Occupation allemande : la fuite entre Garazi et Auñamendi

Le nouveau livre de Jean-Baptiste Etxarren-Lohigorri livre les témoignages saisissants de Basques qui, “au péril de leur vie”, sauvèrent de nombreuses vies humaines sous l’Occupation.

Peio DIBON|mediabask|0 iruzkin
171130_p23_cult_jpetcharren

Licencié d’Espagnol à l’Université de Bordeaux, langue qu’il enseigna avant d’être nommé directeur du collège Jean de Mayorga à Saint-Jean-Pied-de-Port, Jean-Baptiste Etxarren (Uhart-Cize, 1928) est, depuis 1979, membre correspondant d’Euskaltzaindia, l’académie de la langue basque. Langue qui le mena à publier cinq ouvrages entre 1975 et 2002. Grand féru d’Histoire, il publie en 2015 Un drôle de temps, ouvrage documentaire dans lequel il compile grand nombre de souvenirs de son enfance. Pour transmettre les répercussions des Première et Seconde Guerres mondiales en Pays Basque. Il revient cet automne vers les lecteurs avec Au péril de leur vie – La fuite par la vallée de Garazi sous l’Occupation allemande, 1940-1944, et nous livre cinquante témoignages, captivants, recueillis auprès de dizaines de Basques qui, au mépris du danger, ont agi et sauvé de nombreuses vies humaines.

Ce goût prononcé pour l’histoire locale, Jean-Baptiste Etxarren le tient sans aucun doute de son père. Le soir, à la veillée, celui-ci racontait sa participation à la Première Guerre mondiale. De façon si pittoresque que les enfants en redemandaient, dès le lendemain. “Nous en raffolions”, se souvient l’écrivain garaztar.

Quand Basile Ibañez, l’un de ses anciens élèves de Saint-Michel, l’incita à collecter dans un livre les témoignages des passeurs des environs, Jean-Baptiste Etxarren hésita dans un premier temps, de peur de “faire du bouillon réchauffé”. Mais la réalité saisissante des témoignages qu’il commençait à récolter dès 2012 lui faisait rapidement oublier ses hésitations originelles. Sur les conseils de l’Eiheralartar, il se rendit tout d’abord à la résidence Adindunen Egoitza, dans laquelle il recueillit le témoignage saisissant d’Arnaud Arretche, alors âgé de 90 ans, qui lui parla de son père Jean-Baptiste, jadis connu sous le nom de Batita Joble (du nom de sa maison “Jobleenea” d’Estérençuby). Alors que les Allemands avaient réquisitionné le premier étage de la maison, il n’hésitait pas à loger discrètement des Juifs dans le second… Après avoir fait passer des dizaines de fugitifs, il fut déporté en Allemagne en 1944, peu après le bombardement de Biarritz par les Américains. Son frère, Jean-Pierre, cantonnier à la gare SNCF de Bayonne connut le même sort.

“Une vie infernale”

Jean-Baptiste Etxarren n’oublie pas ces années de tension extrême, et une cohabitation avec les Allemands relativement compliquée : “Ils nous menèrent une vie infernale, difficile à oublier”. Au contact de nombreux Poilus de 14-18 et de Résistants de 39-45, qu’il qualifie volontiers de grands pacifistes, il apprit dès son enfance qu’il valait mieux tirer des leçons de ces évènements tragiques, laissant aux autres l’amertume.

A travers les témoignages des 35 passeurs qui se révèlent dans ce livre, Jean-Baptiste Etxarren rend ainsi hommage à des dizaines d’anonymes, ces “passeurs” d’Arnéguy, Saint-Jean-le-Vieux mais aussi Burguete ou Valcarlos, devenus des héros. En nous transmettant ces riches témoignages, le Garaztar poursuit son chemin de “passeur de mémoire”.

– “Au péril de leur vie – La fuite par la vallée de Garazi sous l’Occupation allemande, 1940-1944”, Jean-Baptiste Etxarren-Lohigorri, Editions Elkar, 2017, 328 pages, 21 euros.