Béatrice MOLLE-HARAN
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Une décision scandaleuse ou la casse du service public

L’argument de baisse de fréquentation des bureaux de poste ne repose que sur des critères de rentabilité, dénaturant par là même la définition du service public devant pallier aux inégalités touchant les plus démunis

01/02/2019 06:40 | 0 commment

Etait-ce vraiment le moment ? Si tant est, que dans ce genre de décision de fermeture d’un service public, le moment importe peu. Il n’empêche, en pleine crise sociale et “grand débat” portant précisément sur les injustices et les inégalités sociales, la décision de la direction de La Poste de fermer le bureau des Aldudes, Banca et Urepel est inadmissible.

Les arguments invoqués par cette même direction, je cite, “il y a de moins en moins de monde qui se rend au bureau. Nous souhaitons pérenniser la présence postale sur les Aldudes et voir quelle est la meilleure manière de rendre le service postal pour ce secteur où la fréquentation du bureau décroît d’année en année”, ne sont pas recevables, car ils excluent de fait, l’esprit même de mission qu’est censé diffuser le service public.

Dans une récente interview accordée à Mediabask l’hebdo, le chercheur et professeur en Science Politique Laurent Bonelli indiquait à propos des “gilets jaunes” que cette crise s’expliquait en partie par un recul de la protection de l’Etat via le service public. “Le service public a joué un rôle d’avantage en nature pour les salariés et les classes populaires qu’il n’a plus aujourd’hui”, ajoutait-il. Concernant la vallée des Aldudes, l’exemple est frappant, l’argument de baisse de fréquentation des bureaux de poste ne repose que sur des critères de rentabilité, dénaturant par là même la définition du service public devant pallier aux inégalités touchant les plus démunis.

De plus, cette vallée des Aldudes se bat depuis des années pour maintenir un tissu économique et social. Nous pensons, entre autres, à l’ouverture d’une microcrèche et autres initiatives entrepreunariales afin de lutter contre l’exode rural et la désertification.

Au-delà de cette décision, c’est bien de mépris dont il s’agit. Fermetures du centre de tri à Anglet, du bureau de poste à Hendaye-Plage, de la Perception dans cette même ville, de 17 000 habitants. Le maire de la commune Kotte Ecenarro raconte l’accueil qui lui fut réservé en novembre 2018 quand il se rendit à Paris au ministère de l’Action et des Comptes Publics accompagné par plusieurs parlementaires, afin de plaider le maintien des services publics dans sa ville : “nous n’avons même pas été reçus par un ministre ou un élu. Nous avons été reçus par un fonctionnaire. Quand on va à Paris, il y a quand même une part de mépris”.

Le projet du gouvernement de supprimer 120 000 postes dans la fonction publique d’ici la fin du quinquennat a même été critiquée par François Bayrou, allié de La République en marche (LRM), comme relevant d’une logique arithmétique qui n’a “aucun sens”.

Les solutions proposées pour maintenir un ersatz de service public dans ces territoires oubliés par le pouvoir central ne sont que des pis-aller. Personne n’est dupe. Au-delà de ces décisions se profilent les choix futurs du gouvernement concernant le projet de loi de finances 2019, et celui de l’orientation fiscale et des comptes publics. Deux des thèmes les plus discutés lors du “grand débat” et au cœur de la contestation sociale. De plus, l’histoire a démontré que lorsque le service public est en berne, les tentations totalitaires ne sont jamais bien loin.

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