Chronologie - L'affaire de pédophilie au diocèse de Bayonne

L'affaire est vieille de 25 ans mais l'étau semble aujourd'hui se resserrer sur le diocèse de Bayonne, la mère de la victime présumée ayant déposé plainte en septembre dernier. Les deux évêques successifs ont fait le choix de ne pas saisir la justice alors que l'Eglise le leur recommande depuis 2003. Une enquête devra faire la lumière sur les faits et déterminer les responsabilités de chacun.

Bénédicte Saint-André|30/04/2016 17:15|0 comentarios
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De gauche à droite, Jean-René Prédaigne, actuel prêtre de Saint-Pierre d'Irube, Mgr Aillet et Jean-Marc Aphaule, directeur diocésain de l'enseignement catholique. ©Isabelle Miquelestorena

Eté 1990 : L'abbé Jean-François Sarramagnan aurait commis un /des acte(s) pédophiles sur son neveu, âgé de 12 ans à l'époque. La victime présumée réside aujourd'hui en Belgique et est âgée de 38 ans.

Juillet 1991: L'abbé lui-même informe son frère et sa belle-sœur de ses agissements. D'après les éléments de Mediapart, la mère en fait immédiatement part à Mgr Molères. Ce dernier lui précise que le prêtre sera suivi psychologiquement et n'en informe pas la justice. Première tentative de suicide de l'abbé.

2003 : L'Eglise recommande aux ministres ordonnés (diacre, prêtre, évêque),soit d'obtenir du prêtre concerné qu'il se dénonce, soit le signalement de tels faits à la justice.

2007 : L'abbé avoue devant la police une agression sexuelle sur une jeune femme majeure. La justice prononce un non-lieu.

Octobre 2007 : Deuxième tentative de suicide de l'abbé.

Mars 2008 à août 2009: Thérapie à l'Abbaye de Tournay, prés de Lourdes à la demande de Mgr Molères.

30 novembre 2008 : Le très conservateur Mgr Aillet succède à Mgr Molères.

Mai 2009 : Mgr Aillet rencontre l'abbé à la demande de Mgr Molères, son prédécesseur. L'abbé lui fait part de l'affaire de 1990 et, à l'encontre de ce que prévoit l'Eglise, l'évêque décide de ne pas en informer la justice. "Je ne me sentais pas de faire un signalement". Aujourd'hui, Mgr Aillet dit ne plus se souvenir des termes utilisés par l'abbé. L'évêque évoque plusieurs faits, avant de se rétracter : "Un ou plusieurs, je ne sais plus. Ce sera à la justice de le déterminer. Il s'agissait en tout cas de pédophilie".

Mgr Aillet prend alors des "mesures conservatoires". Il nomme l'abbé directeur adjoint de la pastorale et prêtre coopérateur de la paroisse de Saint-Pierre d’Irube. Il n'avait pas de responsabilité directe auprès de jeunes, martèle-t-il aujourd'hui. De nombreuses coupures de presse font néanmoins état de sa présence très régulière auprès d'enfants et de jeunes. Il était toujours entouré d'adultes, assène-t-il alors.

Juin 2009 : Les parents de la victime écrivent à l'évêque, s'en voulant de ne pas avoir porté plainte et l'incitent à la plus grande vigilance. Ce dernier leur indique par téléphone que l'abbé n'est en responsabilité qu'auprès d'adultes. Selon les propos de la famille rapportés par l'évêque, la victime n’était pas prête à entreprendre une action en justice.

Août 2011 : Le prêtre accompagne neuf jeunes aux Journées mondiales de la jeunesse. L'évêque précise qu'ils étaient majeurs, l'un deux venant juste de faire 18 ans. "C'était les dernières [JMJ]", confiera l'abbé à Mediapart.

13 Décembre 2014 : La mère de la victime réécrit à l'évêque son "désarroi persistant". Ce dernier lui répond le 19 décembre  qu'elle peut, si elle le souhaite, faire un signalement.

