Transformer la frontière en force plutôt qu’en barrière

Les pompiers se trouvant au Nord et au Sud des Pyrénées lancent un vaste projet de coopération transfrontalière pour mieux coordonner leurs actions, nommé ALERT. Sa mise à feu a lieu ce printemps 2018.

Chloé Rébillard|2018/05/16 12:30|0 iruzkin
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Éteindre des incendies ensemble c'est l'un des objectifs du projet ALERT ©Isabelle MIQUELESTORENA

Actuellement, si vous vous trouvez dans une benta du Pays Basque Sud et que vous faites un malaise, vous serez secouru par les pompiers de là-bas, y compris si la caserne la plus proche est au Nord et que les pompiers d'ici seraient donc sur place plus rapidement. Face à cette situation, les pompiers lancent un vaste projet de coopération nommé ALERT (Anticiper et Lutter dans un Espace commun contre les Risques Transfrontaliers). La mise en place vient de commencer et devrait s’achever en 2020.

Le projet lancé depuis les Pyrénées-Atlantiques, le conseil départemental et le SDIS 64 ayant été les premiers à la manœuvre, regroupe cinq partenaires. Le SDIS 64, le gouvernement de Navarre, la députation forale du Gipuzkoa et deux départements du gouvernement aragonais se sont regroupés pour le mener à bien.

"L’objectif est de parvenir à s’émanciper de cette frontière qui reste aujourd’hui fermée en terme de secours" explique le commandant Joseph Bonson, chargé de mission au sein du projet ALERT. Objectif qui se déclinera en plusieurs actions : mettre en place une interconnexion entre les plateformes de réception des appels, mutualiser des moyens et des compétences, mettre au point des protocoles communs d’intervention. J. Bonson le résume ainsi : "sur un feu, nous devrions être en capacité d’avoir la même technique d’extinction afin que l’on puisse travailler ensemble sans faire attention à l’identité nationale du pompier qui intervient".

Un centre de formation transfrontalier est actuellement en construction à Saint-Jean-Pied-de-Port. Il accueillera, entre autres, un poste de commandement mobile chargé de coordonner les interventions. Des formations et des entraînements entre pompiers du Nord et du Sud débuteront sous peu. L’une des premières manœuvres communes aura lieu en juin entre Hendaye et Irun, lieu hautement emblématique de la porosité de la frontière.

A chacun sa spécialisation

Travailler ensemble, c’est aussi s’inspirer des compétences et des particularités de chacun. Joseph Bonson le rappelle : "chaque partenaire va apporter ses spécificités. Les services navarrais vont cartographier les zones à risque et partager leurs compétences en matière de feux de forêts, car ils connaissent bien cette problématique du fait de leur territoire particulièrement exposé. L’Aragon travaille sur les risques naturels et notamment les risques sismiques car ils sont sur un secteur à risque. Le Gipuzkoa sur les enjeux autour des risques urbains, technologiques et industriels, étant sur un bassin plus urbanisé avec notamment la zone frontalière Hendaye, Irun, Hondarribia, qui est aussi un espace de transit pour le frêt et les routiers". Quant au SDIS 64, il apportera aussi sa pierre à l’édifice avec une palette de compétences en matière de secours plus diversifiés que ces collègues du Sud.

Volonté politique et aide de l’Union européenne

Mieux se coordonner, les pompiers sur le terrain l’ont en tête depuis longtemps. Mais selon le commandant, la mise en place aurait pu prendre encore plus de temps, sans une volonté politique forte et l’aide effective et financière de l’Union européenne.

Du côté Nord, le président du Conseil départemental, Jean-Jacques Lasserre a soutenu le projet aux côtés du président du SDIS 64, Pepela Mirande. Quant à l’Union européenne, elle a mis la main au porte-monnaie : 65 % du montant total du projet, soit 2 209 000 euros sont pris en charge par le Fond européen de développement régional (FEDER). Le reste des investissements pour arriver au budget total de 3 399 000 euros est financé par les divers partenaires.

Si le projet aboutit à la date prévue, en 2020, les malaises dans les ventas ou les feux de forêts à Iraty seront pris en charge par la caserne la plus proche, et non plus en fonction du territoire sur lequel sera émis l'appel. Et des pompiers du Nord et du Sud pourront œuvrer côte-à-côte lors d'interventions nécessitant des renforts. Un progrès lorsque l'on sait que les casernes d'Irun et d'Hendaye, séparées par moins de cinq kilomètres de distance, ne communiquent presque jamais entre elles.