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Règlement de comptes

Le maire de Saint-Palais souhaite que la commune achète une villa pour y bâtir la maison de santé pluridisciplinaire sur laquelle planchent depuis sept ans les professionnels de santé. La construction de cette structure est pourtant déjà programmée sur un terrain du centre-ville, acquis par la CAPB il y a six mois. Enquête sur une maison devenue l’otage d’un règlement de compte personnel.

Antton Etxeberri|2018/06/14 06:40|0 iruzkin
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Le maire de St-Palais souhaite acquérir la villa Florence pour y construire la MSP. @Isabelle MIQUELESTORENA

La découverte du projet d’achat par la commune de la Villa Florence a mis le feu aux poudres lors du conseil municipal de Saint-Palais, le 30 mai dernier. Le maire de la commune, Jean-Jacques Loustaudaudine souhaitait faire voter une délibération pour l’achat de cette maison, afin de la mettre à disposition de la Communauté d’agglomération Pays Basque (CAPB) pour la création d’une maison de santé pluridisciplinaire (MSP), réclamée depuis longtemps par les professionnels de santé.

La villa Florence, située sur la commune limitrophe d’Aïcirits, se trouve à une cinquantaine de mètres de l’hôpital public. Le maire de Saint-Palais, également président du conseil de surveillance de cet hôpital, a annoncé lors de la réunion du conseil que la villa Florence était en vente au prix de 450 00 €, et que "l’hôpital était demandeur de locaux à proximité pour proposer des services de santé". Si personne parmi les élus d’opposition n’a contesté la nécessité de faire avancer ce dossier de MSP à Saint-Palais, le choix de l’achat de cette villa Florence ne fait pas, en revanche, consensus. C’est le moins que l’on puisse dire.

Charles Massondo, élu d’opposition, est le premier à dégainer, dénonçant la double casquette de l’édile de Saint-Palais : "J’entends le président du conseil de surveillance de l’hôpital s’exprimer, mais dans ce conseil municipal, on aimerait entendre le maire de Saint-Palais. Quel est l’intérêt des Saint-Palaisiens d’acheter une telle maison à 450 000 €, qui se trouve sur la commune d’Aïcirits, alors que la CAPB a voté l’achat d’un autre terrain situé au centre ville de la commune, pour y faire cette MSP ?". Et son collègue Olivier Darrieux-Juzon de renchérir : "Que vient faire Saint-Palais dans cette histoire ? Pourquoi aujourd’hui Saint-Palais devrait se porter acquéreur de cette maison qui sera rasée pour ensuite être mise à disposition de la CAPB ?"

La maison de santé pluridisciplinaire

La MSP est un projet réclamé en Amikuze. Des professionnels de santé y travaillent depuis sept ans, en partenariat avec les élus, qui ont mandaté le syndicat mixte Baxe Nafarroa pour procéder à une étude d’implantations possibles. Au départ, cinq lieux ont été répertoriés, l’étude de faisabilité financée par l’ex Communauté de Communes d’Amikuze, présidée par Eric Narbaïs, avait rapidement rejeté deux de ces options, dont celle de la villa Florence "dont le terrain est encombré d’éléments de valeurs à conserver sans bénéfice pour le projet, et un éloignement trop important du centre-ville". Concernant les trois autres projets, deux avaient par la suite été également éliminés en raison de leur localisation trop proche d’une zone inondable. Cette étude de faisabilité a donc sélectionné un terrain situé rue d’Oxidoy, en face de l’école publique, appartenant à un privé, M. Barbaste, qui s’est montré favorable à la vente d’une partie de son terrain qui compte plus de 3 ha. Cette portion de terrain, d’une surface de 4 500 m2, sera finalement choisie pour y implanter la MSP, et la CAPB a voté le 30 janvier 2018, à l’unanimité, l’achat de ce terrain, au prix de 15 €  le m2.

Le bornage du terrain a ensuite été réalisé en présence de représentants de la CAPB, de la mairie de Saint-Palais et du propriétaire. D’où les interrogations des élus d’opposition qui ne comprennent pas la raison de ce changement. Du côté des abertzale, leur représentant au conseil municipal, Extebe Irola, interroge : "Quelle vision a-t-on de Saint-Palais à long terme ? Ce terrain au centre de Saint-Palais, près de l’école publique, d’une surface de 3 ha, a un enjeu capital. On ne peut pas l’ignorer, et il n’est pas compréhensible de renoncer à une partie de ce terrain en allant acheter du foncier sur Aïcirits. L’argent public qu’il est prévu d’investir, 450 000 euros, dans l’achat de cette maison, pourrait être mieux utilisé pour le bien des habitants de la commune. D’ailleurs, comment avez-vous prévu de financer cet achat ?".