25 septembre 2015 : Cette dernière dépose plainte au Parquet de Clermont-Ferrand, où elle réside.

13 octobre 2015 : Une enquête est ouverte à Clermont-Ferrand. D'après Mediapart, "la mère de la victime dévoile tout aux officiers de police. 'Il avait utilisé mon fils chaque jour lors d’un séjour d’un mois en Pologne'".

12 avril 2016 : La Conférence des évêques de France ordonne d'être transparent sur les affaires de pédophilie.

13 avril 2016 : Mgr Aillet dit avoir appris par une source privée que la mère de la victime avait fait un signalement.

14 avril 2016 : Il suspend alors l'abbé de ses fonctions et l'invite à se rendre à nouveau à l'Abbaye de Tournay, "dans l'attente des suites que la justice donnera à ses affaires".

15 avril 2016 : Mgr Aillet signale au Parquet de Bayonne la suspension de l'abbé.

23 avril 2016 : Mgr Aillet s'entretient avec le prêtre. "Il accepte que je révèle son histoire et son identité". 

26 avril 2016 : Mediapart interroge Mgr Aillet sur l'affaire. Les nombreuses photos représentant l'abbé auprès de jeunes sont immédiatement effacées du site web du diocèse. Le webmaster explique cela par le fait que l'abbé soit suspendu.

27 avril 2016 : L'AFP révèle l'affaire. Samuel Vuelta Simon précise à Mediabask qu'il ne s'en saisira que si des faits se sont déroulés dans le ressort de Bayonne.

Mgr Aillet publie un communiqué où il dévoile l'identité de l'abbé et révèle être au courant des faits depuis 2009. Mediapart parle "d'un communiqué en forme de contre-feu".

Mgr Aillet donne une interview au Point, mis en ligne à 21h20 et modifiée le lendemain à 6h38. "Et si une autre affaire se présentait, je m'emploierais bien évidemment à faire toute la lumière avec le même souci de transparence et de vérité que celui qui m'a toujours inspiré", explique-t-il.

28 avril 2016 : Publication de l'enquête de Mediapart, les journalistes ayant pu joindre le prêtre, aujourd'hui âgé de 53 ans par téléphone. "Il dit ne pas vouloir nier les faits et va tout avouer. 'Les méfaits de 1990' comme 'les gestes déplacés sans violence' sur une jeune femme en 2007. Il ajoute que le travail de psychanalyse de 2007-2008 a porté ses fruits et qu'il se sentait bien dans sa vie de prêtre ces dernières années. 'Le prêtre comme tout homme a droit à un rachat, à se reconstruire'."

Mgr Aillet accompagné de Jean-Marc Aphaule, directeur diocésain de l'enseignement catholique et Jean-René Prédaigne, actuel prêtre de Saint-Pierre d'Irube donnent une conférence de presse. Mgr Aillet précise : "Je ne regrette pas de ne pas l'avoir signalé. La famille et la victime ne paraissant pas vouloir porter plainte et ces faits s'étant déroulés dans le cadre familial". Jean Marc Aphaule explique ne pas avoir été au courant des faits, hormis ceux de 2007."L'homme qu'on a connu n'était pas un pervers ou un prédateur. Notre but n'était pas de le détruire".

Dans La Croix, Mgr Aillet estime qu’on "ne peut pas appliquer des normes générales", car "chaque cas est particulier" et met en avant la fragilité psychologique du prêtre.

Le parquet de Clermont-Ferrand transmet le dossier au parquet de Bayonne.

29 avril 2016 : Samuel Vuelta Simon, procureur de Bayonne, annonce l'ouverture d'une enquête préliminaire, des faits pouvant s'être produits à Hasparren. Il indique que la mère de la victime, dans son signalement, évoque une autre victime et un autre agresseur, toujours dans le cadre familial. Il explique également que les déclarations de la mère sont floues concernant les dates, les lieux et la qualification des faits. L'enquête devra dès lors vérifier que ces faits soient avérés et non prescrits et le cas échéant déterminer les responsabilités de chacun.

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