Jean-Michel Le Boulanger
Vice-président de la région Bretagne en charge de la Culture

Jean-Michel Le Boulanger est docteur en géographie et vice-président de la région Bretagne en charge de la Culture et des pratiques culturelles depuis 2010. Il est également l'auteur du “Manifeste pour une France de la diversité”, paru aux éditions Dialogues. Dans le cadre du projet “Zara”, il donnera une conférence à l'auditorium Antoine d'Abbadie d'Hendaye, le 3 novembre, à 19 heures.

Jean-Michel Le Boulanger : On peut vivre des identités ouvertes tout en affirmant ses singularités
Xan Idiart|2017/11/02 14:10|0 iruzkin
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Jean-Michel Le Boulanger est l'auteur de plusieurs ouvrages qui ont trait à la Bretagne. © Librairie dialogues.fr

"L'idée d'une culture supérieure à une autre a nourri le passé colonial de la France"

 "Il faut faire attention au mépris, car il peut entrainer des réactions violentes"

"La Catalogne reste très ouverte à l'Europe et au monde"

Comment se manifeste le sentiment d'appartenance à la Bretagne chez les Bretons?

Jean-Michel Le Boulanger : Ce sentiment est très fort. Il se mêle en même temps à une ouverture très large aux autres. Par exemple, les musiques Bretonnes du XXIème siècle sont riches en diversités. Il y a des influences d'un petit peu partout. Elles sont à la fois enracinées et ouvertes au contemporain et au monde. Nos musiciens travaillent avec des artistes africains, du Maghreb notamment. Ils construisent la musique Bretonne de 2020 et de 2030. Il faut vraiment tordre le coup à cette idée qu'identité est égale à fermeture.

C'est aussi ce que vous dites dans votre essai "Manifeste pour une France de la diversité".

J.-M LB : Oui, parce que j'y crois dur comme fer. Beaucoup d'exemples invalident cette espèce d'équation qui ne correspond pas à la réalité. Je me sens 100% Breton et 100% ouvert au monde. Par contre, chez certains, et en particulier chez des nationalistes français, il y a une fermeture sur une identité qu'ils fantasment. Ils imaginent une racine unique. Ils considèrent que le pluriel n'existe pas en elle. C'est toute l'histoire du roman national français qui s'est construit sur l'évacuation des différences et le mépris des autres. L'idée d'une culture supérieure à une autre, d'une civilisation supérieure à une autre, a nourri le passé colonial de la France. Qu'il soit à l'intérieur ou à l'extérieur de ses frontières.

Nicolas Sarkozy affirmait qu'il n'y avait pas d'identité française heureuse dans une société devenue multiculturelle. Vous réfutez donc cette idée?

J.-M LB : Assurément. Je suis français, c'est comme ça, mais je refuse qu'au nom de cela je doive abandonner ma langue, celle que parlaient mes ancêtres et tout ce qui fait mon histoire. Je n'accepte pas de délaisser mon passé pour rentrer dans une espèce de maison commune. Je suis Breton et citoyen français. Je ne vais pas éradiquer une part de moi même pour être français. Et ce que je n'accepte pas pour moi, je ne le souhaite pas pour les autres. Nous avons suffisamment souffert de cela. Ça s'est souvent fini par des guerres. Il faut faire attention au mépris car il peut entrainer des réactions violentes.

Est ce que à l'inverse, les mouvements indépendantistes se fermeraient au monde selon vous ?

J.-M LB : Non, pas du tout. Il n'y a aucun lien d'automaticité. Comme je l'ai dit, des murs peuvent être érigés autour d'une identité mais ça n'a aucun rapport avec les mouvements indépendantistes de certaines régions dans le monde. Je ne suis pas un connaisseur intime de la Catalogne mais je m'y rends régulièrement pour des raisons familiales. La Catalogne reste très ouverte à l'Europe et au monde tout en étant ancrée sur son territoire, dans sa langue, dans son histoire. On peut vivre des identités ouvertes tout en affirmant ses singularités propres.

Votre livre a-t-il reçu un bon accueil dans l'Hexagone?

J.-M LB : En Bretagne, c'est certain. Pour le reste de la France, le livre est encore relativement récent donc je ne sais pas trop. En revanche, la presse française parisienne n'a pas du tout parlé de mon livre. Seul Mediapart l'a fait. Mais il faut dire qu'Edwy Plenel, son directeur, a préfacé mon ouvrage. Après, peut-être que mon travail n'est pas bon, mais il a quand même été adressé à l'ensemble de la presse nationale.