La réponse du maire ne s’est pas faite attendre : “Cela ne coûtera rien à la commune, c’est une opération blanche”. Aucune autre explication ne sera fournie, malgré les demandes répétées de l’élu abertzale. Seuls quelques sourires de conseillers de la majorité révèleront à ce moment-là que tout n’était pas dit. Quelques élus consultés en privé à l’issue de la réunion avouaient que l’opération resterait blanche du fait qu’  "un don anonyme d’une tierce personne" permettrait de financer à 100 % l’achat de ce bien immobilier, et que cela ne coûterait rien à la commune. Et d’ajouter : "Saint-Palais est coutumier des dons anonymes. Cela avait été le cas au moment de l’achat du couvent des Franciscains, et aussi pour le cinéma". Le mystérieux donateur ne serait autre que… le maire de la commune, Jean-Jacques Loustaudaudine lui-même. Ce dernier n’a pas souhaité répondre à nos sollicitations.

Très critiqué par les élus des deux oppositions, le maire essaiera de justifier ses intentions devant le conseil municipal : "le projet est pour l’hôpital, qui a besoin de plus de places. Cet emplacement permettra aux professionnels privés de santé d’avoir enfin leurs locaux, et le premier d’entre eux, Arnaud Etchepareborde, initiateur du projet depuis le début, en est ravi. Une partie serait louée à la CAPB par l’hôpital, l’autre par les privés. L’objectif est de renforcer le rôle de cet hôpital que l’on a failli perdre il y a quelques années". Sollicité par nos soins, A. Etchepareborde est dubitatif : "je n’ai jamais exprimé mon opinion sur ce sujet à M. Loustaudaudine. Nous sommes 15 professionnels privés, et je ne me serais jamais permis d’émettre une quelconque opinion sur le sujet sans en avoir été mandaté par l’équipe". Dont acte.

Autre élue d’opposition, Claudine Biscay, dénonce de son côté la méthode : "nous découvrons ce projet aujourd’hui. On va devoir voter sur un projet que l’on ne connaît en rien. Les professionnels de santé n’ont pas été consultés. En ce qui me concerne, j’aurais souhaité avoir des informations. On nous met au pied du mur. On doit discuter plus profondément du projet avant de l’acheter, et entendre aussi l’ensemble des professionnels de santé". Le maire de Saint-Palais, adepte de l’achat en priorité, justifie sa position : "On ne peut faire quelque chose que si on a du foncier. Le projet de cette maison de santé se fera une fois qu’on est sûr qu’on aura la maison. Les Domaines doivent donner leur estimation début juin. Je le répète, cela ne coûtera rien à la mairie. Nous consulterons les professionnels de la santé une fois l’acquisition faite". Le vote de l’achat, prévu dans l’ordre du jour, sera finalement repoussé au prochain conseil municipal, une fois l’estimation des Domaines reçue.

Projet de villa Florence rejeté

Alors que la vente du terrain de 4 500 m2 appartenant à M. Barbaste a été validée lors d’un vote le 30 janvier dernier à la Commission permanente de la CAPB, le propriétaire du terrain a été prévenu par le Président du pôle territorial d’Amikuze, Eric Narbaïs, lors d’une réunion le 5 mai dernier, qu’une nouvelle implantation de la MSP avait finalement été choisie, à proximité de l’hôpital de Saint-Palais. Le projet de la villa Florence avait pourtant été étudié en 2015 et éliminé d’entrée, en raison de nombreuses contraintes : "bâtiment actuel inadapté et trop petit pour les besoins, coût de restructuration et de mise en conformité lourd, surface de terrain et présence d’arbres qu’il semble logique de préserver au maximum, qui nécessiterait de construire au moins sur trois niveaux, avec peu de possibilités d’évolution, nécessité de construire un parking public et du personnel, une distance du centre ville, avec déclivité, rendant l’accès à pied délicat pour les plus fragiles, un manque de visibilité si nouvelle construction sur la partie arrière du terrain".

Des contraintes qui interrogent sur les raisons d’un tel revirement, alors même que l’option du terrain de M. Barbaste avait été plébiscitée par l’étude de faisabilité et confirmé par un vote de la CAPB décidant l’achat. Le bornage du terrain a d’ailleurs été effectué, et le document d’arpentage reçu par M. Barbaste fin mai. Du côté de la CAPB, B. Cachenaut, vice-président en charge de la commission "service à la population", est responsable du projet de MSP. Sollicité, il confirme que la CAPB a voté l’achat du terrain de M. Barbaste pour y faire une MSP : "L’hôpital nous a demandé que le projet de MSP soit revu concernant l’emplacement et le contenu du projet. Nous pensons que les deux projets pourraient se faire en un seul. Si cela se fait à la villa Florence, on pourrait utiliser le terrain acheté par la CAPB à M. Barbaste pour un autre projet public. Mais cela suppose que les professionnels privés de la santé acceptent d’aller à la villa Florence, ce qu’on ne sait pas aujourd’hui." Il ajoute : "Nous attendons la décision des professionnels privés concernant cette question. S’ils souhaitent rester sur le terrain du centre-ville, ce projet initial d’installation de MSP en centre-ville ira de l’avant, car on a assez perdu de temps, et que des engagements ont été pris. Nous n’en avons pas encore parlé à la CAPB, mais c’est la position que je défendrai".

