Le Pays Basque source de réflexions

Le Biltzar des écrivains de Sare est l’occasion d'ouvrir la réflexion sur de nombreux sujets. Lors de sa 35e édition, les 1er et 2 avril, plusieurs livres se sont penchés sur le Pays Basque, son passé et son avenir.

Goizeder TABERNA|2018/04/09 07:30|0 iruzkin
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Le Biltzar des écrivains permet de connaître les dernières publications. © Isabelle MIQUELESTORENA

La déconstruction de la Révolution française

C’est à travers la révolution française qu’Egoitz Urrutikoetxea a abordé l’histoire de la langue basque, pour mieux comprendre sa situation actuelle. Publié chez Elkar, "Politique linguistique de la Révolution française et la langue basque" est un travail d’histoire qui démonte les idées reçues sur cette époque.

"Les langues et les identités territoriales étaient compatibles avec les valeurs de la Révolution. C’est comme cela que les habitants de ces territoires les voyaient", avance l’auteur. Or, la langue française est souvent associée à l’ère des libertés et les langues territoriales à l’ancien Régime, au passé.

Une construction qui, selon E. Urrutikoetxea, sert encore aujourd’hui à justifier ou à expliquer des positions ou des faits touchant les langues et les identités. Et il donne comme exemple, le refus de signer la charte des langues minoritaires par l'Etat français.

Egoitz Urrutikoetxea a réalisé ce travail de recherche pour sa maîtrise d'histoire. © Isabelle MIQUELESTORENA


L’euskara et l’orée de la Communauté d’agglomération

"La langue basque est un sujet trop sérieux pour le laisser entre les mains des gouvernements" a lancé un des intervenants lors de la présentation du livre. "Euskal Elkargoaren sortzea eta euskararen geroa" (la Communauté d’agglomération Pays Basque et l’avenir de la langue basque), tel est le titre de la dernière publication de l’Académie de la langue basque Euskaltzaindia. A la veille de la création de la nouvelle institution, les acteurs de la langue basque se sont retrouvés lors des rencontres Jagon, organisées par l’académie. L’académicien Battittu Coyos en a recueilli les réflexions.

L'avènement de la CAPB est un moment politique regardé avec intérêt par les défenseurs de la langue, mais qui met également en évidence les limites de l’Etat français. "Ce livre expose clairement la situation dans laquelle nous nous trouvons : seulement 10% des élèves [du Pays Basque Nord] sont issus de l’enseignement en langue basque, qu’il soit immersif ou bilingue", a rappelé Aines Dufau, la directrice du centre pédagogique Ikas, lors du Biltzar.

Faire le diagnostic et fixer les objectifs… et se donner les moyens pour les atteindre, telle est la méthodologie proposée par les acteurs de la langue basque. De ce fait, le futur budget de la politique linguistique au sein de la Communauté d’agglomération Pays Basque sera regardé à la loupe par le monde associatif.

L'académicien Battittu Coyos a coordonné la dernière publication d'Euskaltzaindia. © Gaizka IROZ

 

De l’importance du territoire

Eneko Bidegain s’est intéressé au Pays Basque à travers un autre de ses piliers : le territoire. Et son constat est clair : "Le Pays Basque ne gouverne pas son territoire et en plus, il est divisé". Son essai intitulé "Lurralde eta herria" (le territoire et le pays, en basque), publié par la maison d’édition Pamiela, offre une réflexion sur l’unification du territoire.

Après une théorisation du concept de territoire et de son organisation, l’auteur revient sur son histoire pour expliquer sa fragmentation et la résistance qui a suivi. Dans un deuxième temps, il décrypte l’expression de la dépendance dans laquelle vit ce territoire dans les différents domaines de la société. Il finit par proposer des solutions pour obtenir l’unité perdue du Pays Basque.

Journaliste et professeur, Eneko Bidegain est l'auteur de plusieurs livres. © Isabelle MIQUELESTORENA