Chloé Rébillard
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Les électeurs du Pays Basque démobilisés

Abstention en hausse, bulletins blancs et nuls en explosion, réélection surprise de J. Lassalle et belle remontada des challengers : comment ont voté les électeurs du Pays Basque pour ce second tour des législatives ? 

2017/06/19 17:45 | Iruzkin 1

L'abstention sur la première marche du podium

Le Pays Basque ne fait pas exception. Comme partout ailleurs en France, l'abstention est déclarée vainqueur haut la main des élections législatives 2017, et plus encore au second tour qu'au premier : 54,68 % des électeurs basques n'ont pas glissé de bulletin dans l'urne ce dimanche contre 46,15% au premier tour. Une hausse donc de 8,53 points. L'abstention est légèrement plus basse que dans l'Hexagone mais emporte tout de même la majorité dans les cinquième et sixième circonscriptions.

Même parmi ceux qui se sont rendus aux urnes, nombreux sont les Basques qui ont choisi d'exprimer leur mécontentement en votant blanc ou nul plutôt que pour l'un des candidats qualifiés. Dans la sixième circonscription par exemple, les bulletins blancs et nuls représentent plus de 14% des suffrages et dépassent le score de la députée sortante du PS, Sylviane Allaux, au premier tour qui avait réuni 3 848 voix contre 6 272 voix pour le vote blanc et nul au second tour.

Cette hausse sans précédent historique des votes blancs et nuls fragilise la légitimité des députés élus, d'autant plus si on y ajoute l'abstention qui bat, là aussi, son record historique. Nombre de partis politiques avaient fait le choix de conseiller le "ni-ni" à leurs électeurs estimant qu'aucune formation n'était assez proche de leur ligne politique pour le second tour. Dans la 5e, Thibault Pathias, candidat malheureux d'EELV, avait appelé à voter Colette Capdevielle, mais à titre personnel, sans le soutien de son parti. Quant à EH Bai, ils avaient appelé à ne pas choisir dans l'ensemble des circonscriptions du Pays Basque. Ce positionnement est susceptible d'avoir inspiré un certain nombre de votants, même au-delà des électeurs de ces partis.

Les outsiders font la plus belle remontada

Les électeurs des candidats arrivés deuxièmes au premier tour se sont plus massivement mobilisés que les autres au second tour. Dans la sixième circonscription, la candidate des Républicains, Maider Arosteguy gagne 5 833 voix entre les deux tours, contre seulement 1 985 pour son adversaire, Vincent Bru. Mais l'avance de ce dernier était suffisante pour laisser sur place son opposante et l'emporter avec plus de 62,51% des voix. Même scénario dans la cinquième circonscription où Colette Capdvielle fait plus que doubler le nombre de voix recueillies lors du scrutin du 11 juin (6 253 voix contre 15 536, soit une différence de 9 283 voix gagnées). Mais l'écart avec son adversaire Florence Lasserre-David était trop creusé pour que cela suffise à acter sa réélection.

Le marcheur réélu contre En marche

Le seul outsider qui parvient à renverser la vapeur en sa faveur est Jean Lassalle dans la quatrième circonscription qui gagne 11 642 voix entre les deux tours et coiffe au poteau Loïc Corrégé en réunissant 52,79% des suffrages exprimés. Jean Lassalle réussit à rassembler près de la moitié des voix qu'il y avait en réserve ; les autres se divisant entre son adversaire, les votes blancs, nuls et une abstention en hausse. Les électeurs que Lassalle a su rappeler vers sa bannière viennent probablement de différents bords pour arriver à ce chiffre : gauche, droite, peut-être des voix abertzale du premier tour qui se seraient reportées vers lui ou des abstentionnistes qui auraient choisi de venir voter pour le second.

Le mystère Lassalle

Le ressort du vote en faveur de Jean Lassalle reste bien mystérieux. L'opposition à LRM a pu jouer le rôle de repoussoir envers Loïc Corrégé. La personnalité hors-norme du président de Résistons ! a été également, à n'en pas douter, un facteur déterminant dans sa quatrième réélection en tant que député, ainsi que sa visibilité dans l'ensemble du territoire français.

Les électeurs auront peut-être préféré également un "enfant du pays" plutôt qu'un ancien parachutiste parachuté. Mais il n'en demeure pas moins que l'arithmétique du report de voix ne devait pas lui offrir la possibilité d'être réélu. Le géant rocailleux de Lourdious-Ichère a sans doute transcendé les oppositions partisanes afin de l'emporter. Néanmoins, il ne faudrait pas voir cette réélection comme un plébiscite car l'abstention est en large hausse ainsi que les bulletins blancs ou nuls, y compris dans cette circonscription où elle est un peu plus contenue qu'ailleurs.