Quant au président du pôle territorial d’Amikuze Eric Narbaïs, également vice-président à la CAPB, il n’a pas jugé utile de répondre à nos sollicitations. Il a lui-aussi découvert fin avril les intentions du maire de Saint-Palais, comme l’ensemble des acteurs de ce projet de MSP, qui travaillent pourtant depuis sept ans sur ce dossier. S’il a rencontré une fois M. Barbaste le 5 mai pour lui indiquer que la MSP se ferait finalement à la villa Florence, aucun courrier officiel provenant de la CAPB n’a pour le moment été envoyé au propriétaire du terrain pour confirmer la nouvelle donne. Les explications portées ci-dessus par le chef de file Beñat Cachenaut pourraient expliquer cette prudence, devant l’arrivée de cette nouvelle proposition du maire de Saint-Palais qu’il souhaite imposer à tout le monde, sans tenir compte du travail effectué ces dernières années.

Avis des professionnels de santé

Cette MSP est portée depuis sept ans par une quinzaine de professionnels de santé venant d’Amikuze et d’Oztibarre, et regroupés au sein d’une association. Leur démarche a été avalisée par l’Agence régionale de santé (ARS) car ils ont souhaité répondre de manière complète à toutes les recommandations, afin de proposer une offre optimale. Le sentiment principal qui ressort de ces professionnels devant cette situation est la surprise de voir tout d’un coup le maire de Saint-Palais s’emparer de cette question de MSP, alors qu’il l’a complètement ignorée jusqu’à présent, malgré des sollicitations. Ils reçoivent aujourd’hui la proposition du maire de Saint-Palais, sceptiques et surpris.

Mis devant le fait accompli de ce changement, ils ne comprennent pas pourquoi les institutions publiques préfèreraient investir 550 000 euros sur un projet qui avait été rejeté par la Communauté des Communes d’Amikuze présidée à l'époque par Eric Narbaïs, alors que le projet retenu à l’issue de l’étude et voté par la CAPB coûterait huit fois moins cher. De plus, Arnaud Etchepareborde, kinésithérapeute qui porte ce dossier depuis le début, évoque quatre objections concernant le choix de la villa Florence : d’abord il y a le risque que ce terrain devienne un parking secondaire de l’hôpital ; d’autre part, l’accessibilité à ces lieux s’annonce difficile à certains horaires de la journée, notamment à 9 heures et 17 heures, aux horaires des passages de bus vers les établissements scolaires proches ; le montant de l’opération est aussi évoqué avec un prix huit fois supérieur au projet initial ; enfin, une zone arborée qui risque d’être, elle aussi, condamnée pour les besoins de stationnement.

Quant à la nécessité d’être proche de l’hôpital, l’argument ne tient pas selon A. Etchepareborde : "les praticiens qui travaillent à l’hôpital nous disent que le fait d’avoir déjà le laboratoire à côté n’influe aucunement, puisqu’il n’y a aucune facilité d’accès pour avoir des rendez-vous au labo, aux radios…" Ces professionnels privés de la santé sont par contre très intéressés de travailler avec le centre hospitalier. Ils ont rencontré à deux reprises la direction de l’hôpital pour étudier la collaboration qui pourrait être envisagée. Lors de la dernière rencontre, le directeur de l’hôpital de Bayonne leur a rapporté que le maire de Saint-Palais lui avait assuré que "la MSP serait à la villa Florence, c’est fait".

M. Glanes, directeur de l’hôpital de Bayonne dont dépend celui de Saint-Palais, confirme à MEDIABASK avoir été "prévenu de ce projet d’achat de maison il y a à peine quelques semaines", et verrait d’un bon œil "la création d’activités de prévention de santé publique, notamment en terme d’addictologie, de vaccination… à proximité des locaux de l’hôpital". Ce travail serait-il remis en cause si la MSP se retrouvait au centre de Saint-Palais ? "Si la MSP est près de l’hôpital, ce serait très bien. Si elle est au centre de Saint-Palais, ce serait très bien aussi. L’important est qu’il y ait une volonté de la part des professionnels de santé de travailler ensemble sur le terrain, entre privés et public. Nous nous adapterons." Il est bon de préciser que l’hôpital loue déjà des locaux en centre-ville pour tout ce qui concerne le médico-psychologique.

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