À Lurrama, le désarroi des bergers de Paca face aux loups

Confrontés régulièrement aux attaques des loups, les bergers de Paca ont pu faire entendre leur voix lors de la conférence organisée ce samedi 11 novembre matin au salon Lurrama. Via un documentaire et la parole d'Olivier Bel, lui-même berger et membre de la Confédération paysanne.

Caroline MALCZUK|2017/11/11 18:49
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Lors de la table ronde, Olivier Bel s'est fait le porte parole des bergers de PACA. ©Aurore Lucas

Le vendredi 10 novembre, le président de Lurrama Iñaki Berhocoirigoin expliquait au micro de France Bleu Pays Basque qu’à travers la conférence "Loups, ours, bergers : cohabitation ou incompatibilité ?", l’idée était de parler d’un sujet cher aux paysans de la région invitée. Et de mettre sur la table un de ces cas où "l’activité humaine rentre en conflit avec la biodiversité sauvage". La biodiversité, c’est justement le thème de l’édition de cette année.

Ce n’était pas les ours mais les loups qui étaient dans la bouche de tous les intervenants de la table ronde ce matin. Dont celle d’Olivier Bel, membre de la Confédération paysanne Provence Alpes Côte d’Azur. Comme d’autres bergers des Alpes, il a été confronté à des attaques régulières tout le mois d’août. Pour lui, cohabitation entre pastoralisme et loups n’est pas possible. "Les moyens de protection montrent leurs limites : chiens, parcs de nuit électrifiés, filets… On est vraiment dans des impasses. On ne trouve pas de solution."

Dans le documentaire "Les loups et nous" de Mathieu Eisinger, projeté au début de la conférence, les différents bergers de Paca qui témoignent expliquent unanimement qu’à chaque mesure mise en place afin de repousser les loups et éviter leurs attaques, les prédateurs avaient fini par s’adapter. Avec notamment un phénomène d’attaques de jours suite au parcage des bêtes la nuit.

Les attaques augmentent

Les loups, qui ont réinvestis les Alpes depuis 1992 après en avoir disparus, ont été estimés à 360 selon le dernier comptage de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage effectué sur l’hiver 2016-2017. En 2016, ils ont été responsables de 2 735 attaques sur des troupeaux, réparties sur 25 départements de l’Hexagone (les Pyrénées-Atlantiques n'en fait pas partie). Avec pour conséquences 9 788 animaux domestiques tués et 21,4 millions d’euros de dépenses publiques en indemnisations et mesures de protection selon la Dreal. Des chiffres qui croissent avec les années.

Pour Olivier Bel, "il faut désacraliser cette espèce là". Car, d'après lui, elle ne serait pas en danger. La Confédération paysanne préconise le retrait des loups des espèces protégés dans la convention de Berne. Un avis que certains environnementalistes et associations de protection des animaux ne partagent pas du tout. La situation "nous met souvent dans une position pas facile à tenir" confesse Olivier Bel qui tient à rappeler la "sensibilité environnementaliste" du syndicat.

Dans le cadre du plan national loup 2013-2017, 36 loups pouvaient être abattus chaque année. La Confédération paysanne regrette que ces prélèvements n’aient pas été ciblés et demande qu’ils soient effectués en fonction des dégâts aux troupeaux et pas dans un cadre de gestion de l’espèce. Le plan 2018-2023, soutenu par le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot et le ministère de l’agriculture, préconise l’effarouchement : utiliser des sons, des lumières et des tirs non mortels afin de dissuader. Des éleveurs, présents à la conférence, montraient déjà leur scepticisme.

Le dernier plan les fait grincer des dents. Car il prévoit que l’indemnisation des éleveurs soit conditionnée à la mise en place des mesures de protection. "D’un côté on protège et de l’autre on met des contraintes aux agriculteurs" veut dénoncer Oliver Bel.

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