Au nord de Bayonne, une forêt disparaît incognito

Le Collectif d’associations de défense de l’environnement (Cade) a dénoncé un “défrichement illégal” sur un “Espace boisé classé” dans le quartier du Séqué. La mairie de Bayonne assure qu’elle n’était au courant de rien. Mais le Centre régional de la propriété forestière de Nouvelle-Aquitaine a délivré aux propriétaires l’autorisation de couper et reboiser les 2,5 hectares de forêt, le 6 novembre 2018.

Anaiz Aguirre Olhagaray|04/03/2019 06:30|2 comentarios
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La “coupe rase” a été pratiquée sur les trois parcelles de la forêt du Séqué. Un plan de reboisement est prévu jusqu'en 2028. © Bob EDME

Ni vu ni connu. Au mois de décembre, des riverains signalent au Cade que des bûcherons espagnols se rendent régulièrement dans la forêt du Séqué pour couper “à blanc” des chênes “de très grande qualité”. Absence d’affichage, pratique de coupe rase alors que le Plan local d’urbanisme interdit le défrichement sur les “espaces boisés classés” (EBC)... L’autorisation a pourtant bien été donnée par le Centre régional de la propriété forestière de Nouvelle-Aquitaine (CNPF). Selon Alain Lacassagne, adjoint à l’Urbanisme de Bayonne, la Ville n’était pas informée du projet.

Le directeur du CNPF Roland de Lary précise qu’il ne s’agit pas d’un “défrichement” (ce qui légalement, impliquerait la fin de la destination forestière du terrain). “Au contraire, c’est vraiment de la gestion forestière”, assure-t-il. “On parle ici de coupe et reboisement”. Il ajoute que les quatre propriétaires, en indivision, ont adhéré au Code de bonnes pratiques sylvicoles. Ce qui de fait, les autorise à couper, y compris sur un “espace boisé classé”.

Programme sylvicole sur dix ans

“Les propriétaires qui possèdent moins de 25 hectares n’ont pas besoin d’avoir un Plan de gestion, mais simplement un Code de bonnes pratiques sylvicoles”. Ce document, signé le 28 octobre 2018, prévoit un programme jusqu’en 2028 : “coupe rase de pins et de taillis” et “semis en bande” pour une “reconstitution à l’identique” de la forêt. “Il s’agit d’assurer la bonne germination et le bon redémarrage des nouveaux pins”, ajoute Roland de Lary, précisant que la décision d’approbation a été signée le 6 novembre.

“On n’était au courant de rien. Le Cade a servi de lanceur d’alerte et nous a avertis qu’il y avait des coupes sur ce terrain”, témoigne Alain Lacassagne. “On s’est rapproché de l’État et de la DDTM [Direction départementale des territoires et des mers]. Il s’avère qu’il y a eu une autorisation du CNPF, donc les propriétaires n’avaient pas la nécessité de nous demander quoi que ce soit”. En effet, le CNPF n’a informé que le 14 février la mairie de Bayonne, laquelle, alertée par le Cade, avait sollicité dix jours plus tôt l’organisme forestier. Soit trois mois après le début de l’abattage.

Lui aussi alerté par le Cade, le Département 64 a indiqué à MEDIABASK que la Dreal [Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement] lancerait “dans les prochaines semaines” une inspection dans le cadre des installations classées.

Possible action juridique

En l’absence de panneau d’affichage, personne, pas même les riverains, n’étaient informés de ce qu’il se passait. Le Cade ignorait tout de l’autorisation obtenue par les propriétaires. Le collectif craignait donc la “disparition à tout jamais” de la forêt, véritable “ceinture verte de Bayonne”, qui “faisait office de tampon” contre le bruit de l’autoroute, toute proche.

Les écologistes s’inquiètent également de la pratique de la coupe rase, qui “empêche la régénération de la forêt”. Dans un communiqué publié le 1er mars, le Cade a déclaré qu’il “examiner[ait] sa position quant à une action juridique”. Le collectif dénonce toujours “l’absence d'affichage, une amputation sévère et de longue durée du poumon vert de Bayonne et un mépris du PLU de Bayonne”.

Pour Roland de Lary, “cela fait partie de la vie de la forêt d’être exploitée, reboisée, éclaircie, nettoyée… Les propriétaires ont tout fait dans l’ordre”. Mais pour retrouver la forêt du Séqué “à l’identique”, il va falloir être patient et attendre entre 60 à 100 ans.