Paxkal Indo : “Plus d'une fois, j'ai eu envie de le frapper”

Paxkal Indo s’apprête à quitter son siège de président de Seaska pour passer le témoin à Peio Jorajuria, après un parcours de onze années au sein de la fédération des ikastola. Dans un entretien publié ce début de mois par le quotidien Gara, il évoque le chemin parcouru et offre une analyse de la situation actuelle.

Mediabask|08/07/2019 07:20|2 comentarios
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Paxkal Indo est resté président de Seaska pendant onze ans. ©Bob EDME

Quel bilan faites-vous du travail réalisé au sein de Seaska ?

Paxkal Indo : Au cours de mon mandat de président de Seaska, je dirais qu’il y a eu trois tendances majeures dans les changements que nous avons vécus. La première, c’est que nous avons commencé à nous développer. Au prix de nombreux efforts, de nouvelles ikastola ont ouvert leurs portes. Deuxièmement, Seaska s’est normalisé aux yeux de la société et des élus. La troisième tendance est la convention qui nous lie à l’Etat. C’est bizarre de le dire, sachant que la quatrième convention n’est pas encore signée. J’ai signé les trois premières. Elles ont permis que les choses se normalisent. Grâce à la convention, les relations se sont normalisées et c’est sans doute grâce à l’intervention de l’Office public de la langue basque. Les dix dernières années de Seaska sont très liées à l'institutionnalisation du Pays Basque Nord, à l'institution chargée de la politique de la langue basque.

En quoi pensez-vous avoir apporté votre contribution ?

P.I : J’ai amené un peu d’humour. Il y a eu des moments pendant les négociations, où même si la date de fin approchait, je n’ai pas stressé, je n’ai pas perdu de vue l’objectif. Si nous personnalisons les choses, j’ai une façon différente de faire et de communiquer, mais aussi de mener les négociations. C’est vrai que nous avons entendu beaucoup de fous rires, que peut-être nous n’entendrons plus à partir de maintenant. En fin de compte, même si j’ai fait toutes ces choses-là sérieusement, je ne les ai pas prises au sérieux.

Les élus locaux vous ont félicité publiquement, adressé un mot lors du discours d’Herri Urrats. Comment se sont déroulées les négociations, en coulisses ?

P.I : Sans filtre. Pour ma part, je leur ai toujours dit : nous avons une institution qui s’appelle Seaska et qui a des besoins. Ils se sont engagés, comme nous, à sauver le basque. Seaska manque de moyens, donc s’ils ne donnent pas de moyens, ce n’est pas vrai qu’ils veulent faire de la politique en faveur de la langue basque.

Je crois que tous les membres de Seaska, les parents, les salariés… doivent avoir confiance en notre force. C’est en étant certain de notre force que je suis allé vers ces gens, sans tabou et sans complexe.

Parfois pendant les négociations, on se marre. Je peux citer quelqu’un : l’inspecteur Pierre Barrière. Plus d’une fois, j’ai eu envie de le frapper, je n’ai pas de problème pour le dire. Le mépris qu’il nous a montré, envers le basque, envers notre culture... Il nous mettait dans un tel état que cela m’a donné envie de le frapper, mais nous avons réussi à ne pas franchir ce pas.

Le soutien des élus a beaucoup évolué ces dernières années.

P.I : Ce soutien se renforce. C’est vrai que ce qu’ils disent, ils essaient de le faire. Nos élus nous disent quand ils réussissent et quand ils n’y arrivent pas aussi. Nous avons gagné leur confiance, et vice-versa. Si une large majorité d’élus défend Seaska, elle ira jusqu’au bout. Autrement, elle saura que nous ne pardonnerons pas.

La situation de l’enseignement en langue basque est très grave.

P.I : Je crois que le développement de Seaska a fait peur aux autorités de Paris, du moins à l’Administration. A Paris, les élus ne savent même pas qu’on existe, et cela est un problème grave. Au total, il y a 577 députés en France, et nous en avons seulement 2,5 (NDLR : Jean Lassalle est député sur une circonscription basco-barnaise). Notre situation est connue par les Bretons, les Catalans, les Alsaciens... Nous sommes une minorité.

Le fait que Paris ne s’aperçoive pas de votre développement ne peut-il pas jouer en votre faveur ?

P.I : C’est possible, mais le problème est que ceux qui sont contre nous se sont rendus compte de notre évolution. L’Administration est contre nous et elle s’en est rendue compte. Elle a décidé que notre langue représente un danger. Elle ne l’a pas dit tout à fait comme cela, mais nous avons entendu les propos de Jean-Michel Blanquer.

L’attaque est si grande que les enseignants du public et du privé vous ont rejoints dans la lutte.

P.I : Ils peuvent se réjouir à Paris. Ils ont réussi ce que personne auparavant n’avait réussi : une véritable cohésion entre nous tous.

Peio Jorajuria prendra le relais de la présidence de Seaska. Quels chantiers l’attendent ?

P.I : Cela fait quatre ans que Peio est membre du bureau de Seaska. J’ai confiance en Seaska. Peio aura le même travail que les autres. Il faudra qu’il mène la bataille avec Paris pour obtenir des moyens. La négociation ne se finit jamais. Des nouvelles ikastola devront ouvrir, par exemple celle d’Arbonne-Ahetze.

Il y aura peut-être moins de blagues, mais un ton plus sérieux. Peio étudie les choses. Chacun doit jouer ses cartes, et je suis persuadé qu'il va très bien le faire.