cette délibération pour réclamer un service dans sa langue". D’après lui, il faudra réfléchir sur le territoire d’application des politiques linguistiques pour le gascon une fois que ces dernières seront définies, car "le lien entre la langue et son territoire, c’est quelque chose que l’on n’effacera pas". Pour cela, l’agglomération devra d’abord se doter de cette compétence. Finalement, les conseillers communautaires ont voté en faveur de la suppression de la phrase polémique.



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