La présence de Mgr Matteo Zuppi fait désordre dans l'Eglise

L'archevêque de Bologne est une des deux personnalités internationales à avoir reçu entre les mains les documents avec la localisation des caches d'armes d'ETA, samedi, à Bayonne. Une présence qui a mis mal à l'aise le Vatican et certains évêques du Pays Basque Sud.

Caroline MALCZUK|18/04/2017 10:25|1 commentaire
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C'est à Harold Good et Matteo Zuppi qu'ont été remis les documents avec la localisation des caches d'armes d'ETA, samedi. (NAZIOARTEKO EGIAZTATZE BATZORDEA)

C’est à Monseigneur Matteo Zuppi, archevêque de Bologne, et au pasteur méthodiste Harold Good, qui avait contribué au désarmement de l’armée républicaine irlandaise (IRA), que Jean-Noël Etcheverry "Txetx" a remis officiellement les documents avec la localisation des caches d’armes d’ETA, samedi, à Bayonne. Une cérémonie officielle qui a acté le désarmement total de l'organisation.

Mais la présence du premier a créé un malaise dans l'Eglise. Car certains médias, dont Le Monde, ont désigné Mgr Matteo Zuppi comme un "représentant du Vatican". Mercredi, un collectif espagnol de victimes du terrorisme, le Covite, accusait alors le Saint-Siège d’avoir donné son aval. Le service de presse du pape François a lui précisé dans un communiqué que Mgr Matteo Zuppi était présent "à titre personnel" et qu’il les avait informé de son déplacement "au dernier moment".

"Témoin moral"

La communauté de Sant’Egidio, dont Matteo Zuppi était l’assistant ecclésiastique, a elle souligné que l’homme avait participé en tant que "témoin moral". Elle a défendu son implication dans le désarmement d’ETA dans un communiqué et veut souligner le côté positif de l’évènement tout en adressant ses pensées "à toutes les victimes de cette période ainsi qu’à leurs familles qui portent encore les blessures de cette souffrance". Toujours selon la communauté, la remise des armes permettra d’éviter "de nouvelles victimes et constitue un point de non retour".

Un groupe d'évêques du Pays Basque Sud se sont dits surpris que l’archevêque ne les ait pas informés de ses intentions. Fin mars, Mgr Mario Iceta, évêque de Bilbo, Mgr Juan Carlos Elizalde, évêque de Gasteiz, et Mgr José Ignacio Munilla, évêque de Donostia, avaient déclaré que le désarmement était "un pas vers la paix" mais qu’il était "insuffisant" au quotidien El Correo. Car ils exigent la dissolution pure et simple de l’organisation afin qu’elle ne soit plus une menace.

Critiques de Mgr José Ignacio Munilla

En réaction à la présence de Mgr Matteo Zuppi samedi, Mgr José Ignacio Munilla s'est désolidarisé de l'archevêque considérant qu'il a participé au processus de désarmement "à ses propres risques". Des propos qui ont laissé "perplexe" le président du PNV, Andoni Ortuzar. Son parti en a profité pour mettre en lumière son lien avec la communauté de Sant’Egidio qui a déjà participé à la médiation avec ETA en 1995 grâce à la plateforme citoyenne Elkarri. Déjà en présence de Matteo Zuppi.

De son côté, l’évêque de Gasteiz a finalement exprimé publiquement son soutien à "toutes les médiations ecclésiales" qui vont dans le sens du processus de paix au Pays Basque. Donc indirectement à Mgr Matteo Zuppi. Et ce publiquement, dans une homélie, lors de la messe chrismale du mercredi de la semaine sainte, à la Cathédrale Sainte-Marie immaculée de Gasteiz.

Au Pays Basque Nord, l’évêque de Bayonne n’a "pas de commentaires" à donner. "Mgr Aillet n’était pas informé de la présence de Matte Zuppi. Renseignements pris, il a su qu’il représentait la communauté de Sant’Egidio. Le voyage a été pris intégralement en charge pas les organisateurs de la journée du désarmement. S’il y avait été en tant que représentant du Vatican, cela aurait représenté un problème", a explique son chargé de communication.

Sources : La Croix, Deia, La Vanguardia, El Correo.