Le groupe Pichet courtise Biarritz

Le groupe immobilier semble très intéressé par le plateau d’Aguilera. Le projet qu’il défend serait celui qui offre le moins de marge à gagner au promoteur, d’après Jean-Baptiste Aldigé, le président du directoire du BOPB.

Goizeder TABERNA|25/03/2019 07:20|0 commment
Pichet
Concernant l'affaire de 2012, Patrice Pichet affirme avoir découvert le système frauduleux lors d'une enquête interne. © DR

Depuis plusieurs jours, les élus de la municipalité de Biarritz décortiquent le projet que le groupe Pichet a soufflé à l’oreille de Jean-Baptiste Aldigé. Par ce programme de réaménagement du plateau d’Aguilera et son apport financier annuel au Biarritz Olympique, la société classée dans les dix premières du secteur de l’immobilier français se paierait un stade et son maillot. Fondée en Gironde, elle est déjà implantée au Pays Basque, mais il semblerait qu’elle voudrait l’être davantage.

Elle développe ses activités de promotion immobilière et d’administration de biens entre Biarritz et Bayonne et, depuis six mois, elle étudie la possibilité de financer sur ses fonds le réaménagement du plateau sportif d’Aguilera (40 millions d’euros) et d’exploiter la partie nord du site pour de l'habitat. Il serait trop tôt pour annoncer les contours financiers du projet. Cependant, le président du directoire du BOPB Jean-Baptiste Aldigé assure que les Girondins n’auraient pas beaucoup à y gagner. "S’ils gagnent quelque chose, ils ne vont pas gagner beaucoup", explique-t-il.

Sur les cinq projets présentés, d’après lui, le leur serait celui qui offre le moins de marge. Ils seraient même prêts à financer le plateau sur plan, en prenant des risques si les travaux ne se passaient pas comme prévu. Présenté comme cela, l’intérêt que porte Pichet pour Aguilera peut interroger. Le groupe n’a pas souhaité répondre à MEDIABASK à ce stade de la procédure. "Il y a dix ans que le groupe Pichet rêve de mettre son nom sur un maillot de sport français. Là, ils sont contents, parce qu’ils ont trouvé un truc où ils créent l’endroit, ils sont partie prenante du projet sportif", explique Aldigé. Il y a dix ans, leur logo avait sa place sur le maillot de l’Aviron Bayonnais.

En 2017, le groupe Pichet affiche un chiffre d'affaires de 2 milliards d'euros et dépasse un milliard d’euro en volume d’activité (+25 %). Parti de rien depuis l’embouchure de la Garonne, il a conquis l’Hexagone. En plus de la promotion immobilière et de l’administration de bien, il a développé l’activité de foncière patrimoniale, l’hôtellerie, le vin et sa passion pour le sport l’a amené à sponsoriser plusieurs équipes. Depuis trente ans, Patrice Pichet ne cesse de développer tant son entreprise familiale que sa fortune personnelle. A certains moments, cependant, les affaires professionnelles et personnelles s’entremêlent un peu trop.

Condamné pour abus de biens sociaux

Voilà sept ans, le tribunal correctionnel de Bordeaux l’a déclaré coupable d’avoir financé deux de ses maisons, en partie, avec l’argent de sa société. "Une partie des travaux de Megève, mais aussi de Mérignac, où il fait construire une maison de 900 mètres carrés, sera (…) facturée à 17 sociétés du groupe Pichet" rapporte le journal Sud Ouest à l’époque du procès. Le chef d’entreprise est accusé d’avoir mis en place pour cela un système de fausses factures afin que ses frais passent pour des opérations professionnelles. Le 24 mai 2012, il est condamné à un an de prison avec sursis et 75 000 euros d’amende, bien qu’il a toujours nié avoir eu connaissance de l’opération.

Son architecte, Patrick Leyx, condamné à six mois de prison avec sursis pour complicité, en a assumé la responsabilité. "À l’origine, [Patrick Leyx] devait chercher des 'cadeaux' auprès de sous-traitants habitués à travailler avec ce groupe" explique le journaliste. Le coût des travaux s’élèverait à 1,612 million d’euros. Le chalet alpin n’aurait été financé qu’à 12% par les fonds personnels de Patrice Pichet et la maison de Mérignac à 46%. Avant le procès, Patrice Pichet a remboursé son groupe et les 183 000 euros de déductions de TVA illégalement pratiquées au fisc.

L’escroquerie à la TVA n’a pas été retenue par les juges, ce qui n’a pas été le cas des autres faits reprochés. Au regard des enveloppes initiales de 50 000 et de 800 000 euros qu’il aurait accordées, le tribunal est persuadé que le chef d’entreprise n’avait pas l’intention de payer l’ensemble des travaux. Par ailleurs, il récuse la thèse des prestations "offertes" du fait de l’importance des travaux et du contexte économique de l’époque. Régulièrement, sa fulgurante ascension remplit les colonnes de presse. En revanche, les articles portant sur sa condamnation ont disparu de la toile.

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