Sakonean
Yann Arthus-Bertrand

Dans la lignée de ses expositions de photographes célèbres, l'espace du Didam accueille depuis une semaine les images de Yann Arthus-Bertrand. Un parcours au sein des paysages du monde, entre beauté et urgence écologique.

Laurent PLATERO|mediabask|0 iruzkin
171126_p20_cult_yab

L'histoire d'une nature magnifique et salie est celle de sa vie, la conscience de paysages somptueux à préserver est celle de tout-un-chacun

En cette fin d'année, l'espace d'exposition du Didam, situé quai de Lesseps à Bayonne, boucle sa programmation par la présentation de Home, de Yann Arthus-Bertrand. Jusqu'au 14 janvier, le photographe français est la tête d'affiche d'un événement lancé en ce mois de novembre dans toute la ville, et consacré à la photographie.

Tirées du film du même nom, les images proposées dans Home sont un témoignage de la planète par des vues du ciel. Le long-métrage sorti en 2009 fait un état des lieux de la Terre : une démonstration de perspectives magnifiques aux quatre coins du monde, racontées par le photographe dans une volonté d'éveiller les consciences sur la catastrophe écologique dont est coupable l'humanité.

Pour une fois au Didam, chaque photographie est accompagnée d'un cartel, sur lequel un court texte explique l'image, son lieu de prise de vue, et son contexte. Yann Arthus-Bertrand montre la Grande Barrière de corail en Australie, et rappelle la nécessité de conserver un si beau patrimoine qui, au-delà de sa beauté, abrite un écosystème constitué de milliers d'espèces. Il shoote le volcan Maelifell en Islande pour préciser que cette “jeune” montagne de 23 millions d'années développe l'une des plus rares mousses de la planète.

La nature, puis les Hommes

Mais les trente-cinq photos exposées au Didam ne montrent pas que le bien. Les grands tirages, très esthétiques sur le fond et malheureusement souvent micro-rayés sur la forme, témoignent aussi de la folie de l'Homme. Elle est parfois clairement visible, comme le mur de séparation construit par Israël en Cisjordanie, qui divise les populations mais “ne résout ni les problèmes de sécurité ni les contentieux territoriaux vieux de quarante ans”, ou comme l'île artificielle de Palm Jumeirah aux Émirats arabes unis.

D'autres fois, la nocivité de l'humain ne se déplore que par la conséquence de ses actes. Il en est ainsi du brise-glace Louis-Saint-Laurent au Canada, qui a de moins en moins de glace à briser tant le réchauffement climatique ouvre par la fonte des voies libres. Cependant, le détachement de gros blocs de la banquise crée des icebergs extrêmement dangereux pour les navires.

Les photographies sont belles parce que le monde est merveilleux, cette exposition questionne la place de l'Homme dans cette échelle de grâce. Yann Arthus-Bertrand lui a d'ailleurs posé la question, en partant à la rencontre de nombreuses populations dans le film Human. Ce dernier sera projeté ce soir à L'Atalante à 20 heures, et sera précédé de l'inauguration à 18 heures de l'exposition du Didam, en présence du photographe.

Un départ en montgolfière

Yann Arthus-Bertrand est issu d'une famille aisée, une Maison à l'initiale en majuscule, réputée dans le domaine des médaillistes-joailliers. Durant sa jeunesse, il pratique une activité dans les moyens de la famille : le vol en montgolfière, dont il se fera pilote. Les paysages magnifiques qui défilent sous ses yeux lui donnent envie de les immortaliser. La Terre vue du ciel avait germé dans sa tête, même s’il n'avait que 35 ans, et débutait son travail de photos aériennes par le suivi des rallyes du Paris-Dakar.

Les montgolfières ont laissé place à des hélicoptères. Le photographe suit les courses durant une dizaine d'années, frôlant même la mort lors d'une tristement célèbre édition de 1986, où il céda son siège pour un vol à Daniel Balavoine, qui perdra la vie au milieu du désert. En parallèle, son amour des animaux le fait photoreporter sur le salon de l'agriculture de Paris, ou dans les campagnes et déserts, au milieu des lions, des gorilles et des chevaux, à qu'il consacrera quelques ouvrages.

L'argent et l'investissement

Ses paysages vus du ciel sont publiés dans Paris Match, le National Geographic, ou Géo. Il crée sa propre agence, spécialisée dans les photographies aériennes, et publie en 1999 l'ouvrage La Terre vue du ciel, succès mondial au 3,5 millions d'exemplaires vendus, qui sera suivi d'une version documentaire projetée en 2004.

S'il avait hypothéqué sa maison pour pouvoir publier l'ouvrage, les recettes générées par ce projet atteignent des sommets. Yann Arthus-Bertrand est riche, il peut à présent investir son temps dans des projets qui le portent : la nature et l'écologie. Son arme fétiche est évidemment la photographie. Toute sa vie, il mitraille la planète pour élever les consciences en exposant un monde blessé.

Il réalise des émissions télévisées, crée la fondation pour la sensibilisation à la protection de l'environnement GoodPlanet, produit des films, des conférences et des expositions. Il intègre l'Académie des Beaux-Arts en 2006, aux côtés de Lucien Clergue, autre photographe exposé au Didam l'année dernière.

Le revers de la médaille est aussi l'écologie : les millions de kilomètres en hélicoptère ou en avion polluent, Yann Arthus-Bertrand infecte la planète pour la montrer souillée. Alors, il met en place le programme “Action Carbone” : pour chaque émission de gaz à effet de serre générée par ses activités, le photographe entame des actions compensatoires, de la reforestation aux actes d'économies d'énergie, en passant par le financement de projets écologiques.

Un souvenir en vagues à Biarritz

Le photographe a parcouru le monde, comme en attestent les clichés exposés au Didam. Yann Arthus-Bertrand a également déjà survolé le Pays Basque pour immortaliser une scène de la nature. C'était aux débuts des années 2000, au large de Biarritz. Le souvenir est dans la lignée des images de YAB : il rappelle la pollution de l'Homme sur la Nature.

En 2002, le navire le Prestige ne fait pas honneur à son nom : il sombre au large des côtes espagnoles, répandant 77 000 tonnes de fioul lourd dans l'océan. Cette catastrophe sera indélébile pour la Terre, malgré les efforts de nettoyage entrepris par des bateaux qui récupèrent les plaques de mazout et râclent les fonds salis.

Une embarcation en plein labeur, au milieu du chahut des vagues, entourée de plaques de fioul, sera choisie par Yann Arthus-Bertrand pour une prise de cliché d'un déplorable souvenir en territoire basque. L'histoire d'une nature magnifique et salie est celle de sa vie, la conscience de paysages somptueux à préserver est celle de tout-un-chacun. Avec l'espoir qu'elle atteigne, sur les belles terres du Pays Basque également, les esprits de ce qui ont la chance d'y vivre.