Les jeunes électeurs iront-ils voter ?

Près de 3,3 millions de nouveaux électeurs pourront mettre leur bulletin de vote dans l'urne pour cette élection présidentielle. 3,3 millions de jeunes, qui à 18 ans révolus, exprimeront leur opinion. Quelle va être leur mobilisation pour leur baptême de citoyen ?

Virginie BHAT et Caroline MALCZUK|20/04/2017 17:55|0 commentaires
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A Anglet, le maire Claude Olive avait remis aux nouveaux électeurs leur carte de vote. Histoire de les mobiliser à exercer leur droit de citoyen. ©Isabelle MIQUELESTORENA

"Notre voix compte désormais pour indiquer la direction que l’on veut donner à notre pays", commentait il y a un mois Florian. Ce jeune homme de 18 ans, étudiant en première année de Kedge Bachelor à Bayonne venait de recevoir sa première carte d’électeur des mains du maire de sa ville Claude Olive. Pas question pour lui de louper le scrutin. Quitte à voter blanc, même s'il est dommage qu'il ne soit pas comptabilisé.

A l’instar de Florian, ils seront dimanche quelque 3,3 millions de nouveaux électeurs, 18 ans révolus, à pouvoir mettre leur bulletin dans l’urne. Tous n’iront sans doute pas. Selon un sondage Ifop pour l’Anacej réalisé en mars dernier sur "Les jeunes et l’élection présidentielle de 2017", 52% des jeunes interrogés étaient certains d’aller voter. Une tendance moins forte que l’ensemble des Français (63% au 9-13 mars 2017).

Les raisons sont multiples : vacances, défiance à l’égard de la politique… En fait d’après ce même sondage, 29% allaient tourner le dos au premier tour de cette élection parce que "aucun candidat ne défend ou représente [leurs] idées", 25% parce que ces élections ne changeront rien dans la société, ni à leur situation personnelle pour 23% d’entre eux.

Le vote s'est précisé

54% de ces jeunes étaient sûrs de leur choix. Pour Florian ou pour Lorea, c’est au fil de la campagne que leur vote s’est précisé. Au cours de ces dernières semaines, le regard du jeune homme sur la campagne électorale n’a guère varié, "je trouve que c’est plus du marketing politique. Les candidats ont du mal à assumer leurs positions." Le jeune homme n’en reste pas moins attentif aux débats. "Je les ai toujours suivis" explique l’étudiant qui confie s’être intéressé à la politique dans l’histoire et l’apparition des mouvements politiques.

"Je voterai plus pour un programme que pour la personnalité d’un candidat", affirmait-il voilà quelques semaines. En un mois, son jugement s’est quelque peu affirmé sur le choix de son vote. Au fil des jours il a écarté finalement certaines personnalités. De droite. Comme de gauche. "Il faut laisser faire la justice", remarquait-il au sujet des affaires judiciaires qui entourent certains candidats. Depuis la roue a tourné dans son esprit et il devient plus sévère. Quant à d’autres, gauche ou droite, ils sont "issus du système".

Le prochain électeur qu’il est se tournerait maintenant vers un candidat de gauche. Avec l’espoir que le futur président de la République lutte contre la misère et aide mieux les étudiants. Même boursiers, "certains ont du mal à boucler les fins de mois".

A l’instar de Florian, pendant ce mois écoulé depuis qu’elle a reçu sa carte d’électrice, Lorea a forgé son vote. Elle sait désormais quel candidat portera son bulletin dans l’urne. Un homme de gauche. Elle aussi a des discussions en famille où jusqu’à présent trois opinions s’exprimaient. Elue meilleure apprentie de France en coiffure cette année, elle ne se montrait pas tendre il y a quelques semaines sur les premières interventions politiques : "au début, ils parlaient pour ne rien dire."

L'emploi des jeunes

Les débats ont fini par porter leurs fruits puisque la jeune fille qui poursuit ses études en alternance dans la coiffure a concrétisé son vote. Ses préoccupations ? L’emploi des jeunes et des moins jeunes. La précarité. "C’est surtout ça qui nous fait peur. Je connais plein d’amis qui ont fait des études et sont au chômage. Il faut que cela change… Il y a beaucoup de CDD et pas de CDI !"

"Parmi les jeunes de mon âge, il y en a beaucoup qui prônent l’abstention. C’est assez inquiétant la quantité de personnes qui ne voteront pas. Elles sont dégoûtées de tout. J’ai des potes ingénieurs qui disent : cela ne sert à rien de voter", relève Baptiste, 24 ans, militant du mouvement La France insoumise.

Il n'en est pas à sa première élection, le jeune homme qui a monté son entreprise s’était engagé sur la voie du militantisme il y a quelques années. "En 2012, j’habitais à Grenoble. J’ai fait pas mal d’actions avec les Indignés, mené pas mal de luttes. J’ai dû choisir un candidat. J’avais des idées, Jean-Luc Mélenchon correspondait à ces idées-là. J’ai commencé à tracter après. Cela a été la suite logique."