Sylvie Claracq : “Nous ne devons pas attendre que les hommes nous donnent une place ”

Sylvie Claracq, élue à Biarritz, est devenue référente départementale du mouvement Elues locales, fondée par la polytechnicienne Julia Mouzon. Elle nous livre en toute sincérité ses réticences passées à s’exprimer en public, son émancipation en tant qu’élue et les actions qu’elle souhaite mener pour valoriser la place des femmes en politique. Un combat qui n’est pas vain et qu’elle entend porter avec d’autres, localement.

Bénédicte Saint-André|2018/03/12 14:06|0 iruzkin
Sylvieclaracq
Sylvie Claracq a été reçue avec une délégation d'élues locales au Sénat ce 8 mars © DR

Pourquoi avez-vous rejoint le mouvement Elues Locales ?

Sylvie Claracq : J’ai découvert ce mouvement lors des Journées Nationales des Femmes Élues à Paris, en novembre dernier. J’y suis allée par curiosité. 500 femmes étaient réunies. Cela m’a permis de voir que d’autres femmes étaient dans la même dynamique que moi, voulant dépasser les couleurs politiques, et s’inscrire dans une logique de solidarité. Une logique dans laquelle on ne considère pas que l’autre élu est à battre ou à abattre. Mais qu’au contraire il est complémentaire et qu’on doit travailler ensemble. C’est un mouvement qui veut vraiment faire de la politique autrement.
Cela a été très galvanisant pour moi, je suis sortie de là complètement reboostée. La start-up propose des tables rondes mais également des formations. Comment gérer son temps, se préserver, communiquer en politique. Le tout avec une bienveillance très rare dans ce milieu. Je n’ai pas eu envie d’attendre un an pour revivre cette expérience. C’est pour cela que j’ai choisi d’être référente : je souhaite défendre cet esprit pour et avec les femmes politiques de notre territoire.

Pensez-vous qu'il y ait des problématiques spécifiques aux femmes élues ?

S.C : Le monde politique a été conçu par les hommes et pour les hommes. Il y a un chiffre très intéressant : 70 % du temps de parole publique est accaparé par les hommes. Donc, même si on travaille sur la parité et qu’on a progressé en ce sens, il faut souligner que la femme politique s’exprime moins. Personnellement, je pensais avoir un problème de timidité. Mais j’ai réalisé qu’il y a une part d’auto-censure chez les femmes. On s’autorise moins que les hommes à avoir une certaine ambition.

Les dernières études montrent également que certains domaines restent la chasse gardée des hommes…

S.C : C’est vrai, il y a très peu de femmes élues aux finances par exemple. Très peu de femmes qui montent leur liste aussi. Ce que j’observe depuis trois ans c’est que sur le terrain, les femmes sont bien là. Et qu’elles ont une grande valeur. Mais qu’elles ont en revanche une forte tendance à ne pas se mettre autant en avant. Je crois qu’on a intégré cela, de manière plus ou moins consciente. Plutôt que d’attendre que les hommes nous donnent une place, il vaut mieux travailler sur soi et lever soi-même cette auto-censure. Longtemps, je me suis battue pour mener des actions. Mais ma stratégie était de faire parler quelqu’un d’autre. Au final, les sujets n’étaient pas traités comme je le souhaitais. Pour défendre sa vision, il faut accepter de prendre la parole.

Concrètement, qu’allez-vous proposer aux femmes localement ?

S.C : On a créé un groupe Facebook, que de très nombreuses femmes ont déjà rejoint. Et on a une réunion prévue début avril. Toutes les femmes sont conviées quel que soit leur parti ou si elles sont, comme moi, sans étiquette. Plus on sera nombreuses et plus cela sera intéressant. Nous sommes au début de quelque chose. Outre les formations et les tables rondes, j’aimerais beaucoup qu’on trouve une action concrète, qu’on ait envie de défendre toutes ensemble ici, sur ce territoire.

Le but est aussi de nous permettre de travailler sur notre réseau, d’échanger nos contacts. Il y a là encore un réseautage masculin assez naturel. La solidarité féminine est moins évidente. Des initiatives comme celles-là permettent qu’elle le devienne. Les outils qu’offrent le mouvement peuvent également être généralisés à la vie professionnelle. L’entreprenariat féminin a aussi besoin d’un coup de pouce. Sur d’autres territoires, les choses sont beaucoup plus avancées.