Plus qu’un logement, un accompagnement social

Lausseni Sangaré est le nouveau directeur d’Habitat Sud Atlantic, l’office public de l’habitat de la Communauté d’agglomération Pays Basque. Passionné par son métier, il nous parle logement, accompagnement social et ancrage territorial.

Anaiz Aguirre Olhagaray|31/10/2018 06:50|0 comentarios
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Lausseni Sangaré prend officiellement ses fonctions ce 1er novembre. © Isabelle MIQUELESTORENA

Quel a été votre parcours avant d’être nommé directeur d’Habitat Sud Atlantic ?

Lausseni Sangaré : J’ai fait toutes mes études à Bayonne, du lycée à la fac. J’ai fait le DESS de "Juriste et cadre européen" qui était sanctionné par un stage, que j’ai fait ici à l’Office. Depuis, je n’en suis pas reparti ! Cela fait bientôt vingt ans que j’ai intégré la structure. J’ai démarré en tant que chef de l’agence de Sainte-Croix pendant une douzaine d’années, avant de basculer sur l’agence Adour Côte Basque, qui intervient sur tous les logements situés en dehors de Bayonne, au Pays Basque intérieur, Sud Pays Basque, jusqu’à Mauléon et le sud des Landes. Ensuite j’ai été promu sur un poste de directeur de la gestion territoriale, où j’interviens depuis trois ans sur l’ensemble des agences. Je suis le directeur des responsables d’agence. Maintenant, j’accède en quelque sorte au poste le plus élevé de la structure. Donc j’ai un parcours de terrain, avec une fine connaissance du terrain, des acteurs du logement social, des élus, et surtout du territoire.

Quelle est la différence entre Habitat Sud Atlantic et les autres bailleurs sociaux ?

L. S. : Habitat Sud Atlantic, c’est l’Office public de l’habitat rattaché à la Communauté d’agglomération Pays Basque. C’est le promoteur social de la CAPB. Il est à la fois aménageur, constructeur et gestionnaire de logements. À côté, vous allez trouver l’Office 64 de l’habitat, qui est rattaché au département. Ensuite il y a une société coopérative qui est le Col, et qui intervient plus sur l’accession à la propriété. Nous le faisons également, mais eux ont véritablement une dominante "accession". Depuis la création de la CAPB, notre champ d’intervention a été élargi. On est censé intervenir sur les 158 communes de la Communauté Pays Basque, avec une particularité car on intervient aussi sur le sud des Landes, dans le cadre du SCoT [Schéma de cohérence territorial].
A Habitat Sud Atlantic, on n’est pas hors-sol. On est ici chez nous. Notre particularité est qu’en plus de loger les gens, on s’occupe d’eux, et ça c’est très important. Aujourd’hui j’ai 143 salariés, j’en ai 70 au sein des agences pour s’occuper du quotidien du locataire. Ceux qui arrivent de l’extérieur font ce que j’appelle du "one-shot" et s’en vont. Venir construire, produire et ne pas avoir du monde au quotidien pour le gérer, c’est compliqué.

Quel est votre rapport avec les autres bailleurs ?

L. S. : C’est d’abord un rapport de concurrence. On est sur le même territoire, et on sait aujourd’hui quelles sont les difficultés de trouver du foncier. Dès qu’il y a du foncier quelque part, nous sommes plusieurs dessus. C’est l’une des difficultés aujourd’hui : nous, bailleurs locaux, sommes concurrencés par les bailleurs "extérieurs" (Erilia, Domofrance…).

Vous proposez un véritable accompagnement social.

