Réforme du baccalauréat : la langue basque en danger

A l’occasion d’une conférence de presse, l’association Euskara Geroan a exprimé ses inquiétudes sur la réforme du lycée et du baccalauréat. Les enseignants du secteur public et privé hors filières immersives, redoutent des conséquences néfastes pour l’enseignement de la langue basque.

AINHOA AIZPURU|08/02/2019 11:00|0 comentarios
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Alors que le coefficient des langues anciennes se maintiendrait à 2, celui des "langues dites régionales" chuterait à 0,6.

Ce mercredi 6 février, les enseignants de basque, mais aussi de breton, d’occitan et de corse se sont mobilisés afin de défendre le statut des "langues dites régionales" dans le cadre de la réforme du lycée et du baccalauréat. Ils dénoncent la chute du coefficient de l’option "Langue régionale" et craignent une baisse des dotations pour les matières enseignées en langue basque dans les filières bilingues.

Comme l’explique Laida Etxemendi, enseignante de SVT (Sciences de la Vie et de la Terre) en basque, Euskara Geroan s’est constituée "pour veiller à l’évolution de l’euskara dans le temps, car cet enseignement est souvent fragilisé par des réformes". Aujourd’hui, les membres de l’association ont semble-t-il de quoi s’inquiéter concernant la place des langues territoriales dans les réformes en cours. Basques, Corses, Bretons et Occitans ont souhaité unir leurs voix afin de mieux se faire entendre. Leur objectif : protéger le statut de ces langues afin qu’elles ne soient pas affaiblies mais au contraire préservées et renforcées. Au Pays Basque Nord, les enseignants ont remis une lettre aux élus locaux afin de les interpeller.

"Des locuteurs complets"

Deux mesures sont particulièrement visées par Euskara Geroan. Tout d'abord, l'association dénonce le flou qui entoure les dotations des matières enseignées en langue basque dans les filières bilingues. "Nous avons très peu d’informations sur la réforme concernant la filière bilingue et nous ne savons pas si les disciplines non linguistiques vont bénéficier de dotations restrictives" s'inquiète Laida Etxemendi. Pour elle, le constat est sans appel : "s’il n’y a pas les moyens nécessaires, la filière ne pourra pas se développer et nous ne pourrons pas atteindre la parité horaire nécessaire pour obtenir des locuteurs complets".

Les enseignements optionnels pour les élèves n’ayant pas pu suivre la filière bilingue font eux aussi l'objet d’inquiétudes. "On voit que même si un effort a été fait pour les langues anciennes (latin et grec), cela est loin d’être le cas pour les 'langues dites régionales'", regrette l’enseignante. L’association Euskara Geroan dénonce la chute du coefficient de l’option Langue basque à 0,6. Celui pour les langues anciennes est pour sa part maintenu à 2. "La question de la motivation de l’élève à suivre une option comportant trois heures de cours par semaine pour un coefficient aussi bas se pose évidemment" s’indigne-t-elle.

"Peu d’établissements"

La réforme prévoit enfin une spécialité "Langue vivante étrangère régionale". "On pourrait s’en réjouir" commente l'enseignante de SVT. "Seulement, dans la pratique, très peu d’établissements bénéficieront de cette spécialité". La réforme du lycée envisage en effet des spécialités que les élèves pourront suivre en fonction de leur projet post-bac. Sur trois spécialités choisies au niveau de la classe de première, seules deux seront poursuivies en terminale.

Le collectif d'enseignants demande également le rétablissement de l’enseignement optionnel "Langue et culture régionale" qui a été supprimé des séries technologiques.