Cinq dates marquantes du bombardement de Gernika

Il y a 80 ans de cela, Gernika était bombardée par des avions allemands et italiens, en plein contexte de guerre civile dans l'Etat espagnol. Faisant un millier de victimes civiles. Retour sur cet évènement historique et tragique en cinq dates qui a fait de Gernika la ville symbole.

Caroline MALCZUK|2017/04/26 08:00|0 iruzkin
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Cérémonie lors du 79ème anniversaire du bombardement de Gernika. ©Jaizki FONTANEDA/Argazki Press

18 juillet 1936, début de la guerre civile : les militaires espagnols, appuyés par l’extrême droite et les partis conservateurs, se soulèvent contre la République espagnole gouvernée par le Front populaire. La veille, le général Franco avait lancé un appel depuis le Maroc espagnol contre le gouvernement. Ses troupes y répondent rapidement. Elles arrivent dans le sud de la péninsule et se rallient à la rébellion contre les troupes républicaines, des milices ouvrières. Au Pays Basque, la tentative de coup d’Etat provoque une fragmentation géographique de la région : Bizkaia et Gipuzkoa demeurent fidèles à la République, tandis que Araba et Nafarroa s’allient aux militaires.

Le 31 mars 1937, bombardement de Durango : appuyés par l’aviation allemande et des troupes italiennes, les forces nationalistes du général Emilio Mola bombardent intensivement la ville de Durango (Bizkaia). Une dizaine de personnes périt.



Le 26 avril 1937, bombardement de Gernika : neuf mois après le début de la guerre civile, des avions de la Légion Condor allemande nazie et de l’Aviation légionnaire italienne fasciste, en appui du coup d’Etat, bombardent la ville de Gernika trois heures durant. José Antonio Aguirre, président du gouvernement basque, écrit : "Devant Dieu et devant l'histoire qui va tous nous juger, j'affirme que pendant trois heures et demie, les avions allemands ont bombardé avec une fureur inouïe la population civile sans défense de la ville historique de Gernika, la réduisant en cendre, la chassant avec ses mitrailleuses. Des femmes et des enfants ont péri en grand nombre, fuyant la terreur."

1er mai jusqu'au 4 juin 1937, réalisation du tableau "Guernica" par Pablo Picasso à Paris :  Le gouvernement espagnol républicain de Francisco Largo Caballero avait envoyé à Paris le directeur général des Beaux-Arts, Joseph Renaud, pour demander au peintre Pablo Picasso de réaliser une peinture murale pour le pavillon espagnol de l’exposition internationale de Paris de 1937.


1938, Paul Eluard écrit le poème "La victoire de Guernica" :
I
Beau monde des masures
De la nuit et des champs

II
Visages bons au feu visages bons au fond
Aux refus à la nuit aux injures aux coups

III
Visages bons à tout
Voici le vide qui vous fixe
Votre mort va servir d'exemple

IV
La mort cœur renversé

V
Ils vous ont fait payer le pain
Le ciel la terre l'eau le sommeil
Et la misère
De votre vie

VI
Ils disaient désirer la bonne intelligence
Ils rationnaient les forts jugeaient les fous
Faisaient l'aumône partageaient un sou en deux
Ils saluaient les cadavres
Ils s'accablaient de politesses

VII
Ils persévèrent ils exagèrent ils ne sont pas de notre monde

VIII
Les femmes les enfants ont le même trésor
De feuilles vertes de printemps et de lait pur
Et de durée
Dans leurs yeux purs

IX
Les femmes les enfants ont le même trésor
Dans les yeux
Les hommes le défendent comme ils peuvent

X
Les femmes les enfants ont les mêmes roses rouges
Dans les yeux
Chacun montre son sang

XI
La peur et le courage de vivre et de mourir
La mort si difficile et si facile

XII
Hommes pour qui ce trésor fut chanté
Hommes pour qui ce trésor fut gâché

XIII
Hommes réels pour qui le désespoir
Alimente le feu dévorant de l'espoir
Ouvrons ensemble le dernier bourgeon de l'avenir

XIV
Parias la mort la terre et la hideur
De nos ennemis ont la couleur
Monotone de notre nuit
Nous en aurons raison.

1953, une attaque manquée ? Dans son livre "Les Premiers et les derniers : les pilotes de chasse de la Deuxième guerre mondiale", le pilote allemand de la Légion Condor, Adolf Galland, avançait que le bombardement était une attaque manquée. Selon lui, elle visait un pont routier situé à proximité de la commune et servant au ravitaillement des troupes républicaines.

Mais aujourd'hui, dans le débat historiographique, si le nombre de victimes est encore discuté, cela ne fait pas l'ombre d'un doute que ce bombardement était volontaire. "À partir du moment où vous utilisez des bombes incendiaires, c'est pour détruire une ville", avance Mathieu Elgoyhen. Cette attaque aurait permis à Hitler de tester son matériel militaire. L'historien Jean-Claude Larronde expliquait aussi au Journal du Pays Basque, en 2012, que "Gernika, à 20 kilomètres du front, ne constituait en aucune façon un objectif militaire". Pour lui, "ce qui faisait problème pour les franquistes, c’était la résistance acharnée des Basques malgré leur faiblesse aérienne". Un télégramme du lehendakari au gouvernement républicain espagnol indiquait qu'ils n'avaient “qu’un seul avion de chasse”.