Bernard Darretche
Ancien directeur général à la Chambre de commerce et d'industrie du Pays Basque

L’ancien directeur de la Chambre de commerce et d’industrie du Pays Basque a pris sa retraite en novembre 2017. L’occasion de revenir sur l'évolution économique du territoire ces dernières années.

Bernard Darretche : Un petit territoire peut avoir des grandes performances économiques
Xan Idiart|2017/11/08 17:26
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Bernard Darretche a aussi été le président du Conseil de développement. © Bob Edme

"Tous les postes dans les entreprises souletines ne sont pas pourvus"

"Cela fait longtemps que nous alertons sur le nombre de m2 de surfaces commerciales au Pays Basque"

"Il est plus facile d'obtenir des avancées pour le Pays Basque en ayant une institution qui représente l'ensemble du territoire"

Comment a évolué l'économie du Pays Basque Nord ces dernières années?

Bernard Darretche: L’économie du Pays Basque et le Pays Basque dans son ensemble a profondément évolué ces 20-30 dernières années. Pour donner un exemple, dans les années 90, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) avait fait une analyse du tissu économique du Pays Basque, et nous nous étions rendus compte que le taux d'encadrement des entreprises était inférieur de 5 points à la moyenne nationale. Pour remédier à cela, la CCI a souhaité former les jeunes pour fournir de la matière grise aux entreprises. Nous avons donc créé l'école d'ingénieurs pour doter le Pays Basque d'une formation de haut niveau, de manière à ce que l'économie de la connaissance se développe chez nous et serve le territoire. Et si on regarde le taux d'encadrement des entreprises aujourd'hui, nous avons atteint la moyenne nationale.

Vous considérez donc que l'économie au Pays Basque Nord est en bonne santé aujourd'hui?

B. Darretche: Oui. Les élus de la CCI ont élaboré le plan stratégique pour les cinq ans qui viennent. Avant cela, ils ont fait un diagnostic de la situation économique. Ils ont analysé des indicateurs comme l'évolution de l'emploi, le nombre de création d'entreprises et la démographie, et ils se sont rendus compte qu'ils étaient tous au vert.

Les indicateurs sont au vert, mais est ce que des territoires sont handicapés par rapport aux autres?

B. Darretche: En effet, en Soule, il y a une stagnation de l'emploi et de la démographie. Il faut tout de même ajouter que ce n'est pas un problème d'offre d'emplois, mais de demande. Tous les postes dans les entreprises souletines ne sont pas pourvus. Par contre, contrairement à ce que certains peuvent penser, la Basse-Navarre est en bonne santé économiquement. Ces cinq dernières années, elle a créé des emplois dans le domaine des services, des services à l'agriculture ou de l'agroalimentaire par exemple.

L'économie du Pays Basque n'a pas misé sur le tout-tourisme selon vous?

B. Darretche: Non, je ne crois pas. C'était une des préoccupations de la CCI. Nous ne souhaitions pas que l'économie du Pays Basque se fonde uniquement sur le tourisme ou même l'agriculture. Nous voulions que tous les secteurs d'activité, en particulier l'industrie et les services à l'industrie puissent se développer. Notamment les services à haut niveau technologique. Si on veut rentrer dans l'économie de demain, c'est aussi ça qu'il faut travailler.

Sur la question des supermarchés, pensez-vous qu'il y en a trop aujourd'hui? Et qui peut réguler leur expansion?

B. Darretche: Cela fait longtemps que nous alertons sur le nombre de m2 de surfaces commerciales au Pays Basque. Il y a quelques années, nous avons mené une étude qui a démontré  que si tous les projets de ce type venaient à bout, l'offre commerciale aurait la dimension d'un territoire qui aurait 200 000 habitants de plus que le Pays Basque aujourd'hui. C'est énorme. Les élus pourraient faire écran à cette expansion par des règles d'urbanisme qui ne permettraient pas la délivrance de permis de construire.

Comment ont évolué les relations entre entreprises du Nord et du Sud du Pays Basque?

B. Darretche: Avec l'intégration européenne de l'Espagne dans les années 80, il nous a fallu développer les relations transfrontalières. La Chambre de commerce de Bayonne a été la première sur l'espace européen à créer une CCI transfrontalière avec celle de Donostia. Depuis, des services des deux côtés de la frontière travaillent ensemble. C'est comme cela que nous avons mené un projet commun sur la silicone liquide avec des entreprises du nord et du sud. Ils ont créé un cluster pour développer ce centre d'activité au Pays Basque.

Le Pays Basque Nord n'est-il pas désavantagé par rapport au sud, vu que c'est un territoire plus petit?

B. Darretche: Bien évidemment la puissance économique du sud est très différente de la nôtre. Leur territoire est beaucoup plus vaste. Nous ne leur proposons que 200 000 habitants (NDLR : en fait il y a 300 000 hab.) quand ils sont 3 millions, mais ce n'est en aucun cas un problème. Il y a dans le monde des tout petits territoires qui ont des performances économiques supérieures à celles de grands Etats. C'est le cas de la Suisse et de son travail dans la haute technologie.

La CCI s'est toujours déclarée en faveur d'une reconnaissance institutionnelle du Pays Basque Nord. Pour quelles raisons?

B. Darretche: Il est plus facile d'obtenir des avancées pour le Pays Basque en ayant une institution qui représente l'ensemble du territoire. Le président de la Communauté d'agglomération Jean-René Etchegaray souhaite que l'A63 devienne une rocade pour les habitants. C'est un vieux dossier qui traine depuis longtemps. Bien sûr, rien n'est encore acté, mais il a réussi à discuter avec les instances de Vinci car le Pays Basque est doté d'une institution particulière. Cela aurait été beaucoup plus compliqué de demander l'avancée de ce dossier en tant que simple maire de Bayonne.