L. S. : On a deux agences de proximité. Une sur la rive droite de Bayonne, où travaillent 35 salariés, avec des gardiens, des responsables de secteur, des assistants de gestion… et une autre qui est située sur la rive gauche de Bayonne, qui intervient sur l’ensemble des logements situés en dehors de Bayonne (Sud Pays Basque, Pays Basque intérieur). Ensuite vous avez 16 points d’accueil qui sont occupés par les gardiens. Il y en a un pour environ 350 logements. L’idée est d’éviter à nos locataires de se déplacer jusqu’à Bayonne pour trouver un interlocuteur. Là, ils ont un interlocuteur sur place, qui est en capacité d’apporter des réponses rapides à des demandes liées à des réclamations, à des changements de situation familiale… C’est véritablement notre force, et ce que n’ont pas forcément les autres. Donc aujourd’hui, quand on parle de concurrence il faut comparer ce qui est comparable. Nous en tant que bailleur social, on ne fait pas que loger les gens. Quand j’investis, quand je construis du logement, j’apporte un service derrière. C’est-à-dire qu’il y a des gens pour s’occuper de mes résidents. Ça veut dire que je finance aussi les associations qui sont sur le territoire. Le nombre d’associations qu’on accompagne financièrement pour mener des actions citoyennes, solidaires sur l’ensemble du territoire... C’est ça qui fait véritablement notre différence par rapport aux autres, qui viennent simplement construire, et se retirent.

La demande pour du logement social doit être forte au Pays Basque, qui est en zone tendue ?

L. S. : Très forte. Aujourd’hui nous sommes à un peu plus de 10 000 demandes sur le Pays Basque et le sud des Landes.

Quel est le délai d’attente en moyenne ?

L. S. : Avec autant de demandes, il est long… environ deux ans, deux ans et demi.

Quels sont les principaux enjeux d’Habitat Sud Atlantic ?

L. S. : Le premier enjeu est de répondre aux besoins et aux attentes des gens qu’on veut loger et qu’on va loger. On est obligé pour cela de construire. Que ce soit des logements familiaux, pour des personnes âgées, des jeunes travailleurs, des personnes handicapées… On est obligé d’accompagner l’évolution de notre territoire pour pouvoir répondre à ces besoins-là. Très souvent, on nous dit "il faut produire, il faut produire". Oui, mais attention, il faut s’occuper des gens qui sont là, c’est très important ! On a 10 000 demandes en attente, mais on a quand même 7 500 logements, dans lesquels vivent 10 000 personnes.

On a des partenariats avec le CCAS [Centre communal d'action sociale], ce qui nous fait sortir un peu de notre rôle pur et simple de bailleur social. On sait qu’on a une entité qui a une expertise et qui va pouvoir nous accompagner dans son domaine de compétence, mais il faut se mettre autour de la table pour dire : "Attendez, nous on a fait un constat".

Quel est-il ? Sur notre patrimoine, plus de 27 % de nos résidents ont plus de 60 ans. On constate que plus de la moitié des usagers du CCAS sont également nos locataires sur Bayonne. Donc il y a un vrai travail à faire, qui est aussi un travail d’alerte. Quand on a des personnes vieillissantes, isolées, qui se retrouvent sans famille à proximité (et c’est une réalité), est-ce qu’on ne pourrait pas demander à notre réseau de gardiens de jeter un œil de temps en temps sur ces personnes-là ? Et d’alerter éventuellement les CCAS pour qu’ils envoient quelqu’un, pour du portage de repas par exemple. Ça va très loin !

Un autre enjeu est la rénovation thermique, car on a un certain nombre de bâtiments qui commencent à dater. On entreprend de gros travaux, pour répondre bien entendu au défi écologique. Ça vient aussi réduire les charges des locataires, donc c’est très important.
On a un gros chantier à 9 millions d’euros qui va démarrer en 2019, au quartier Balichon.

Enfin, il y a le volet logement-service mais aussi le volet accompagnement des associations qui tournent autour de ces productions-là. Et j’insiste là-dessus : aujourd’hui, on a besoin des associations qui ont des projets. On va créer par exemple un budget participatif, sur l’année 2019, avec un appel à projets pour soutenir les associations. A partir du moment où il y a un lien avec nos résidences, que le projet est bien construit, qu’il soit sportif, culturel ou autre, Habitat Sud Atlantic accompagnera, et on l’a déjà fait sur Bayonne, sur le sud Pays Basque, sur Anglet… On les accompagnera financièrement mais aussi en terme de logistique et de construction même du projet. Donc, pour nous, c’est plus que de l’habitat, c’est un accompagnement social. Cela permet à la fois de maintenir cette cohésion que l’on recherche tant aujourd’hui, et de faciliter également ce mieux vivre-ensemble.

Comment se passe l’acquisition du foncier ? Passez-vous par l’Etablissement public foncier local (EPFL) ?

L. S. : Oui, on peut passer par l’EPFL mais pas forcément. Il peut y avoir des particuliers qui nous sollicitent, qui sont convaincus par l’idée du logement social. Mais bon, cela reste exceptionnel. On ne peut pas concurrencer le privé, nos prix sont bloqués donc on ne peut pas faire n’importe quoi… L’autre possibilité est qu’une commune ou un établissement public qui est convaincu, mette à disposition le foncier au profit du bailleur, ce qui a été le cas de l’îlot Bovéro à Anglet. La commune a décidé de confier un terrain à Habitat Sud Atlantic pour construire du logement social, étudiant et intergénérationnel. Nous demandons d’être prioritaires parce qu’on est l’outil de la CAPB, ce qui nous autorise à intervenir aussi bien sur la côte littorale que dans les centres-bourgs, mais aussi à l’intérieur du Pays Basque.

Le foncier peut aussi nous arriver dans le cadre des Vefa ("vente en état futur d’achèvement"). Dans le cadre de la loi SRU, les communes sont obligées d’avoir un certain pourcentage de logements sociaux, donc tous les promoteurs privés sont obligés d’intégrer à leur production un quota de logements. Ça favorise la mixité. Mais l’idéal pour nous est quand on a la mainmise sur le projet global.

D’après vous, à quoi ressemblera l’habitat demain au Pays Basque ?

L. S. : Pour moi, l’habitat de demain est un habitat qui, avant de parler de production, anticipe sur ce que l’on veut faire avec des gens que l’on va loger. L’habitat de demain ne peut être compris qu’à partir du moment où on anticipe sur les services que l’on va apporter aux gens. Il faut sortir de cette logique de construire pour construire. On ne répond pas uniquement aux besoins et aux attentes de ceux qu’on va loger, on doit aussi anticiper sur les services qu’on va leur apporter, qu’on soit à Mauléon, à Lantabat ou à Bayonne. Je suis d’accord de construire, mais à condition de penser immédiatement après à la gestion. Pour moi c’est très important quand on parle de logement social, du mieux vivre-ensemble, de cohésion. Que ce soit pour deux, pour trois ou pour 50 personnes.

Avez-vous autre chose à ajouter ?

L. S. : Malgré l’impact de la loi de finances, on est en capacité de répondre aux sollicitations émanant de notre collectivité de rattachement, la CAPB, et à toutes les demandes des 158 communes. Il faut qu’elles s’appuient sur nous. Et nous devons réfléchir à des solutions nouvelles, à la fois pour montrer notre utilité sociale, mais aussi pour diversifier nos sources de revenus. Au niveau local, nous sommes un territoire très attractif, où il est aujourd’hui difficile de se loger parce qu’il y a une déconnexion entre les prix des loyers pratiqués et les revenus des ménages. Il y a une forte demande en logement social, alors qu’on n’a jamais autant construit. Par ailleurs, 60 % de l’emploi se trouve sur l’agglomération bayonnaise, ce qui pose des problématiques en termes de transports, de déplacements et bien entendu d’environnement. On doit donc continuer notre développement pour répondre à nos grands enjeux, poursuivre la rénovation énergétique et maintenir la proximité et la qualité de service. L’ancrage territorial, ça ne se négocie pas !